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En Grèce et au Brésil, Pékin donne le ton

Pékin en Grèce, spectaculaire contournement de Bruxelles.

Avant le Brésil Xi Jinping avait fait une escale remarquée en Grèce, porte d’entrée de l’UE par son flanc sud, 9 mois seulement après que Bruxelles ait rangé la Chine dans la catégorie des « rivaux systémiques ».

Le communiqué de Bruxelles voulait signifier que le caractère intrusif des stratégies extérieures de Pékin avait, au-delà des contentieux commerciaux, le potentiel de bousculer le paradigme socio-politique fondant l’épine dorsale de la marche des sociétés démocratiques de la planète.

Réponse du berger à la bergère, l’insistance chinoise en Grèce appuyée par la puissance des investissements du Groupe Public COSCO ayant pris le contrôle de 2 quais du port du Pirée, renvoie aux hésitations bureaucratiques de l’UE, tiraillée entre la préservation des intérêts acquis, ceux de la Banque Centrale Européenne objet des luttes d’influence entre Paris et Berlin et la nécessaire solidarité des États-Membres, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle a tardé à s’exprimer.

Il est un fait qu’au plus fort de l’emballement de la dette publique grecque (177% en 2014), les divergences de vues au sein de l’UE avaient généré une crise dont les secousses politiques furent entre 2008 et 2015 à l’origine de fortes tensions au sein de la zone euro, alors qu’il n’est pas inutile de rappeler qu’entre 2012 et 2016, les rachats de la dette grecque ont rapporté près 8 Mds d’€ à la BCE, dont Athènes qui pouvait en espérer une partie, n’a bénéficié qu’incomplètement et avec retard.

Au cœur des accusations de brutalité envers la Grèce en difficultés, le ministre allemand des finances Wolfgang Schaüble qui décida – ce qui entraîna derrière lui une partir des membres de l’UE - de ne pas reverser à Athènes la part des profits tirés des obligations de la dette grecque.

Le 22 juin 2018 l’Eurogroup corrigeait le tir par la décision de réduire le poids des créances de la Grèce en reportant les échéances de sa dette de 100 Mds jusqu’en 2033, tandis que la BCE lui versera 8 Mds d’€ annuels des profits tirés du rachat de sa dette à quoi s’ajouteront 15 Mds d’€ alloués par le fond européen de stabilité financière.

Réactivité de Pékin et vision stratégique de long terme.

Au regard des sommes européennes arrivées tardivement dans le paysage grec, l’engagement chinois initial remonte à 2008. Il se compose de 700 millions d’€ par COSCO pour contrôler la gestion de deux des 3 quais du port du Pirée, auxquels il faut rajouter 687 millions approuvés en octobre dernier pour la construction d’entrepôts et les 600 millions d’€ promis lors de la visite de Xi Jinping.

Ces derniers portent la participation chinoise dans la gestion du port à 67%, avec l’intention d’en faire un des tous premiers ports européens, COSCO contrôlant désormais les trois quais.

Cette constance exprime à la fois une réactivité remarquable comparée aux lenteurs européennes et une vision opportuniste tirant à merveille profit des dissensions européennes.

Dans un article de synthèse paru dans Asialyst Jean-Raphaël Chaponnière, membre du Groupe Asie 21, ancien chercheur au CNRS durant 25 ans, qui fut économiste à l’Agence Française de Développement, analyse les dividendes dont Pékin tire profit dix ans après les investissements de COSCO au Pirée, alors que l’UE donnait d’elle-même une image irrésolue de sa cohésion.

Les premières conséquences de la présence chinoise se font d’abord directement sentir au port du Pirée lui-même. Alors qu’en 2009 il était en queue du classement des ports européens, négligé par les grands transporteurs qui calculent leurs escales en fonction des capacités d’accueil des ports, les progrès étaient déjà sensibles en 2014.

Pour Miltiadis Varvitsiokis, ministre grec de la marine, depuis 2007 le volume des conteneurs transitant par le Pirée avait augmenté de 130%, passant de 1,3 millions de tonnes EVP (Equivalent Vingt Pieds, moyenne entre les conteneurs de 20 et de 40 pieds) à 3,1 millions, ce qui déjà le plaçait devant Le Havre.

Aujourd’hui, grâce aux modernisations opérées par COSCO, il est en haut du palmarès, en passe de rattraper Valence, 1er port de Méditerranée avec 5 millions de conteneurs par an, mais encore très loin des ports d’Europe du nord comme Rotterdam et Anvers (17 et 13 millions).


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