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›› Lectures et opinions

Depuis le conflit à Gaza, Pékin confirme son nationalisme antioccidental

Le souci d’efficacité pro-arabe fait resurgir un arrière-plan antisémite.

La manœuvre chinoise n’a pas hésité à accompagner les manifestations antisémites qui montèrent dans le monde comme depuis ces foules musulmanes qui, à Sydney scandèrent « Gazez les juifs », tandis qu’à Paris et à Berlin fleurissaient sur les murs des étoiles de David et qu’au Nicaragua les cimetières juifs furent profanés par des croix gammées.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En France, après le 7 octobre, il y eut en un mois trois fois plus d’actes antisémites que dans toute l’année 2022.

Selon l’Anti-Defamation League (ADL), basée à New York, entre le 7 et le 23 octobre, l’augmentation des incidents antisémites a été de 400% aux États-Unis, de 641% au Royaume-Uni et de 240% en Allemagne par rapport à la même période l’année dernière. En même temps, sur Telegram la moyenne quotidienne des messages racistes mentionnant les Juifs et Israël a été multipliée par dix.

Les médias chinois ne furent pas ouvertement racistes, mais à plusieurs reprises, ils ont cédé aux allusions antisémites classiques comme cette journaliste de CCTV qui, dans le cadre d’un reportage sur l’influence du facteur israélien dans les élections américaines soulignait que : « Les Juifs qui ne représentent que 3% de la population [des États-Unis] contrôlaient plus de 70% de la richesse et constituaient la minorité la plus influente des États-Unis. » (…)

Pour résumer et préciser sa pensée, elle ajouta que « 6 ou 7 Juifs contrôlaient plus de 200 des entreprises américaines les plus influentes »

La réalité observable est que le discours antisémite et antisioniste dont il est cependant nécessaire de remettre en perspective la genèse [3]. Ces derniers temps, la discrimination antisémite a régulièrement refait surface y compris dans les cercles du parti-État et du monde universitaire, généralement au moment des phases militaires aigües du conflit entre Israël et les Palestiniens.

« Pogrom des réseaux sociaux » et géopolitique anti-occidentale du sud global.

Mais cette fois, dans ce qu’il appelle « le premier pogrom en ligne de l’histoire  », Tuvia Gering, chercheur Israélien spécialisé dans les relations Chine–Israël à l’Institut de sécurité nationale de Tel Aviv, identifie une explosion antisémite.

Alors que les images de la barbarie du 7 octobre submergeaient la plateforme chinoise TikTok et d’autres médias sociaux, il juge « qu’en Chine, l’antisémitisme a augmenté comme jamais auparavant. » La résurgence du discours antisémite de l’appareil relayé par les médias officiels s’adosse clairement à la motivation géopolitique de s’accorder au discours critique des opérations militaires menées par Israël dans la « Bande de Gaza ».

Le 20 novembre 2023, alors que le Ministre Wang Yi accueillait à Pékin une délégation des États arabes (lire : A la croisée des chemins, Pékin fait le choix de « la rue arabe » contre l’Occident), Xi Jinping animait en vidéo-conférence une réunion spéciale des BRICS élargis, dont l’objet essentiel était la guerre à Gaza.

Mais pas plus que la rencontre avec les pays arabes en visite à Pékin, les BRICS n’ont proposé de solution crédible au conflit autre que convenue. Son but réel était avant tout de présenter le groupe comme une alternative au G7 dominé par Washington et ses alliés.

Haussant l’analyse d’un étage, Mark Leonard suggère l’idée que le discours de Pékin sur le conflit au Moyen Orient et en Ukraine ne cherche pas à rallier des appuis, mais à diffuser la vision stratégique globale que les anciens repères de l’ordre mondial définis par les États-Unis et leurs alliés ont volé en éclats et que dans la mouvance du « sud global », ils sonnent creux.

Sa conclusion renvoie à la perspective épouvantable au potentiel explosif global d’une agression militaire directe de Taïwan par la Chine, expérience de pensée hypothétique pour l’heure improbable, « Et si, à un moment donné dans le futur, Xi prenait la décision fatale d’envahir Taïwan, il espèrera sûrement que le “Sud Global” s’alignera derrière Pékin plutôt qu‘à la remorque de Washington. ».

Note(s) :

[3L’idée de la Chine comme sanctuaire hypothétique des Juifs est ancrée dans un précédent historique. Il y a à peine quatre-vingt-dix ans, dans la ville de Shanghai pré-communiste et déchirée par la guerre, des dizaines de milliers de Juifs fuyant l’Holocauste ont cherché refuge dans l’Empire du Milieu.

Contrairement à l’Occident ou au monde musulman, la violence d’État organisée visant exclusivement les Juifs n’a jamais été documentée en Chine. Au contraire, le pays est célèbre pour la manière dont il a lui-même fait l’apologie, il est vrai un peu stéréotypée du « génie » juif.

Historiquement la présence de communautés juives en Chine est attestée par les missionnaires chrétiens qui tentèrent au passage de les évangéliser. Les plus connus en Occident sont les Juifs de Kaifeng, alors capitale des Song (907-1279) arrivés avec les marchands des routes de la soie dès le IXe siècle. Beaucoup venaient de Perse où, 8 siècles av. JC, ils avaient été déportés par les Assyriens, vainqueurs du Royaume d’Israël (ou de Samarie) dont, selon la Bible, la destruction marque la disparition des « Dix tribus d’Israël ».

Au sud survivait le Royaume de Juda, avec Jérusalem et Hébron, bordé à l’Ouest par le Royaume des Philistins, ancêtres des « Palestiniens » dont les principaux centres urbains étaient Gaza, Ashdod, Ashkelon, Ekron et Gath (source Wikipedia qui cite le Livre de la Genèse).

En 1908, Paul Peillot (lire : Le « prince des sinologues ») a découvert un manuscrit en hébreu dans les grottes de Dunhuang. Aujourd’hui, il ne resterait que quelques centaines de Juifs à Kaifeng. Le Parti, dont l’exigence d’allégeance est aussi vieille que le nationalisme de l’appareil, ne leur reconnaît pas le statut de « minorité  » et leur demande de choisir entre le statut de musulman « Hui » ou de Chinois « Han ».


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