Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Lectures et opinions

Démaoïsation ?

Pour des pans entiers de la population, représentés dans le Parti par les conservateurs maoïstes de la vieille école, et en dépit des errements du Grand Bond en avant, dont le bilan mal connu dépasse probablement 30 millions de morts ; malgré les folies de la Révolution Culturelle, formidable manifestation de l’égo du grand homme et de son obsession de pouvoir qui précipita la Chine dans le chaos, il flotte toujours autour du mythe l’idée nostalgique d’une solidarité dans l’adversité et la croyance qu’un homme comme Mao pouvait, à lui seul, imprimer sa marque et son cours à l’histoire.

Pour ces nostalgiques du Grand Timonier, souligne Chris Patten, Deng a enrichi la Chine, mais Mao lui a rendu sa fierté. Cependant le culte entretenu de Mao, l’enthousiasme du Peuple et les idées des bastions maoïstes du Parti ne se reflètent plus - loin s’en faut - dans la stratégie du Bureau Politique et ses actions concrètes. La foi dans la magie révolutionnaire a déserté le cœur du système. Ce dernier s’est, selon la formule de Chris Patten, mué en « une machine pragmatique affublée du masque de Lénine ».

Quant aux « erreurs » de l’ère maoïste, que le Parti reconnaît, mais dont il parle le moins possible de crainte d’écorner sa légitimité populaire, elles n’ont pas seulement martyrisé le peuple chinois, mais cruellement malmené le Parti lui-même. Ce dernier garde en effet en mémoire que, de Zhou Enlai à Peng Dehuai, en passant par Liu Shaoqi, jusqu’à Deng Xiaoping lui-même et tant d’autres, les plus hauts dirigeants furent tous brutalement maltraités par Mao, fasciné par le pouvoir solitaire et animé d’une impitoyable férocité envers ceux qui s’opposaient à ces rêves de grandeur et à ses délires collectivistes, principales causes des misères des campagnes chinoises entre 1959 et 1962.

Tandis qu’à Pékin court le bruit insolite selon lequel le portrait débonnaire et retouché fixé à la muraille de la Cité Interdite serait régulièrement décroché pour en diminuer le format de quelques centimètres, tous les observateurs auront remarqué le silence assourdissant de la haute direction du régime, le 9 septembre dernier, 33e anniversaire de la mort du Grand Timonier.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

Taiwan. Les risques d’une « stratégie oblique »

De Shang Yang à Xi Jinping, l’illusion de la rationalité « Légiste » par Romain Graziani

Un parti sans état d’âme, d’abord préoccupé de sa survie

Taïwan : Le nucléaire civil solution au talon d’Achille énergétique

La Chine et le Vatican. La longue mémoire souveraine de l’Empire