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›› Editorial

Excès de centralisme, cafouillages et alerte politique

Le Parti à l’épreuve.

Zhao Leji (58 ans), à la tête du Département de l’organisation du Parti, qui a la haute main sur les ressources humaines. En 2015, faisant preuve d’un zèle peut-être excessif, il a imaginé de ramener le salaire des PDG des groupes publics au niveau de celui des hauts fonctionnaires. La manœuvre a dressé contre lui et la réforme une partie de l’appareil dont la Commission de Contrôle des Actifs de l’État.

Logiquement, le 13 septembre, un communiqué conjoint du Comité Central et du Conseil des Affaires d’État (le Parti et le gouvernement), tous deux inquiets à la fois des réactions politiques internes et des effets sociaux d’une réforme trop radicale des anciens piliers de l’industrie, introduisait plus de souplesse dans le processus de privatisation, laissant entendre que les 111 groupes publics contrôlés par le pouvoir central seraient protégés des effets du marché.

Il s’agissait d’une marche arrière politique après une première offensive à la fois brutale et téméraire contre les entrailles conservatrices du régime. Mais la bataille commencée il y a deux ans est loin d’être terminée. Elle gagnera en férocité dans les années qui viennent, à travers un affrontement dont on voit bien qu’il commence à mettre à l’épreuve le Parti, comme le suggère la mise en garde de Sun Liping. Ce n’est pas la première fois que cet universitaire respecté, professeur dans l’une des plus fameuses universités de Chine, intervient dans le débat public.

En mars 2013, lors de la 12e ANP il avait déjà vertement critiqué l’équipe sortante en dressant un tableau très pessimiste de l’état de la société et de ses relations avec le pouvoir dans un court article intitulé « La troisième phase de la déroute du pouvoir - 权力溃败的第三阶段 Quanli Kuibai de Di San Jieduan – ». En substance, il expliquait que le couple Hu Jintao et Wen Jiabao avait ruiné tous les espoirs suscités par les signes d’ouverture politique du début des années 2000. Tout en laissant proliférer la corruption qui mine l’administration, le Politburo, craignant les révoltes sociales, avait aussi progressivement autorisé Zhou Yongkang à réinstaller la chape de plomb policière sur la société.

Aujourd’hui, Xi Jinping s’est attaqué avec une vigueur inédite à la corruption et Zhou Yongkang symbole de la dérive mafieuse de certains membres du Parti est en prison à perpétuité, ayant échappé de peu à la peine de mort. Mais la crainte de la contagion démocratique dont le Président redoute les effets pour la pérennité du régime le conduit à garder en l’état l’appareil répressif, dont la portée et l’efficacité sont augmentées par le contrôle d’Internet et la campagne de redressement idéologique qui rejette en bloc la liberté de la presse et toutes les idées de contrôle du pouvoir par le peuple en dehors du Parti.

Il en résulte une tendance régulièrement dénoncée par Sun Liping depuis 2009 : un hypertrophie autoritaire au sommet qui, compte tenu des tendances courtisanes de la bureaucratie, n’est limitée par rien, tandis que toute initiative politique est impossible en dehors de Zhongnanhai et de l’Ecole Centrale du Parti qui, elle-même, tient à distance toutes les idées récalcitrantes.

La récente séquence des ratés autour de la gestion de la crise boursière et de la réforme des groupes publics, marquée par la mise en garde de Sun sur l’excès de centralisme, elle-même suivie de la marche arrière du pouvoir après une première tentative de réforme peut-être trop radicale, est assurément un signal d’alerte adressé au pouvoir. Elle est un important indicateur de la difficulté considérable de l’entreprise réformiste, du poids rémanent des féodalités conservatrices et des effets politiques pervers de l’excessive concentration des décisions au sommet.

En arrière plan le spectre d’une résurgence des luttes de clans. Par dessus tout ressurgit l’ombre des réformes politiques portée par le discours d’ouverture de Sun Liping que le Parti arc-bouté à une conception du pouvoir monolithique, rejette absolument.

*

Note de contexte sur la chasse aux militaires corrompus.

Sources : James Mulvenon, China Leadership Monitor, septembre 2015 (dont le texte ci-dessus est une traduction libre), Xinhua, Le Quotidien du Peuple, Le Quotidien de l’armée, Hoover.org

Le général Guo Boxiong exclu du Parti le 30 juillet est à ce jour le plus haut dignitaire militaire sanctionné par la campagne anti-corruption. La manœuvre signale la détermination inflexible de Xi Jinping de briser les réseaux de corruption et de frapper leurs membres où qu’ils soient et quel que soit leur niveau hiérarchique.

L’opération avait commencé par une attaque circulaire de la Commission Centrale de discipline qui, en janvier 2015, annonça la mise en examen de 16 hauts gradés de la région militaire de Lanzhou, fief de Guo Boxiong. Parmi eux le général Fang Changmi, ancien commissaire politique adjoint. Suivit l’arrestation du général Dong Mingxiang chef logistique de la région militaire de Pékin qui avoua avoir payé Guo Boxiong pour obtenir sa promotion.

En février l’étau se resserrait avec la mise en examen du général Guo Zhenggang, fils de Guo Boxiong et commissaire politique adjoint du district militaire du Zhejiang, ancien fief politique de Xi Jinping. Son épouse, Wu Fanggang, femme d’affaires de Hangzhou, fut également arrêtée pour fraudes. En mars, la Commission Centrale de discipline s’intéressait au frère du général Guo Boxiong, Guo Boquan son cadet de 20 ans, en charge des affaires civiles de la province de Shaanxi, autre base arrière de la famille du président. Il était accusé d’avoir détourné 89 millions de Yuan (12 millions d’€) d’un fond de réaction aux désastres naturels qu’il a utilisés pour un projet d’appartements à bas prix revendus à des fonctionnaires.

C’est finalement le 9 avril que la nasse s’est refermée sur le général Guo Boxiong, exclu du Parti 11 semaines plus tard. L’annonce de la sanction fut entourée par un intense travail d’accompagnement politique et d’éducation morale destiné à prévenir les effets adverses du coup de balai. Xinhua annonçait dans deux articles séparés que les soldats et la hiérarchie de l’APL approuvaient la décision qui démontrait la « tolérance zéro » de l’appareil à l’égard de la corruption.

Au cours d’un séminaire organisé le 21 septembre à Pékin, le responsable idéologique du régime président de l’Ecole Centrale du Parti et ancien n°1 de la propagande, Liu Yunshan, rappelait l’exigence des « trois rigueurs, et des trois sincérités – 三 严, 三 实,san yan san shi » énoncées à plusieurs reprises par Xi Jinping depuis 2014. (Rigueur morale, rigueur hiérarchique et rigueur disciplinaire ; honnêteté dans les décisions, les affaires et le comportement).

Une série de commentaires du Quotidien du Peuple et du Quotidien de l’APL enfonçaient le clou, mettant en garde la hiérarchie contre toute nouvelle tentative de corruption. Le 1er août, l’éditorial du Quotidien de l’armée affirmait la nécessité d’éradiquer, « par l’éducation et la rectification », l’impact des agissements malsains de Guo Boxiong et Xi Caihou dans les rangs de l’armée, à tous les niveaux. En même temps, le journal prenait soin d’insister sur les succès de l’armée, s’appliquant à replacer le catastrophique exemple de l’ancien n°2 de la CMC dans le contexte général de la modernisation des armées.

Mais si la relativisation et les injonctions morales sont faciles à énoncer, les faits sont là, rappelés par le Quotidien de l’armée qui publiait le commentaire suivant, cité par Mulvenon (traduction libre) : « La situation reste sombre et complexe. De vastes problèmes subsistent, dont, par exemple, le nombre considérable de personnels pollués par les exemples venus d’en haut, n’ayant pas abandonné leurs anciennes habitudes et qui vont même jusqu’à s’opposer aux initiatives pour les éradiquer. La route vers des ressources humaines saines est encore longue. Nous sommes loin d’avoir gagné la bataille et d’avoir mis en place une hiérarchie d’où la tentation de la corruption aura été évacuée des faits et des esprits »

D’où le commentaire de Mulvenon qui indirectement s’interroge sur l’état d’esprit et la capacité opérationnelle d’une armée dont la hiérarchie est à ce point gangrenée par la prévarication. « Si on considère que de nombreux généraux et officiers supérieurs encore en activité furent, comme prix de leur promotion, contraints de payer des pots de vin à Guo ou Xu ou aux deux, et qu’eux-mêmes se sont laissés aller à des pratiques identiques appliquées à leurs subordonnés, il serait sage, s’ils ne veulent pas être pris dans les filets de la Commission Centrale de Discipline, qu’ils commencent par se débarrasser de leurs voitures de luxe et de leurs maîtresses. »

*

Xi Jinping a compris le risque et commencé à promouvoir sa propre coterie de généraux. Déjà peu après sa prise de fonction à la tête de CMC, il avait en décembre 2012 martelé en guise d’avertissement que l’armée chinoise ne pouvait pas être un repaire de corrompus. Joignant le geste à la parole et fermement décidé à ne pas être un président de la CMC potiche manipulé par les militaires, il a pris la rare habitude de se rendre au moins une fois par semaine au siège de la CMC. Résultat, en deux ans et-demi 42 officiers généraux ont été purgés, le plus vaste coup de balai depuis l’affaire Lin Biao en 1971.

Aujourd’hui 57 des plus hauts gradés de l’APL sont nouvellement promus (soit 62%). Dans l’armée de l’air, à l’exception du Commandant en Chef Ma Xiotian, toute la haute hiérarchie a été nommée par Xi Jinping. La proportion des nouveaux arrivés est également importante dans la marine et à la tête des 18 groupes d’armées que compte l’APL.

Enfin, en juin 2015 Xi a fait adopter une nouvelle réglementation autorisant le renvoi d’officiers incompétents, une disposition qui permettra de nouvelles destitutions en série et la promotion d’officiers généraux fidèles et intègres dont quelques uns formeront l’ossature de la prochaine CMC.

Sans surprise une bonne partie de ces jeunes généraux sont des anciens du 31e groupe d’armées basé dans le Fujian où Xi Jinping a été en poste pendant 17 ans, promu vice-maire de Xiamen par Hu Yaobang, le réformateur en 1985, une trajectoire qui le conduira à être le n°2 du Fujian en 1999, avant de devenir, trois ans plus tard, le Secrétaire du parti du Zhejiang voisin.


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Par Anonyme Le 25/09/2015 à 00h35

Excès de centralisme, cafouillages et alerte politique.

Félicactions pour votre analyse approfondie !

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