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Conférence économique centrale. Entre rigueur et relance, la lourde facture de l’urbanisation sur fond de risques industriels et sociaux

Avancer les réformes tout en se gardant des risques sociaux.

L’intégration des migrants, conséquence de la suppression du passeport intérieur constitue un défi de grande ampleur.

Une récente dépêche de Xinhua reconnaissait que les relances tiennent la tête de l’économie hors de l’eau et permettent de limiter les risques sociaux. Mais tout en soulignant qu’elles ne seront pas abandonnées, Chine Nouvelle rappelait aussi qu’elles attisent les tendances aux surproductions et à la hausse des prix immobiliers qui embourbent l’économie dans un schéma dépassé, confortent les féodalités conservatrices et retardent les restructurations pour une meilleure rentabilité du travail et du capital. Surtout, en consolidant les prébendes, elles freinent les rééquilibrages des niveaux de vie et les efforts pour une meilleure répartition des fruits de la croissance.

Dans un contexte où les ajustements monétaires successifs n’ont pas été très efficaces pour relancer la consommation ou même soutenir l’investissement, la nécessité de réformes de fond et de long terme s’impose de plus en plus. Dès lors, l’attention du pouvoir se tournera désormais vers les restructurations industrielles, le soutien à l’entreprise et à l’innovation par la réduction des taxes.

En même temps, les pouvoirs publics s’efforceront de réduire les dettes et les surplus industriels accumulés lors de la période de relance massive conduite de 2008 à 2010, tandis que l’urbanisation et la suppression du passeport intérieur permettront un meilleur accès de tous aux services sociaux, tout en augmentant la mobilité de la main d’œuvre, condition d’une meilleure souplesse du marché de l’emploi et du dynamisme des entreprises.

Les détails de la mise en œuvre clés du succès des réformes.

Mais chacun voit bien que la réussite de la bascule du schéma réside d’abord dans la multitude des détails de sa mise œuvre, handicapée à la fois par les freins conservateurs, les risques sociaux et l’ampleur de la tâche.

Pour ne parler que de l’exode des campagnes, un des premiers soucis du régime, alors que, selon les estimations du ministère du logement et du développement rural, le mouvement d’urbanisation lancé pour faciliter l’accès des Chinois aux services sociaux, aura, entre 2010 et 2025, provoqué la migration de 300 millions de ruraux vers les villes, il suffit d’observer la multitude des chantiers immobiliers dans les parages des villes moyennes, pour mesurer la dimension du défi.

Au bas mot, celui-ci nécessitera près de 42 000 Mds de RMB d’investissements (6000 Mds d’€) en logements, adduction d’eau, traitement des eaux usées, chauffage, transports et services sociaux [4].

A cette facture astronomique qui représente 60% du PIB du pays (3 fois celui de la France) et près 2 fois ses réserves de change de la Chine évaluées à 3129 Mds d’€ en novembre 2015, s’ajoutera la difficulté de convaincre les promoteurs immobiliers et les administrations locales de mettre fin au financement de projets par la vente de terres agricoles et de les inciter réduire le prix des logements, ce qui, compte tenu des lobbies enchevêtrés, constitue une entreprise complexe.

De la même manière, il ne sera pas aisé de convaincre l’oligarchie des grands groupes industriels de descendre de son piédestal connecté au pouvoir pour instaurer une gestion plus transparente, donnant de vrais pouvoirs aux conseils d’administration.

Les entrelacs des affaires et de la politique seront d’autant plus difficiles à démêler qu’en ces temps de vaches maigres, les risques de faillite des grandes entreprises s’aggravent, en même temps que montent le spectre du chômage. Début octobre, le FMI a mis en garde les émergents et en particulier la Chine contre les risques d’assèchement du crédit pouvant entraîner des faillites. Il a aussi incité le gouvernement chinois à s’engager dans une stratégie ordonnée de désengagement de l’État de la gestion des groupes endettés et maintenus artificiellement en vie par des injections d’argent public.

Point sur l’intégration des migrants dans la région de Canton.

La province de Canton a souvent été à l’avant-garde de la solution des problèmes socio-économiques. Selon une directive du juillet 2015 des autorités de la province, 13 millions de migrants (soit 5% du total des migrants chinois comptés par le bureau des statistiques en 2015) seront intégrés comme résidents à part entière d’ici 2020.

La réforme leur permettra de bénéficier des services sociaux et de l’accès à l’éducation publique pour leurs enfants. Mais la province compte au total 24 millions de migrants venant d’autres régions de Chine et 10 millions d’autres installés sans permis, devenus des citoyens de seconde zone à l’origine de tensions avec les sédentaires réguliers.

Selon Peng Hui, directeur adjoint de la sécurité de la province, le processus d’intégration après la suppression du passeport intérieur accélèrera le développement de la rivière des Perles et contribuera à apaiser les tensions entre les différentes catégories de résidents. La réalité est moins claire, dans un contexte où le processus est à plusieurs vitesses.

Dans la province de Canton, la suppression du Hukou sera graduelle et menée par étapes à des allures différentes selon les niveaux administratifs des villes. Dans les districts et des ensembles urbains de moyenne importance, elle sera assez rapide. Dans les préfectures, l’insertion sera plus lente avec des conditions d’installation plus strictes liées à un emploi stable et à une cotisation sociale depuis au moins 3 ans. Pour les villes plus importantes telles que Dongguan, Zhongshan et Zhuhai, le délai serai de 3 à 5 ans.

Note(s) :

[4Le chiffre est une estimation du ministère des finances datant de mars 2015. A cette occasion, le vice-ministre des finances Wang Bao An avait déclaré obsolète le schéma qui faisait dépendre le financement des constructions urbaines de la vente de terres rurales par les administrations locales. Ce commentaire avait accompagné la publication du plan d’urbanisation 2014 – 2020 qui visait à urbaniser 60% de a population chinoise d’ici 2020 (La proportion est de 53,7% en 2015).


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