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L’influence du parti communiste chinois sur l’OMS

Le 28 janvier, 5 jours après le durcissement de la riposte chinoise à l’épidémie, Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur Général de l’OMS était en visite à Pékin. Il a cependant fallu attendre le 13 février pour qu’une mission de l’Organisation se rende sur le terrain en Chine. Le délai pose la question de l’influence d’un régime autocrate sur une organisation internationale (Photo Naohiko Hatta - Pool/Getty Images).


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Dans une analyse précise et très documentée, publiée le 23 mars par l’Institut Montaigne, François Godement, diplômé de Normale Sup, agrégé d’histoire et Docteur d’histoire sociale et économique de la Chine, analysait la controverse à propos de l’influence de Pékin sur l’OMS.

Ravivée à l’occasion de la crise épidémique du Covid-19, la polémique n’est pas nouvelle.

Durant la longue présidence de Margaret Chan (2006 – 2017) l’organisation fut même accusée de relayer les stratégies chinoises, notamment en aggravant l’ostracisme frappant Taïwan exclue de plus de 70% des réunions techniques au cours des 10 dernières années.

Après le départ de Madame Chan, la mise à l’écart ne s’est pas relâchée, puisque l’Île n’a pas été autorisée à participer physiquement à une réunion cruciale sur le covid-19 en février 2020.

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Aujourd’hui, l’élargissement planétaire de l’empreinte chinoise pose clairement la question des méthodes du Parti communiste chinois en quête d’influence globale à l’aune des « caractéristiques chinoises », en réalité un échafaudage politique, dont le premier but est de protéger, en Chine, la prévalence de l’appareil contre toute contestation.

Tout en donnant acte à l’OMS de son changement de posture à parti du 24 janvier, l’analyse de F. Godement pointe du doigt ce défi dont l’ampleur augmente en même temps que la puissance de la Chine.

« La mutualisation des efforts sous la direction de l’OMS permet la diffusion de directives et des informations sur les meilleures pratiques. Elle reste irremplaçable. Le problème est d’imaginer comment atténuer l’impact d’un régime autoritaire implacable ». (…) « Peut-être pourrait-on commencer par ne pas se soumettre d’emblée aux vérités officielles (du parti) et éviter de les promouvoir ».

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S’il reconnaît un alignement évident de l’OMS au départ de l’épidémie sur les dénégations et les hésitations de la Chine à constater les contagions directes entre humains, puis, jusqu’au 11 mars, à déclarer l’état de pandémie, F. Godement analyse cependant qu’à partir du 23 janvier, date de la mise en quarantaine de la province du Hubei, l’Organisation n’a pas failli à sa mission d’alerte, de coordination des informations et de conseils aux 194 membres.

Si certains États ont tardé à répondre à l’épidémie, la responsabilité n’en incombe pas à l’OMS. Celle-ci a appelé à plusieurs reprises à des changements de politique gouvernementale et insisté sur la gravité du risque global. Le 23 janvier, elle a recommandé de contrôler des sorties d’aéroport ; le 4 février elle a plaidé pour partager les informations gouvernementales ; le 7 février, elle a souligné la pénurie globale d’équipements de protection individuelle ;

Le 12, elle a publié des directives de planification des ripostes ; le 20 février elle a alerté sur le risque que la fenêtre d’opportunité pour contrôler l’épidémie allait se fermer ; le 27, elle a publié son rapport de mission en Chine ; le 5 mars, enfin, elle a insisté sur l’importance de pratiquer des tests.

Points clés de l’analyse.

Epidémiologiste de formation, l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, premier Directeur Général africain de l’OMS, a eu tendance à s’abstenir de critiquer ou à prendre le contrepied de la Chine. Il a défendu sa position prochinoise par la nécessité d’obtenir la coopération de Pékin dans la crise. Il n’est pas exclu que sa prudence puisse avoir été motivée par le fait que la Chine est le premier investisseur étranger en Éthiopie. Début 2019, Pékin a annulé les intérêts de la dette d’Addis Abeba sur les 12 Mds de prêts octroyés pour financer plusieurs projets de développement dont une voie ferrée reliant Addis Abeba à Djibouti.


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1. L’OMS qui n’a jamais contesté les déclarations initiales de Pékin, a attendu jusqu’au 12 février pour envoyer une mission significative sur le terrain en Chine.

2. Il a fallu attendre le 24 janvier pour qu’elle reconnaisse la transmission directe entre humains et le 11 mars pour qu’elle déclare l’état de pandémie.

3. S’il existe une influence de la Chine sur l’OMS, celle-ci ne dépend pas de sa contribution financière - à peine 10% de celle des États-Unis, et 2,5% des contributions bénévoles américaines - mais de la capacité de Pékin à entraver un projet par son droit de veto et à rassembler des appuis politiques.

5. Épidémiologiste de formation, Tedros Adhanom Ghebreyesus, premier Directeur Général africain a eu tendance à s’abstenir de critiquer ou à prendre le contrepied de la Chine.

6. A partir du 23 janvier, date du durcissement des réactions chinoises, l’OMS a radicalement modifié son attitude assurant autant que possible la coordination des réactions globales, tout en dispensant des informations et des recommandations opérationnelles dont la plupart s’inspiraient des mesures prises par Pékin.

7. Il appartient aux États, y compris les plus développés, de suivre les recommandations de l’OMS, pour procéder aux tests, tracer les malades, les isoler et fournir les équipements de protection.

Commentaires de QC.

S’il est vrai que jusqu’au 23 janvier l’OMS, alignée sur Pékin a manqué de diffuser l’alerte au meilleur niveau d’efficacité, F. Godement souligne qu’elle a, par la suite, joué son rôle de coordination, de relais de l’information et de conseils. Il n’en reste pas moins vrai que le virage de l’OMS a été tributaire de la décision chinoise.


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François Godement a le mérite et la lucidité de corriger la contrevérité d’une inertie coupable de l’OMS au-delà du 24 janvier, justifiant a posteriori le retard des mesures tardives de protection aux aéroports, notamment en France.

Pour autant, il est nécessaire de rappeler que le changement de posture de l’OMS, ne s’est produit qu’à la remorque de la volte-face chinoise, soulignant de manière flagrante son alignement sur Pékin.

Autre remarque : au-delà des hésitations initiales de l’OMS, expression évidente de son manque d’indépendance, il est nécessaire de s’interroger sur la pertinence du choix ayant laissé entendre que le confinement à la chinoise pouvait servir de modèle.

L’OMS a certes également évoqué l’exemple coréen. Il reste que c’est l’émulation chinoise qui a prévalu. Il est vrai que les engorgements des soins intensifs provoqués par les ripostes tardives, ont obligé les pouvoirs publics a réagir dans l’urgence.

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Plus largement, la controverse pose la question de l’indépendance et de la capacité d’action de l’ONU dont l’OMS est une émanation. Aujourd’hui, l’efficacité de l’organisation née en 1945 est celle du plus petit dénominateur commun calculé à l’aune des intérêts des plus puissants. Plus encore, l’histoire récente montre deux tendances rivales à l’œuvre opposant la Chine et les États-Unis.

D’un côté, Washington qui dénonce l’incapacité de l’ONU tout en abondant son budget à raison de 27,9%, s’exonère assez souvent de sa caution pour agir seul.

De l’autre, la Chine dont la contribution aux finances onusiennes est de 15,22%, se réclame de sa légitimité de membre permanent et en même temps de celle du « plus grand pays en développement » - une vision de moins en moins crédible - pour rassembler autour d’elle une mouvance de pays majoritairement du tiers-monde, mais pas seulement, contestant la prévalence des États-Unis et de l’Occident.


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