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Défense : un Livre Blanc édifiant et modéré

Le 24 juillet, 3 jours après sa publication, Hu Kaihong, porte-parole du Conseil des Affaires d’État montre le nouveau Livre Blanc chinois sur la défense. Le document exprime une puissance militaire ayant déjà dépassé celle de la Russie, mais tout en désignant l’Amérique comme porteuse de chaos, il prend le parti de l’apaisement. (Photo Reuters)


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Tout au long d’un nouveau Livre Blanc de 51 pages – le premier depuis 2015 - rendu public le 21 juillet dernier en Anglais et en Chinois, Pékin définit sa « Politique de défense de l’ère nouvelle - 新时代的中国国防 » dont le titre traduit clairement la volonté de placer la stratégie militaire chinoise dans le cadre du « renouveau » fondant l’épine dorsale du message politique de Xi Jinping depuis le 19e Congrès.

Une « ère nouvelle » marquée par une profonde réforme de la structures des forces, réduites de 400 000 hommes, mieux organisées pour le combat interarmées et articulées en « théâtres opérationnels » où la puissance de la Chine rattrape progressivement celle des États-Unis, tendance que le discours chinois qui reconnaît cependant un retard, enveloppe dans le concept de « rivalité entre grands pays - 大国竞争 -. »

lire :
- Vaste réorganisation des forces armées.
et
- La grande remise à niveau opérationnelle des armées. (Suite)

L’exercice est une réplique aux deux documents américains sur la stratégie de défense et de sécurité de 2017 et 2018 dont le ton anti-chinois était très belliqueux [1]. Fait remarquable, la réponse de Pékin s’applique à décrire la défense chinoise comme empreinte du souci systématique d’apaiser les tensions, conforme à l’histoire de « la Nation chinoise » amoureuse de paix. C’est ce qu’écrivent les auteurs : « Ayant eu dans les temps modernes à subir les souffrances des agressions extérieures le peuple chinois a appris les valeurs de la paix et de l’exigence de développement. ».

Dans la même veine, le Livre Blanc prend soin de présenter comme strictement défensives certaines réalités, évolutions, manœuvres et opérations de l’APL pouvant être interprétées comme un regain belliciste.

C’est le cas de la modernisation des forces, du réalisme accru des exercices à tir réel et d’entraînement au combat, des patrouilles en mer de Chine du sud et au-dessus du détroit de Taïwan, ou de l’intégration opérationnelle au niveau brigade lors des manœuvres des unités missiles de la 2e artillerie – principal outil de la menace militaire chinoise destinée à dissuader l’indépendance de Taïwan – (Exercices « Épée céleste – 天劍-)

L’Amérique, facteur de Chaos, n’est pas la « cible » de l’APL.

Le montage montre Steve Bannon en surimpression sur un drapeau chinois et le rappel du « Committee on the Present Danger – CPD - » créé en 1950 puis dissout en 1953. Lobby conservateur, le CPD faisait la promotion d’une ligne dure contre l’URSS. Plus de 60 ans plus tard, ce courant de pensée reprend le thème du « danger immédiat » chinois, relancé en mars 2019 par James Woolsey ancien Directeur de la CIA. Il faut cependant reconnaître que s’il est vrai que Steve Bannon exprime une méfiance radicale face à la Chine, qu’il considère comme une menace directe, rares sont les élites politiques ou intellectuelles qui ne reconnaissent pas le risque posé par les stratégies chinoises. Rares sont les responsables américains désireux de revenir à l’ancienne politique d’engagement prônée par Kissinger.


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En tête du document les considérations générales sur la situation stratégique marquée par des « évolutions, facteurs déstabilisants et incertitudes jamais vues depuis un siècle (…) » - telles que « la montée des tendances hégémoniques, les stratégies de pressions militaires et la persistance des guerres et des conflits régionaux » -, évoquent les États-Unis, non pas comme la cible militaire de la Chine, mais comme un facteur univoque et général de désordre, lui-même aggravé par les actes de piraterie et de terrorisme, dont sont victimes les missions diplomatiques et les nationaux chinois et leurs intérêts d’affaires dans le monde.

Il dénonce une série d’attitudes américaines concourant à « l’affaiblissement de la stabilité stratégique globale », telles que les politiques unilatérales de Washington, les provocations aggravant les tensions internationales, comme les missions de l’US Navy dites de « liberté de navigation » autour des îlots en mer de Chine du sud, le renforcement des alliances, leurs déploiements et leurs interventions, l’installation des missiles antimissiles de théâtre en Corée du sud, l’augmentation du budget du Pentagone, la modernisation du nucléaire militaire, la militarisation de l’espace, sans oublier les progrès américains de la cyberdéfense.

Signalant comme une « incertitude » le rapprochement entre l’Australie et les États-Unis, l’analyse consacre un important développement à une critique acerbe du Japon dont la pensée stratégique et l’appareil militaire s’orientent vers des missions dépassant la stricte défense de l’archipel.

Quand il focalise sur « les points chauds », le document s’applique à en relativiser certains, tandis que d’autres sont mis en exergue sur un mode plus alarmiste.

Notes :

[1Intitulés « The National Security Strategy – NSS » et « Summary of the National Defense Strategy – NDS - », les deux documents qui définissaient, pour le premier, l’environnement et les intérêts stratégiques de l’Amérique et, pour le deuxième, les priorités, les menaces et les moyens d’une action efficace, adoptèrent un style inhabituellement agressif à l’égard de la Chine.

Telle était l’analyse de Michael Swaine, 67 ans, expert reconnu des questions de sécurité en Asie, ancien de la RAND corporation. Ce dernier qui collabore aujourd’hui à la Fondation Carnegie pour la paix soulignait notamment que la Chine était « mentionnée 23 fois - près de 2 fois plus souvent que dans les rapports précédents - ».

Contrairement aux éditions antérieures qui présentaient aussi la Chine comme un « contributeur potentiel à la stabilité régionale et à la paix » les 2 derniers rapports insistent sur la menace, pratiquement identifiée comme un risque « existentiel » pour les États-Unis. S’il est vrai que les exercices sont avant tout rhétoriques, le moins qu’on puisse dire est qu’ils donnaient le ton de la confrontation plutôt que du dialogue, condition d’éventuels compromis.


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