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Chine – Japon. Dérive guerrière, volonté d’apaisement et dangers nationalistes

CHINE – MONDE. BREVES.

Manœuvres militaires chinoises.

Début décembre, l’armée de l’air chinoise a, selon le Global Times, organisé l’un des plus grands exercices aériens de son histoire. Les manoeuvres ont, au total, duré 10 jours avec la participation d’une centaine de pilotes et d’appareils dont des J-10 et J-11, les plus modernes en service, provenant de 14 unités différentes. L’exercice a eu lieu au-dessus du Xinjiang. Simultanément le porte avions Dalian a effectué des exercices d’appontage.

Accélération des acquisitions chinoises à l’étranger.

Début décembre, Ottawa a approuvé le rachat par CNOOC de la compagnie d’hydrocarbure canadienne Nexen pour 15 Mds de $. Cette transaction a été effectuée en dépit des oppositions politiques au Canada. Elle confirme l’accélération du rythme des acquisitions chinoises à l’étranger, après le déclenchement de la crise économique en 2008. Entre 2005 et 2011, le nombre des transactions a triplé, pour atteindre 177 achats, et une valeur totale de 63 Mds de $.

A titre de comparaison et pour relativiser ce chiffre rappelons que les investissements directs étrangers en France (IDE) varient entre 40 et 60 Mds d’€ chaque année. Globalement on estime que les investissements chinois à l’étranger ont représenté 3,8% du total des Investissements Directs Etrangers dans le monde (65 Mds pour 1700 Mds de $).

Le chiffre chinois inclut les investissements en provenance de Hong Kong, qui sont en partie des capitaux chinois recyclés via des comptes off-shore. Mais leur progression est rapide. En 2015, ils pourraient avoir doublé et représenter 10% du total des IDE mondiaux.

Le 12 décembre, Petrochina – filiale de CNPC - , listé à la bourse de New York, a exprimé l’intention d’acheter pour 1,63 Mds de $ les parts du minéralier australien BHP Billiton dans un projet de liquéfaction de gaz en Australie. Les accords signés avec le Canada et bientôt avec le minéralier australien sont de nature à décrisper les tensions nées récemment autour de ce que certains Occidentaux voient comme une accumulation de puissance avec un potentiel déstabilisateur.

Mais à Pékin, les aigreurs nées de ce que la Chine considère comme des procès d’intention et un ostracisme destiné à freiner sa montée en puissance, ont conduit l’agence Xinhua à publier un communiqué relayé par la presse chinoise, critiquant les attitudes occidentales à l’égard de la Chine :

« un certain nombre de gouvernements occidentaux ont décrit les compagnies chinoises comme des prédateurs sur-capitalisés et des espions. Les Occidentaux animés d’une phobie à l’égard des investissements chinois devraient abandonner leurs préjugés et laisser les décisions commerciales aux hommes d’affaires et non pas aux politiques. »

La crainte de l’accumulation de puissance, pilotée, la plupart du temps, par des compagnies publiques au service des intérêts politiques de la Chine, a ça et là produit des réactions de rejet. Les dernières réactions en date, après une série de crispations en Afrique, notamment en Zambie où des ouvriers se sont révoltés contre les abus des compagnies chinoises dans le secteur minier, ont été observées en Birmanie où Aung San Suu Kyi participera à une enquête sur une mine de cuivre gérée par une compagnie nationale chinoise.

En Australie une controverse est en cours sur l’opportunité ou non d’autoriser plus d’investissements chinois, notamment dans l’achat de terres. La phobie va loin puisque récemment le rachat par des Chinois d’une laiterie en Nouvelle-Zélande a été qualifiée de « captation de terres » par l’opposition.

Senkaku/ Diaoyutai : la Chine implique les Nations – Unies.

Le 14 décembre dernier Pékin a officiellement transmis à l’ONU sa revendication sur l’archipel des Senkaku. Le MAE dit avoir fait valoir ses droits au-delà de la zone exclusive des 200 miles nautiques, jusqu’aux confins de son plateau continental, qui placerait la limite de la zone réclamée par la Chine à moins de 130 nautiques d’Okinawa.

L’initiative de Pékin est un moyen de donner du poids à ses revendications. Mais elle n’aura aucun effet sur la querelle, car les bureaux chargés du dossier sont composés d’experts techniques qui n’ont aucune compétence juridique et ne peuvent statuer sur des litiges territoriaux.

L’archipel, dont la plus grande île fait 3,6 km de long sur 1,7 km de large, se trouve à 91 nautiques de Taïwan, 230 nautiques d’Okinawa et 190 nautiques des côtes du Fujian. Il a de ce fait une grande valeur stratégique, à quoi s’ajoutent les gisements de gaz naturel que Tokyo et Pékin avaient par le passé envisagé d’exploiter conjointement, perspective aujourd’hui abandonnée par la Chine.

Liaison avec le Kazakhstan.

Le 22 décembre, Pékin et Astana ont inauguré la deuxième liaison ferrée entre la Chine et le Kazakhstan de part et d’autre de la passe de Korgas sur une distance totale de 585 km. Cette voie s’ajoute à celle du col d’Alataw où transitent plus de 15 millions de tonnes de fret chaque année. Elle permettra le passage de 20 millions de tonnes supplémentaires. C’est Wang Qishan qui, en sa qualité de vice-ministre – jusqu’en mars prochain – a inauguré la voie avec son homologue Kazakh à Astana.

L’ouverture de ce nouvel axe souligne la croissance des échanges entre la Chine et les 5 pays d’Asie centrale, en hausse de 30% chaque année et dont la valeur a atteint 17 Mds de $ en 2012. Les nouvelles infrastructures de transport vers l’ouest s’inscrivent dans la volonté de Pékin de développer le Xinjiang riche en pétrole, gaz et charbon. En 2012 Astana et Pékin ont inauguré un centre de libre échange à la passe de Korgas, le premier de ce type sorte en Asie Centrale.

Entrée en service du système chinois de navigation en Asie.

Le 26 décembre la Chine a mis en service dans la zone Asie son système de positionnement spatial Beidou. En dehors des applications civiles – positionnement, navigation, messages textos, qui devraient générer un marché annuel de 63 Mds de $ - le système a une valeur stratégique qui permet à l’APL de ne plus défendre du GPS américain dont le Pentagone bloquerait l’accès en cas de conflit.

La Chine – Afrique à la foire de Canton

A la 112e foire de Canton qui a fermé ses portes début décembre 7% des clients – soit plus de 13 000 - venaient d’Afrique. Tous cherchaient des produits au meilleur prix principal argument de vente des hommes d’affaire chinois.

En avril 2012 les stock des investissements chinois en Afrique s’élevait à 15,3 Mds de $ soit 30 fois plus qu’il y a dix ans. En 2012 le volume des échanges entre l’Afrique et la Chine a augmenté de 31% par rapport à 2011, pour atteindre 166,3 Mds de $. Rappelons qu’en 2011, les échanges français avec l’Afrique s’élevaient à 55,9 Mds d’€.

Pékin irrité.

Le 20 janvier le porte parole du MAE chinois Qin Gang a exprimé le courroux de la Chine après que Hillary Clinton ait expliqué à son homologue japonais Fumio Kishida que les Etats-Unis n’avaient pas d’avis sur l’appartenance des Senkaku / Diaoyutai. « Nous pressons les Etats-Unis d’adopter sur cette question une attitude responsable » a dit le porte parole.

Washington a à plusieurs reprises expliqué à propos de mers de Chine du sud et de l’est, que les Etats-Unis ne prendraient pas partie dans les querelles territoriales. Leur seule préoccupation, disent-ils, est la liberté de navigation en haute mer.


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Par Anonyme Le 23/01/2013 à 21h59

Chine – Japon. Dérive guerrière, volonté d’apaisement et dangers nationalistes.

Très bon article de fond sur les tensions Chine-Japon.

Suggestion : vous pourriez le mettre à jour en mentionnant les dernières déclarations d’Hillary Clinton prenant clairement position en faveur du Japon dans les conflits des îles Senkaku, qui ont évidemment irrité Pékin.

Par La rédaction Le 24/01/2013 à 23h51

Chine – Japon. Dérive guerrière, volonté d’apaisement et dangers nationalistes.

Merci de votre appréciation. La passe d’armes entre Hillary Clinton et le MAE chinois est mentionnée dans la dernière brève, page 5. Mais je crois qu’il est – pardonnez moi – un peu excessif de dire que Hillary Clinton « a clairement pris position en faveur du Japon ». En réalité elle a rappelé que Washington ne prenait pas partie dans les querelles de souveraineté.

C’est aussi la position officielle américaine en Mer de Chine du sud, même s’il est vrai que l’engagement militaire (manœuvres conjointes avec les Philippines et le Vietnam) suggère le contraire. Il est vrai que ce positionnement anti-chinois est facilité par l’extravagance des revendications de Pékin dans cette zone.

S’agissant de l’archipel de Diaoyu / Senkaku, les arguments de Pékin et de Tokyo sont, à notre avis, sujets à contestation. Pékin s’appuie sur une disposition du droit de la mer qui permet d’étendre la zone économique exclusive au-delà des 200 nautiques, jusqu’aux limites du plateau continental, mais qui ne peut être appliquée en cas de litige. Et Tokyo prend prétexte du fait que le Japon occupe et administre les îles sans discontinuer depuis 1895. Ce qui manque de pertinence.

Enfin, il serait prudent de ne pas considérer que les Etats-Unis se placent systématiquement du côté du Japon. Récemment, ils ont, au contraire, exercé une pression constante pour que Tokyo se calme et accepte de négocier. Aucun homme politique américain sérieux ne voudrait se laisser entraîner par Tokyo dans un conflit avec la Chine. Quand à Pékin, sa relation avec le Japon reste marquée par l’ambiguïté et la crainte que Tokyo ne s’émancipe de son statut d’état vaincu et repentant, qu’il s’éloigne des Etats-Unis qui le contrôlent et cherche à s’affirmer politiquement par lui-même dans la sphère asiatique comme un concurrent de la Chine pour le magistère en Asie.

Autant dire que l’un et l’autre ont encore un gros travail à faire sur eux-mêmes pour apaiser leur relation et coopérer sans arrière-pensée. Une évolution qui serait sans aucun doute dans leur intérêt, puisqu’un Japon désinhibé pourrait réclamer la fermeture des bases américaines, ce qui serait dans l’intérêt objectif de la Chine. La question est de savoir si au fond c’est bien ce que veut la direction politique du régime à Pékin.

Par HanKuang Le 27/01/2013 à 06h09

Chine – Japon. Dérive guerrière, volonté d’apaisement et dangers nationalistes.

Une remarque quant l’épisode que, vous, et la presse en général, ont répété ad nauseam, selon lequel, des intercepteurs de la région continentale se seraient dirigés vers les Diaoyu, en réaction à « 2 F-15 japonais ayant pris en chasse un appareil [de la région continentale] en mission de reconnaissance au-dessus de l’archipel ». Reuters, ainsi que l’AFP, ont rapporté une autre version : un avion de patrouille maritime Y-8X à la hauteur de champs pétrolifères au large du Zhejiang serré de près par deux intercepteurs nippons, ce qui a contraint la région continentale à y envoyer, à son tour, deux J-10.

Quant à la dernière « flatulence » de Mme Clinton, vous avez bien posé, certes sans entrer dans les détails d’un dossier particulièrement complexe, la position difficile des États-Unis à cet égard, obligés de ménager, d’une part, leur protégé régional, le Japon, et, de l’autre, la région continentale de la Chine (中国大陆地区), dont ils voudraient, malgré tout, en faire un partenaire mondial.

Enfin, votre tour d’horizon gagnerait à traiter, non point du rôle de la region taiwanaise de la Chine (中国台湾地区) dans ce litige envers le Japon, mais de la coopération de facto entre les « deux régions d’une seule Chine » (“一中两区”, dixit Ma Yingjiu, le président du Parti Nationaliste Chinois) face à celui-ci.

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