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›› Politique intérieure

A Hong Kong, un anniversaire en feu

Contrairement aux années précédentes la cérémonie anniversaire de la rétrocession s’est tenue à l’intérieur du palais des expositions pour se protéger des émeutiers.


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Le 2 juillet, dans la R.A.S, Pékin qui, jusqu’à présent était resté discret face aux vastes tumultes ayant pulvérisé la crédibilité politique de Carie Lam, a donné de la voix pour demander que l’exécutif de Hong Kong restaure l’ordre et traduise en justice les auteurs des violences qui le 1er juillet envahirent les locaux du Conseil Législatif, en partie saccagés.

En ce jour du 22e anniversaire de la rétrocession, plusieurs ligne rouges, urticants et piquant au vif le centralisme politique chinois mâtiné de ressentiments historiques, ont été franchies.

Harcelée par une vague sans précédent de manifestants qui réclamaient sa tête et le retrait définitif du projet de loi d’extradition vers le Continent – d’autant plus sensible qu’aux grandes heures des effervescences démocratiques des années 70 - 80, tuées dans l’œuf par la répression militaire de Tian Anmen, le 4 juin 1989, la colonie britannique avait été le refuge des dissidents en voie d’exfiltration vers les États-Unis ou l’Europe, (Lire notre rétrospective de juin 2014 : La mémoire voilée de Tian An Men.), Carie Lam a été contrainte de replier la cérémonie d’anniversaire à l’intérieur du grand hall des expositions au nord de Wan Chai, protégé par 5000 policiers et militaires qui filtraient soigneusement le public autorisé à assister à l’événement.

Le poids de l’histoire et des symboles.

Ayant investi le Conseil Législatif, mini-parlement de Hong Kong, les manifestants se sont défendus d’être des « émeutiers » 沒有暴徒, accusant le gouvernement de tyrannie 祗有暴政. Surtout, provocation suprême, ils ont célébré l’Union Jack de l’ancienne puissance coloniale. Le 3 juillet, pékin a convoqué l’ambassadeur britannique pour protester contre la remarque du Foreign Service qui lors des manifestations avait exprimé son soutien aux protestataires qui luttaient pour la préservation de ce qui reste des libertés démocratiques dans la R.A.S ».


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A moins d’un kilomètre de là, les manifestants amenèrent le drapeau chinois d’un mat des couleurs pour le remplacer par l’emblème des rebelles frappé de l’orchidée noire (« Black Bauhinia »). Pendant ce temps, les images de Carie Lam sablant le champagne, protégée par la police à l’intérieur du hall des expositions contribuèrent à mettre le feu aux poudres.

La 2e incidence toxique pour Pékin fut l’occupation violente le 1er juillet du Conseil Législatif (Legco), le parlement de Hong Kong, au nord d’Harcourt Road, par une troupe d’insurgés qui vers 21 heures bousculèrent le service d’ordre et pénètrent dans les locaux du Legco après avoir brisé les vitrages extérieurs du bâtiment et démantelé à coups de barres de fer les barrières qui le protégeaient, tandis que les policiers anti-émeute battaient en retraite.

L’incident fut le point culminant d’un mois de protestations de rues et d’actes de désobéissance civile d’une ampleur inédites contre le projet de loi d’extradition et contre Carie Lam qui refuse de le retirer définitivement. Au cours de cette montée des tensions urbaines qui ne manqueront pas de laisser des traces politiques, quelques incidents et événements particuliers méritent attention.

Le 23 mars, Anson Chan 78 ans ancienne chef de l’exécutif sous la règle britannique puis chinoise (1993 – 2001) (lire à son sujet notre article du 23 juin 2014 : Hong Kong : Pékin se cabre.) à la tête d’une délégation comprenant les parlementaires Dennis Kwok et Charles Mok représentant des circonscriptions professionnelles des juristes et des nouvelles technologies de l’information, rencontrait à Washington un membre du Conseil National pour la sécurité et le vice-président Mike Pence que Pékin considère comme un ennemi déclaré de la Chine (lire : En Asie Pacifique les tensions sino-américaines sont montées d’un cran.).

Le 30 juin, 2 semaines après la manifestation monstre de 2 millions de personnes, une contre-manifestation que la police a évalué à 53 000 personnes (contre une estimation de 165 000 par les organisateurs) brandissant des drapeaux chinois et des pancartes en soutien de la police, s’en est pris par endroits à des journalistes dont ceux du South China Morning Post accusés d’être trop complaisants avec les manifestants. Des manifestants opposés au projet de loi, encerclés durent être secourus par la police.

Dérapages et hésitations.

Le 2juillet, vers une heure du matin, la police anti-émeutes a donné l’assaut à coups de grenades lacrymogènes pour contraindre les émeutiers à évacuer le Legco.


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Le 1er juillet, déferlant dans le lobby et l’amphithéâtre du Legco, brisant les vitres de la bibliothèque, se répandant dans les bureaux et les salles de réunion, les manifestants pour la plupart très jeunes et très énervés couvrirent les murs de graffitis comme 沒有暴徒只有暴政Méiyou baotu zhiyou baozheng (il n’y a pas d’émeutiers, seulement de la tyranie »).

Enfin provocation suprême, dans leur élan anti-chinois les émeutiers accrochèrent l’Union Jack britannique, ancien emblème colonial à la marque rouge et blanche de Hong Kong, ayant au centre la fleur d’orchidée blanche et à son pourtour en noir sur fond rouge, l’inscription République Populaire de Chine.

Assez vite cependant l’absence d’une direction au mouvement provoqua quelques hésitations sur la suite à donner.

Fallait-il rester comme le firent à Taïwan au printemps 2014 les opposants à Ma Ying-jeou (lire : Taïwan : Craquements politiques dans l’accord cadre. Les stratégies chinoises en question.) dans un mouvement qui, à l’époque, trouvait son reflet politique anti-chinois dans le mouvement « Occupy Central » à Hong Kong. Ou fallait-il évacuer les lieux ?

La comparaison avec le « mouvement des tournesols » à Taïwan s’arrête là.

Trois heures après que les insurgés aient rendu publiques 5 exigences : 1) retrait du projet de loi ; 2) immunité pour les manifestants ; 3) à ne pas caractériser comme des émeutiers ; 4) création d’une commission indépendante d’enquête sur l’usage immodéré de la force par la police ; 5) organiser des élections libres et démocratiques pour désigner le gouverneur de Hong Kong - , vers une heure du matin, le 2 juillet, la police de Wan Chai donna l’assaut du Legco à coup de gaz lacrymogènes et dispersa les manifestants qui refluèrent vers Harcourt Road.

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Personne ne croyait que la rétrocession de la vieille colonie britannique articulée à l’artifice « d’un pays deux systèmes » serait un chemin pavé de roses. Mais à Pékin on voulait croire que la mouvance pragmatiste des hommes d’affaires intéressés au développement des liens avec le Continent compenserait les sentiments de défiance d’une communauté attachée aux libertés et à l’indépendance de la justice.

C’était sans compter sur le surgissement d’une mouvance radicale indépendantiste homothétique de celle de Taïwan qui rejette le concept même d’un pays deux systèmes et appelle à un référendum pour 2047. Quel que soit l’angle de vue et la responsabilité des incidents en grande partie imputables au manque de sens politique de Carie Lam, les événements de ce printemps 2019 portent en eux une très préoccupante rupture de la confiance.

Cette fracture qui divise aussi les Hongkongais dont beaucoup n’approuvent pas la violence des incidents du 1er juillet, continuera à peser sur l’avenir de la R.A.S et la réputation de la Chine.

La Direction politique chinoise y est d’autant plus sensible que, s’étant clairement démarquée des systèmes occidentaux, elle constate que les manifestants continuent de s’y référer, en utilisant leurs emblèmes et en allant jusqu’à Washington rechercher leur caution.

Aujourd’hui, l’ironie est que le recours de Pékin est précisément de se référer à l’État de droit pour condamner les manifestants et réclamer leurs têtes.


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