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Au Pakistan, des Chinois à nouveau victimes des terroristes

A gauche la carte (AFP) montre la région de l’attentat, au nord du Pakistan, au sud du barrage de Dasu, près de la ville de Besham, 140 km à vol d’oiseau au nord d’Islamabad. A droite, les vestiges du véhicule des Chinois après l’attaque. Selon Aljazeera qui publie la photo [Courtesy : Rescue 1122], au moins deux corps étaient sévèrement brûlés au point qu’ils étaient « difficilement reconnaissables. »


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Le 26 mars, au nord-ouest du Pakistan, cinq travailleurs chinois et leur chauffeur pakistanais ont été tués dans un attentat suicide dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, capitale Peshawar. Bordant l’Afghanistan situé à son ouest et au nord, la province est aride et traversée de chaines de montagnes rocailleuses coupées par des paysages de vallées et de collines agricoles.

Très escarpée, étroite et à flanc de falaise à l’endroit l’attentat, la route empruntée par l’équipe chinoise conduit d’Islamabad vers le chantier du barrage de Dasu sur l’Indus, 320 km au nord, où opèrent deux entreprises chinoises [1].

Livrable en 2025, le barrage aura une puissance installée de 4320 MW et sera le 2e plus puissant du Pakistan, après celui de Tarbela, plus vaste réserve d’eau du pays, à 200 km en aval, construit en 1976 avec la participation du Chinois Sinohydro 中国水利水电建设集团公司.

Selon la police locale, l’explosion mortelle a eu lieu quand le terroriste a jeté sa voiture sur celle des Chinois au milieu du convoi en route pour le barrage. Il s’agit du troisième attentat en une semaine contre des intérêts chinois du « Corridor Pakistanais ». Lire : Le Pakistan, premier souci stratégique de Pékin. Les faces cachées de l’alliance.

Partie essentielle des « Nouvelles routes de la Soie » et d’un réseau de développement connecté avec les hydrocarbures iraniens à l’ouest, comprenant routes, voies ferrées, barrages et centrales thermiques, le « Corridor » est destiné à asseoir solidement l’influence de Pékin sur son flanc sud, dans une région où la stabilité est menacée par l’activisme meurtrier de l’islam radical.

C’est la deuxième fois en trois ans que des Chinois travaillant sur le barrage de Dasu sont victimes d’une agression mortelle dans cette zone du Nord-ouest (lire : Le défi de la sécurité des Chinois au Pakistan).

L’agression du 26 mars faisait suite à deux récentes actions terroristes dans le sud-ouest du Pakistan, où face la mer d’Arabie et au golfe d’Oman, à l’entrée du golfe persique, Pékin investit des milliards dans des projets d’infrastructure.

Menaces insistantes contre la coopération sino-pakistanaise.

Alors que l’attaque du 26 mars, 1600 km au nord, n’a pas été signée et que les Talibans ont nié leur participation, en revanche les deux précédentes contre la base aéronavale pakistanaise de Turbat au nord de Gwadar et des bâtiments administratifs à l’extérieur du complexe de Gwadar financé par la Chine ont été revendiqués par l’Armée de Libération Baloutche (BLA).

Les terroristes à bord de 4x4 utilitaires avec plateforme arrière, agissaient à visage découvert, en uniforme et en brandissant leur drapeau. Selon des sources pakistanaises, au cours des attaques contre les bâtiments officiels de la région de Gwadar et contre Turbat où sont basés des drones chinois, deux soldats pakistanais et huit terroristes ont été tués.

Dans un communiqué, l’armée pakistanaise a déclaré que les attaques visaient à déstabiliser la sécurité intérieure du pays et ses relations avec la Chine. « Des projets stratégiques et des sites sensibles vitaux pour le progrès économique du Pakistan et le bien-être de sa population sont ciblés dans le cadre d’un effort conscient visant à retarder nos progrès et à semer la discorde entre le Pakistan et ses alliés et partenaires stratégiques, notamment la Chine ».

Le fait est que les sentiments contre la présence chinoise dont les rebelles disent qu’elle ne profite pas à la population locale, ne faiblissent pas. Outre les actions terroristes répertoriés dans notre article de juillet 2021 cité plus haut, on mentionnera encore une attaque des rebelles baloutches le 13 août 2023, contre un convoi militaire pakistanais qui escortait 23 ingénieurs et ouvriers chinois dans la région de Gwadar.

Il n’y avait pas eu de victimes parmi les coopérants chinois tous protégés par des gilets pare-balles, mais deux terroristes avaient été tués par l’armée pakistanaise.

Sans surprise, alors que le Premier Ministre pakistanais Shehbaz Sharif présentait ses condoléances à l’Ambassadeur de Chine Jiang Zaidong, Pékin a fermement condamné l’attaque du 26, exhortant Islamabad à prendre des mesures efficaces pour améliorer la sécurité des projets et des ressortissants chinois.

Une filière terroriste tadjike contre Moscou et Pékin ?

Alors qu’en Afghanistan l’appareil chinois tente depuis 2021 de s’accommoder des Talibans après le départ en désordre des Américains (lire : En Afghanistan, Pékin face à la surenchère terroriste), à Pékin, personne n’ignore les risques pesant sur les grands projets d’infrastructure et plus généralement sur la coopération avec Islamabad.

Mis en œuvre à son flanc sud, le volontarisme de la Chine est un pari stratégique de grande ampleur. Dans une région enclavée entre, à l’Ouest, l’Iran théocratique et l’Afghanistan devenu un Émirat islamique et au Nord, l’Asie Centrale où le Tadjikistan, directement adossé au « Cimetière des empires » est le maillon faible de l’ancienne Asie Centrale soviétique, Pékin tente à son habitude, d’accommoder les contraires en opposant le pragmatisme socio-économique au poison mortifère de l’Islamisme radical.

Les attentats de Moscou du 22 mars ayant tué au moins 139 personnes, dont selon le FSB russe, les auteurs arrêtés et selon toute vraisemblance torturés, sont Tadjiks ne peuvent qu’ajouter aux inquiétudes chinoises. Selon Claude Leblanc (L’Opinion du 24 mars), le Président Tadjik Emomali Rahmon, indiquant que « les terroristes n’ont ni nationalité, ni patrie, ni religion » aurait assuré Vladimir Poutine que son pays n’était pas un havre terroriste.

Mais en Chine, les soupçons des services qui cherchent les responsables de l’attaque du 14 juillet 2021 et de sa réplique du 26 mars dernier dans la même zone, pointent eux aussi vers l’État Islamique au Khorasan (EI-K), surenchère impitoyable et férocement meurtrière, dissidente des Talibans, bien implantée au Tadjikistan.

Note(s) :

[1Power China Zhongnan Engineering Corporation 中国电建 pour la partie hydroélectrique et Gezhouba Group Power China Power China 中国葛洲坝集团公司 chargée depuis 2018 du détournement des eaux.


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