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›› Politique intérieure

Coïncidences et pétitions

EN BREF. ÉPIDÉMIE DE PÉTITIONS

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Contre la censure

Quelques jours avant l’attribution du Prix Nobel à Liu Xiaobo, 23 anciens dignitaires du Parti soumettaient une pétition au Comité permanent de l’Assemblée Nationale Populaire, demandant au Parti d’abolir la censure.

Le texte de la pétition se référait à l’article 35 de la constitution qui prévoit formellement la liberté d’expression. Il dénonçait explicitement la censure exercée récemment à deux reprises contre le Premier Ministre lui-même, qui, depuis plusieurs mois, rappelle avec insistance la nécessité des réformes politiques (discours du 21 août à Shenzhen non repris par Xinhua et interview accordée à CNN le 22 septembre, non diffusée en Chine).

La pétition, était signée par Li Rui, 93 ans, qui fut brièvement secrétaire de Mao Zedong dans les années 50, puis directeur adjoint du département de l’organisation du Parti et par Hu Jiwei, 93 ans, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Peuple durant les années 80. Leurs signatures étaient entourées de celles de six anciens membres du département de la propagande.

La doléance se terminait par huit demandes précises liées à la liberté de l’information et d’internet, à l’organisation des médias, y compris à leur privatisation, à la publication sans entraves des livres, revues et périodiques déjà autorisés à Hong Kong, et à l’ouverture au public des archives du Parti. La 8e et dernière demande prenait l’allure d’un pied-de-nez à la censure : « Transformer les organes de propagande et de répression des journalistes en agences qui protègent la libre circulation de l’information et garantissent sa qualité ».

Pour la libération de Liu Xiaobo

Des chercheurs, écrivains, artistes, journalistes et activistes des droits de l’homme résidant en Chine ont signé une pétition adressée au Parti pour demander la libération de Liu Xiaobo. L’intégralité du texte, avec la liste des signataires, a été publiée, le 15 octobre dans le Washington Post.

Parmi les signataires, on distingue quelques chercheurs de l’Académie des Sciences Sociales, le plus puissant Think Tank du Régime, connu pour ses études mettant en cause les politiques publiques. Citons Madame Zi Zhongyun, qui milite pour l’ouverture des archives secrètes du Parti, Xu Yongyu, philosophe, militant pour la démocratie et Zhang Boshu, relevé de son poste en décembre 2009, pour avoir écrit, en avril 2008, un article critiquant violemment la politique de Pékin au Tibet (voir l’article de QC du 9 octobre 2008, Livre Blanc sur le Tibet).

L’influence des lettrés sur le pouvoir politique n’est pas nouvelle en Chine. Elle est même directement liée à l’histoire de l’empire et à l’institution dite des « remontrances - Jian - », qui avait aussi le pouvoir de censurer des décisions impériales. Particulièrement efficace au début des Tang, (VIIe siècle), elle fut dénaturée par les Ming et les Qing qui punirent sévèrement les censeurs.

Dans un article de la revue Études Chinoises de 1994, Léon Vandermeersch se demande si, dans l’esprit des premiers militants pour la démocratie de mai 1919, il n’y avait pas une confusion entre l’objectif de conquête des libertés démocratiques et celui d’un pouvoir d’une élite d’intellectuels, reposant sur l’ascendant moral traditionnellement exercé par les lettrés en Chine.

Il n’est pas exclu que, de nos jours, les intellectuels contestataires bénéficient de cette aura ancestrale. Mais le fait est qu’aujourd’hui, la contestation est publique et déborde largement le secret des cabinets. Plus encore, à la remontrance traditionnelle, se mêle la remise en cause du pouvoir du Parti, sommé d’abandonner le contrôle de la justice comme de l’armée et mis au défi de remettre en jeu son magistère.

Ces pressions, qui mêlent l’exigence de liberté d’expression à la quête d’une authentique démocratie, viennent de toutes parts, y compris du plus haut sommet de l’État, par le truchement du Premier Ministre Wen Jiabao n°3 du Comité Permanent du BP, dont les déclarations sont reprises par plusieurs journaux qui bravent la censure.

Elles viennent aussi du sérail de l’armée, à l’Université de la Défense Nationale, où le Général Liu Yazhou, Commissaire politique, appelait récemment à plus de démocratie. (Voir l’article de QC du 13 août 2010 « le Parti est-il prêt pour une plus grande ouverture politique ? »).

Mais le Parti qui répugne à agir sous la pression, veillera à ne pas affaiblir son pouvoir politique, n’hésitant pas à réprimer les dissidents qui le menacent trop directement. C’est ce qu’il fait, accompagnant la répression ciblée des contestataires par une campagne politique visant à discréditer Liu Xiaobo.

Il n’empêche que le mouvement qui se développe sous nos yeux constitue pour lui une sérieuse remise en cause, qu’il lui est impossible d’ignorer. Dans l’état actuel de la société chinoise, de plus en plus réactive, y répondre par la seule répression sera probablement insuffisant.


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