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›› Editorial

Mise scène politique de la 14e ANP. Loyauté toujours. Compétence souvent

Le scenario était écrit d’avance. Réglé au cordeau pour évacuer le moindre indice d’un trouble, d’une dissension ou même d’une inquiétude, la session de l’Assemblée Nationale Populaire commencée le 5 mars a rempli son rôle d’affichage d’un exercice législatif ordonné et serein diffusant l’image d’une transition du pouvoir vers l’inédit troisième mandat du Président Xi Jinping entouré d’une nouvelle équipe dont une part importante des membres avaient déjà été déjà promus au Bureau Politique, tandis que de nombreux autres ont été reconduits.

C’est le cas du nouveau premier ministre Li Qiang 李 强, 63 ans. Nouveau n°2 du Bureau Politique, proche de Xi Jinping depuis qu’en 2005, il était membre du CPBP du Zhejiang sous les ordres du futur président.

A Shanghai, dont il fut le n°1 de 2017 à 2022 il a fidèlement appliqué la politique « zéro-covid » de Xi Jinping en dépit des tensions créées dans la ville (lire : Les affres de la stratégie de « zéro-covid ». Résilience de l’appareil et tolérance de l’opinion).

Effacée aussi la brutale suppression des lanceurs d’alerte de l’épidémie Covid-19 à l’automne 2019, la crise immobilière symptôme d’un schéma croissance obsolète et les incidents de la sortie brutale des confinements après les manifestations populaires d’agacement de la fin novembre 2022 dans quinze villes de Chine ; oubliée encore la sortie insolite de l’ancien président Hu Jintao trainé de force hors du Grand Palais du Peuple par deux assesseurs, sous les yeux des journalistes occidentaux.

Escamotées encore les protestations contre Xi Jinping qui réclamaient sa démission, et la banderole de l’ingénieur Peng Lifa aujourd’hui disparu corps et bien, déployée sur le pont autoroutier de Sitong au-dessus de troisième périphérique Nord, le 13 octobre dernier.

Celui qu’avant d’être effacés par la censure, les réseaux sociaux avaient brièvement appelé « l’homme du pont - 桥人- », à l’instar de « l’homme du char 坦克人 » célèbre depuis que le 5 juin 1989, il avait, en sautillant, bloqué une colonne de blindés qui quittait la place Tian’anmen, avait pourtant porté le fer de son courage loué par les internautes dans quelques plaies du régime claquemuré dans une brutale rigidité [1].

Furent également abolies les inquiétudes du tassement de la croissance encore visible en janvier, où elle était seulement à +2,9%, tandis que la reprise tarde à venir.

Alors que sont passés sous silence tous les embarras sociaux et économiques, au milieu de ce formidable effacement de la moindre nuance politique déjà éliminée lors du 19e Congrès, sans équivalent depuis 1990, l’assemblée parfaitement rangée des 2952 délégués a, le 7 mars, applaudi le long discours de Xi Jinping qui, rompant avec les habitudes d’ambiguïté de la parole publique chinoise a nommément accusé « les pays occidentaux sous la conduite des États-Unis » d’être à l’origine des « défis inédits qui entravent le développement de la Chine  ».

Le but de la mise en scène qui faisait une nouvelle fois la promotion de l’accès rapide de la Chine à l’autonomie stratégique, scientifique et technologique (notamment le secteur des microprocesseurs et des logiciels) était clairement de cultiver une image de puissance et d’infaillibilité du n°1 et, au passage, de défier l’Occident et les États-Unis.

Dix années après le lancement des « Nouvelles Routes de la soie » vaste réaction planétaire au « pivot » de Barack ayant, en 2011, basculé le cœur de la puissance militaire américaine vers le Pacifique Ouest pour contrer l’expansion chinoise, le défi à l’Occident a, sans ambiguïté été rappelé le 8 mars par Qin Gang, le nouveau ministre des Affaires étrangères.

Ancien ambassadeur à Washington qui, quand il était en poste célébrait à son ambassade le voyage de Nixon en Chine en 1972 (lire : Chine – États-Unis. Entre vindicte nationaliste et volonté d’apaisement, la persistance des rancœurs), Qin Gang, répondant aux questions des journalistes a porté le fer dans la plaie des relations à vif entre Pékin, Washington et l’Occident.

A propos de Taïwan, rappelant qu’il s’agissait d’une stricte question de politique intérieure, il a mis en garde contre les risques d’escalade « Toute erreur dans la gestion de la question taïwanaise remettra en cause les fondements de notre relation avec les États-Unis. »

Puis, faisant le lien avec la guerre en Ukraine, il a demandé « pourquoi les États-Unis parlent de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, alors qu’à Taïwan, ils ne respectent-ils pas la souveraineté chinoise ».

Sans craindre l’outrance, mais non sans raison, il a aussi assimilé l’implication croissante des États-Unis dans la question du Détroit, à rebours de leur ancienne « ambiguïté stratégique  » (lire : Feuille de route pour éviter « l’apocalypse ») à « un plan pour détruire Taïwan  ».

L’affichage d’unité sans faille derrière le président Xi Jinping qui, tournant le dos aux mises en garde et aux conseils de prudence de Deng Xiaoping, cultive à la fois un spectaculaire culte de la personnalité (lire : Vers le 20e Congrès, un sixième « plenum » pour Xi Jinping) et le plus tonitruant affichage de puissance globale depuis Mao qui porta à ses extrêmes le prosélytisme mondial de l’utopie révolutionnaire communiste, a atteint son paroxysme le 10 mars.

Aucune des 2952 voix de l’Assemblée populaire – zéro voix contre, et zéro abstention - n’a en effet manqué à l’élection de Xi Jinping (70 ans en juin prochain) pour un troisième mandat présidentiel de cinq ans dont il avait supprimé la limitation à deux mandats en 2018.

La volonté d’affirmer la puissance de la Chine face à l’Occident et de mettre fin à sa prévalence idéologique et stratégique véhicule aussi le rapprochement avec la Russie de Vladimir Poutine, dont le discours aux deux chambres du 21 février dernier avait longuement souligné à la fois la décadence morale de l’Ouest et son projet de « détruire  » la Russie.

Le 10 mars, après l’élection par acclamation de Xi Jinping le maître du Kremlin a adressé un message de félicitations à son « ami ». Il ajoutait que « la Russie appréciait au plus haut point la contribution du Président chinois au resserrement des liens stratégiques entre leurs deux Nations  ».

Le clivage s’aggrave entre d’une part les États-Unis et leurs alliés occidentaux et, d’autre part, la Russie et la Chine tous deux féroces contempteurs de la prévalence globale de l’Amérique.

Avec la promotion en octobre dernier au 4e rang du Comité Permanent de l’idéologue souverainiste Wang Huning, et l’entrée au BP de Wang Yi qui fut un ministre des Affaires étrangères très combatif, à la susceptibilité nationaliste à fleur de peau, la probabilité est faible pour que s’apaise la rivalité avec l’Occident porteuse de risques de conflits

*

L’affirmation d’infaillibilité de Xi Jinping, de sa puissance et de son contrôle sans nuance sur l’appareil à défaut de maîtriser complètement le secret des esprits rebelles, s’accompagne aussi d’une mise en ordre de bataille pour rattraper le retard dans le secteur technologique, cœur de la puissance des États-Unis.

La riposte est en cours (lire : « Micro-puces » et droit de propriété. La violente riposte américaine contre la Chine et ses contrefeux), et Xi Jinping lui imprime une sérieuse accélération.

Il en avait récemment développé l’idée maîtresse lors du troisième plenum du Comité Central, le 22 février dernier dont le but était « de rechercher les moyens de consolider les fondements de l’autonomie en matière de science et de renforcer la recherche fondamentale et de la technologie - 切实加强基础研究 夯实科技自立自强根基 - ».

Note(s) :

[1Le message des deux banderoles était sans équivoque. En lettres rouges géantes visibles de loin, elles exprimaient une exaspération multiforme : « Nous voulons manger et pas des tests COVID 不要核酸要吃 ; Nous voulons des réformes, pas de révolution culturelle 不要文革要改革 ; Des libertés et pas de confinements 不要封城要自由 ; De la dignité et pas de mensonges 不要谎言要尊严 ; Nous sommes des citoyens pas des esclaves 不做奴才做公民 ». Et surtout « Faites la grève. Déposez le despote félon. 罢课罢工罢免国贼习近平 ».

Avant d’être censurés nombre de commentaires des internautes approuvèrent la diatribe, tout en louant le courage du protestataire isolé, aussitôt mis au secret par la police. « Le courage est la plus précieuse des qualités humaines 勇气是人类最宝贵的品质 » ; « Vous frappez fort, mais vous n’éliminerez pas tous les rebelles 你打得很厉害, 但你不会消灭所有的叛军 ».

On pouvait aussi lire des essais d’introspection sur le courage « Allons-nous rester de simples spectateurs inertes ? 我们会继续只是惰性的旁观者吗 ? » ; et cette pensée qui court au sein de la jeunesse rebelle « Nous avons honte de nous-mêmes et nous ne méritons pas son courage 我们为自己感到羞耻, 我们不值得他的勇气 »


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