›› Politique intérieure
Une brutalité peu soucieuse des regards extérieurs au service de la « sécurité nationale », socle de « l’Initiative Globale de sécurité. »
Au-delà des spéculations, le style à l’emporte-pièce révèle une indifférence impassible à l’égard des appréciations extérieures, notamment occidentales. Le mépris s’était déjà exprimé au détriment des équilibres économiques, par les confinements anti-Covid qui, au pic des mesures d’enfermement, avaient claquemuré jusqu’à 300 millions de Chinois.
La brutalité imperturbable s’était aussi manifestée lors du 20e Congres quand, le 22 octobre 2022, Xi Jinping était allé jusqu’à humilier publiquement son prédécesseur sous les yeux des observateurs incrédules du monde entier (lire : 20e Congrès. Xi Jinping et sa garde rapprochée prennent brutalement le contrôle du Parti).
Les épines dorsales de cette implacable âpreté sont la cohérence sans nuance de la machine politique [2] et l’obsession de souveraineté, base de « la Sécurité Nationale » intérieure et extérieure intimement liées.
Elles sont le fond de tableau de la nouvelle « Initiative de sécurité globale - 全球安全倡议 – », analysée dans la revue Foreign Policy du 28 juillet par Sheena Greitens, diplômée de Philosophie d’Oxford et titulaire d’un Doctorat de Harvard.
Établissant un lien entre le raidissement intérieur et les stratégies extérieures de Xi Jinping, elle suggère que la cohérence entre l’inflexibilité domestique et l’agressivité de la politique étrangère est la sécurité du régime.
« Dans un effort pour conjurer les menaces extérieures à la stabilité intérieure de la Chine et éviter toute contestation éventuelle du régime, Pékin cherche à affaiblir les alliances et les partenariats américains et à promouvoir son propre modèle de sécurité intérieure à l’étranger. »
Le paradoxe qui est aussi un défi, dont certains suggèrent qu’il pourrait être une des racines de l’éviction de Qin Gang, est que l’affirmation agressive de puissance à l’extérieur a fait surgir des contrefeux en Europe, première destination des exportations chinoises (657 Mds de $ en 2022 – sur un total d’échanges de 939 Mds de $), au moment même où le raidissement intérieur provoque des ratés de la croissance et une défiance des investisseurs étrangers, principale objet de la récente tournée du premier ministre Li Qiang en Europe.
Enfin, l’analyse de la chute de Qin Gang ne serait pas complète si elle ne mentionnait pas que sa vie privée était loin de constituer un exemple de vertu familiale dont Xi Jinping et son épouse Peng Liyuan s’appliquent à promouvoir le modèle.
L’adultère avec Fu Xiaotian, la vedette très occidentalisée de Phoenix TV.
Certains analystes évoquent les écarts de comportement du Ministre pour en minimiser l’importance en oubliant qu’en 2015 l’appareil avait brutalement réagi aux révélations par des tabloïds de la vie privée antérieure de Xi Jinping en kidnappant cinq libraires à Hong Kong (lire, cité plus haut : A Hong-Kong, théâtre des luttes de clans, Pékin réduit la liberté d’expression).
Toujours niée par la machine politique, censurée sur WeChat et WeiBo, la liaison adultère entre Fu Xiaotian, 40 ans, présentatrice de télévision née à Chongqing et le Ministre, marié et père d’un enfant, dont elle aurait eu un fils prénommé Er-kin, est connue.
Circonstance aggravante par ces temps de dure confrontation avec l’Ouest, Fu Xiaotian, présentatrice et productrice depuis sept ans de l’émission vedette de Phoenix TV « 風雲對話 – Parler aux dirigeants du monde » [3] est une personnalité chinoise dont la culture, l’éducation et les activités sont clairement occidentalisées.
Diplômée de l’Université des langues de Pékin 北京语言大学 qui forme aussi les diplomates, elle a aussi fréquenté, en 2007, à 24 ans, le Churchill College de Cambridge dont elle détient une licence en sciences de l’éducation.
Ses contacts avec des personnalités occidentales, notamment italiennes dont elle a interviewé le ministre des Affaires étrangères, deux premiers ministres et le Président de la République lui ont conféré un statut international.
Au fil des années ses émissions hebdomadaires lui ont construit l’image d’une d’ambassadrice internationale de la puissance douce chinoise ayant, grâce à sa maitrise de l’anglais, sans cesse tissé des liens avec l’Occident.
Fu est aussi impliquée dans des œuvres philanthropiques en liaison avec le Churchill College de l’Université de Cambridge dont depuis 2016, un des jardins porte son nom, honorant, dit sa bio, ses dons pour soutenir l’éducation et la recherche. Lire : Xiaotian Fu Garden.
Le jardin à son nom à Cambridge n’est certainement pas une faute politique, ni une corruption. Mais il est au moins un irritant pour les adeptes purs et durs du nationalisme anti-occidental. Il explique peut-être qu’elle aussi a disparu du paysage, « escamotée » par l’appareil.
Note(s) :
[2] S’il est exact que le nouveau BP a recruté une longue liste d’experts et de responsables de qualité (tels que Chen Jining, Yin Li, Yuan Jiajun, Ma Xingrui, Li Ganjie, Li Shulei, Chen Wenqing ou Zhang Guoqing, il n’en reste pas moins qu’en apparence du moins, la Direction politique est alignée sans nuance sur la pensée de Xi Jinping de souverainisme inflexible et de recherche d’indépendance par rapport à l’Ouest.
[3] La liste des personnalités interviewées par l’émission créé en 2001, diffusée en anglais et en chinois à partir de Hong Kong est impressionnante.
On y trouve notamment Mahmoud Ahmadinejad, Shimon Peres, Muammar Kadhafi, Yasser Arafat, Vladimir Poutine, Ban Ki-moon, Shinzo Abe, Kissinger, John Kerry, Bashar al-Assad. Le 27 mars 2022, Qin Gang avait fait mettre en ligne sur le site de l’Ambassade de Chine a Washington, la transcription de l’interview en anglais qu’il avait accordée à Fu Xiaotian.
