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Investiture

Lai Qing De à Taipei le 20 mai avec Hsiao Bi Khim 蕭美琴, (Xiao Meiqín), 53 ans, nouvelle vice présidente de la République de Chine.

Membre du Yuan Législatif de 2002 à 2008 et de 2012 à 2020 où elle représentait Hualien, qui possédait la double nationalité américaine et taïwanaise jusqu’en 2002, et diplômée de l’Université de Columbia, sa trajectoire personnelle durant laquelle elle s’est investie dans la promotion de la démocratie et la défense du droit des femmes est encore plus que celle de Lai marquée par une forte influence américaine (lire : La « colistière » de Lai. Une forte personnalité occidentalisée, activiste libérale et progressiste).


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Au cœur du programme de Lai, démocratie, liberté, apaisement et réalisme.

Un demi-siècle plus tard, l’idée de démocratie taïwanaise en rupture avec l’autocratie du Parti communiste qui, depuis le départ des Japonais en 1945, n’a en dépit de plusieurs tentatives de conquête, jamais exercé son pouvoir sur l’Île, reste le pilier du discours de Tsai Ing-wen et de Lai Qing De.

Tout en appelant à la solidarité des démocraties face aux autocrates, sans oublier de mentionner l’atout de la maitrise par TSMC des très hautes technologies de microprocesseurs d’extrême finesse à moins de 4 nanomètres, Lai a réaffirmé à la fois son ouverture hors du théâtre fermé des relations dans le Détroit « Taiwan a besoin du monde et le monde a besoin de Taïwan » et - chiffon rouge pour le parti communiste chinois -, la souveraineté de l’Île face à Pékin : « Il n’y a aucun lien de subordination entre la République de Chine et la République populaire ».

En même temps, tournant le dos au militantisme de rupture radicale de ses débuts, il a fait la promotion de l’apaisement dans le Détroit et, assurant qu’il continuerait, comme Tsai Ing-wen à militer pour le statuquo, il a appelé Pékin à reconnaitre la légitimité politique de l’Île, à respecter le choix des Taïwanais et à accepter le dialogue. « J’espère que la Chine fera face à la réalité de l’existence de la République de Chine et s’engagera de bonne foi dans une coopération avec le gouvernement légal choisi par le peuple taïwanais. »

Mais, tout en proposant des initiatives concrètes de rapprochement comme les échanges d’étudiants et la réouverture réciproque au tourisme, Lai a mis en garde ses compatriotes contre l’illusion que l’apaisement effacerait l’agressivité du Parti.

Rejoignant en partie la conclusion de l’interview que Ma Ying-jeou avait donné à la chaîne allemande Deutsche Welle le 1er décembre 2023, Lai a rappelé « qu’aussi longtemps que la Chine ne renoncera pas à l’usage de la force, les Taïwanais doivent comprendre que même s’ils acceptaient l’intégralité des exigences chinoises, y compris celle de renoncer à leur souveraineté, l’ambition de la Chine d’annexer Taïwan ne disparaîtrait pas. »

Le 21 mai, l’appareil chinois lui donnait raison. Par la voix du porte-parole du bureau des Affaires taïwanaises, il évoquait de possibles représailles pour riposter à la « collusion de l’Ile avec les forces extérieures » et « punir une quasi déclaration d’indépendance »

La suite faisait écho à la mise en garde de Lai : « peu importe ce que Lai dit ou comment il le dit, cela ne changera pas le statut et le fait que Taïwan fait partie de la Chine. La réunification complète de la Patrie doit et peut certainement être réalisée. »

Menaces chinoises et implication de l’Amérique.

La persistance récurrente des menaces de l’APL dont Xi Jinping a, depuis 2012, fait évoluer la mission de prévenir un dérapage indépendantiste de l’Île vers celle de sa conquête coûte que coûte par la force, dont il ne cesse d’exhiber la puissance aux limites de l’Île, a mécaniquement rapproché Taïwan et Tsai Ing-wen de Washington.

Cette proximité est aujourd’hui un des principaux reproches de Pékin à Taipei. Elle s’affiche de plus en plus par des missions semi-permanentes d’experts militaires dans l’Île et les fréquentes visites de responsable politiques, en contradiction flagrante avec les « Trois Communiqués » (1972 (Nixon et Zhou Enlai) ; 1979 (Carter et Deng Xiaoping) et 1982, (Reagan et Deng Xiaoping) qui prévoyaient précisément que les États-Unis prendraient leur distance avec les tensions dans le Détroit.

En 1979, année de la reconnaissance de la Chine Populaire par Washington, Pékin, anticipant le retrait américain et en plein apaisement de la période Carter - Deng Xiaoping, s’était même accommodé du Taïwan Relations Act (TRA).

Contrainte de droit interne que le Congrès impose à la Maison Blanche, loin d’être un accord de défense avec Taïwan, le TRA doit, selon les stratèges américains, dissuader une aventure militaire chinoise dans le Détroit, quand Washington reste aussi, en dépit des contradictions de sa relation avec Taipei et Pékin, l’un des garde-fous qui, au nom de sa reconnaissance de « la politique d’Une seule Chine », s’oppose à une déclaration d’indépendance de l’Île.

Les ambiguïtés décrites ci-dessus sont le schéma complexe de la relation entre Washington, Pékin et Taipei. En arrière-plan, les stratèges américains sont conscients que s’ils ne réagissaient pas à une agression militaire directe de l’Île non provoquée par une déclaration d’indépendance, l’Amérique perdrait définitivement son influence stratégique dans le théâtre Pacifique.

Le 20 mai, Washington soucieux de ménager la susceptibilité souveraine chinoise, n’a, comme à son habitude, envoyé que d’anciens responsables à la retraite aux cérémonies d’investiture, où étaient en revanche présents huit chefs d’État ou de gouvernement en exercice.

Critiques internes.

Enfin, à l’intérieur, le KMT, interlocuteur privilégié de Pékin dont le Président Éric Chu a boycotté les cérémonies d’investiture, est sérieusement bousculé par ce troisième mandat consécutif de la mouvance de rupture à la tête de l’Île.

Alors que la communauté internationale a largement salué l’investiture de Lai comme la démonstration du dynamisme démocratique taïwanais, les représentants du parti nationaliste, craignant qu’elle irrite Pékin, ont critiqué la rhétorique agressive de Lai.

Les commentaires du discours d’investiture ne se sont pas seulement limités aux mises en garde récurrentes accusant le Min Jin Dang qui ne reconnait pas le principe « d’Une seule Chine », de nourrir mécaniquement les risques de conflit.

Allant plus loin dans la critique de principe, Ma Ying-Jeou et Eric Chu, l’ancien et l’actuel Président du parti ont fustigé la stratégie de Lai des « deux États », datant pourtant de 1999, quand le Président Lee Teng Hui lui-même KMT, avait à la fois défié Pékin et les caciques de l’appareil nationaliste.

Consistant à caractériser l’Île comme un pays complètement séparé du Continent qui lui serait étranger, elle violerait selon eux la notion culturelle d’une seule Chine divisée en deux zones, politiques distinctes qui, avant les amendements successifs, figurait dans la Constitution de la République de Chine sous la forme d’une « Loi régissant les relations entre les habitants de la région de Taïwan et la région continentale », conforme au « Consensus d’Une seule Chine » de 1992.

La mandature de Lai s’annonce agitée.

Alors que le 21 mai, le MAE chinois WANG Yi a qualifié de « honteuse » la cérémonie d’investiture d’un homme que l’appareil considère comme un « dangereux séparatiste qui sera cloué au pilori de l’histoire », l’absence de majorité claire au Yuan Législatif où avec 52 sièges, le KMT n’a qu’une courte avance sur les 51 élus DPP, a déjà provoqué de spectaculaires échauffourées.

Commencées le 17 mai par de violentes empoignades, elles ont continué le 21 mai autour de cinq propositions des députés du KMT et du Parti du Peuple Taïwanais qui souhaitaient faire adopter une procédure accélérée pour contrôler plus efficacement l’exécutif.

Approuvées par le Président KMT de la Chambre Han Kuo Yu qui n’a pas réussi à maintenir le calme, elles ont provoqué de sévères passe-d’armes qui ont dégénéré en une de ces violentes foires d’empoigne dont le Yuan législatif a le secret. Alors que quelques députés ont été hospitalisés, les images de la télévision taïwanaise ont montré des députés sautant par-dessus les tables pour plaquer leurs collègues au sol.

A l’extérieur des milliers de jeunes militants du DDP - 30 000 disent les organisateurs -, dont certains brandissaient des tournesols (lire : Taïwan : Craquements politiques dans l’accord cadre. Les stratégies chinoises en question. Avec en mémoire le blocage du parlement au printemps 2014, ils vociféraient contre le projet du KMT, criant au retour de la dictature

Le projet de loi controversé stipule que les membres de l’exécutif pourraient être condamnés à une amende ou même à la prison pour « outrage au Parlement », s’ils étaient convaincus de fausses déclarations, s’ils refusaient de répondre aux questions de l’opposition ou s’ils dissimulaient des informations.

Parallèlement, le président Han Kuo-yu serait tenu de prononcer un discours annuel devant le parlement sur des questions politiques clés. Les opposants aux propositions avancent que la qualification trop vague « d’outrage au parlement » ouvrirait la porte à des abus et que l’obsession d’inquisition et de contrôle pourrait conduire à trahir des secrets de sécurité nationale.

Mise à jour le 23 mai.

Le 23 mai à l’aube, évoquant la nécessité de punir, « chengfa 惩罚 » le séparatisme le 分裂国家的 行为, de Lai Qing De, Pékin a démarré des exercices aéronavals dans le Détroit à vue directe des îles taïwanaises de Jinmen et Matsu. (Lire : https://www.questionchine.net/seduction-au-fujian-harcelements-dans-le-detroit-le-dilemme-taiwanais-du-parti )

Commencées le 15 mai avec le survol des parages sud de l’Île par une quarantaine de chasseurs de combat, les démonstrations de force font partie d’un schéma classique d’intimidation. Du point de vue de Pékin, l’exigence d’infliger une « punition » est encore plus impérative compte tenu du passé radicalement indépendantiste et pro-américain de Lai Qing De, dont la Vice-Présidente Hsiao Bi-Khim, libérale progressiste avait détenu la nationalité américaine jusqu’en 2002.

S’il est exact que les bruits de ferraille chinois autour de l’Île ont l’effet direct de tenir à distance toute déclaration sèche d’indépendance, la rémanence insistante des menaces produit aussi une répulsion éloignant l’Île du Continent.

La désaffection se lit un sondage de février 2023 menée par l’Université Nationale. Moins de 2% sont favorables à une réunification à court terme, quand plus de 82% privilégient le statuquo, soit définitivement (33,2%), soit dans l’attente d’une décision ultérieure qui serait bien moins souvent la réunification (6,2%) que l’indépendance (21,5%).

Pour autant, même si à Taipei, le ministère de la défense de l’Île qui qualifie les manœuvres « d’irrationnelles », a réagi en affirmant sa détermination à ne pas se laisser intimider, l’échauffement militaire autour de l’Île est un défi pour Lai.

Par jeu politique interne, l’opposition du KMT considère en effet son refus de reconnaitre la réalité d’une Chine unique d’être responsable de l’instabilité dans le Détroit.

Pékin qui connait cette vulnérabilité éloignant une partie de partisans du DDP qui craignent un embrasement militaire, a cette fois ostensiblement mis en scène la capacité agressive de ses chasseurs de combat.

Les Taïwanais ont ainsi pu observer, largement retransmis par CCTV, l’impressionnant ballet de dizaines d’avions de combat de l’APL mener des frappes simulées contre, disaient les commentaires, des « cibles militaires ennemies de grande valeur » au milieu d’une flotte de destroyers, de frégates et de vedettes lance-missiles rapides.


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