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L’instabilité historique de la frontière sino-birmane. La longue patience de Pékin. Crises de migrants et diaspora chinoise dans l’ASEAN

Diaspora, migrants et réfugiés chinois.

Le thème est récurrent dans toute l’Asie du sud-est. Avec 1% de la population des Philippines et 3% en Indonésie, la communauté chinoise tient entre 60% et 70% des affaires privées dans, entre autres, l’immobilier, le commerce de gros, le tourisme, la finance, les chantiers navals et les ressources minières.

Indonésie, Vietnam Philippines.

En Indonésie où des lois restreignant la liberté d’affaires des chinois avaient été promulguées par Suharto et révoquées à sa chute, la crise financière de 1998 avait dégénéré en pogroms antichinois au cours desquels 2000 chinois furent assassinés.

Au Vietnam, les Chinois occupaient la même position de prévalence économique quand, à la fin des années 70, ils furent forcés à l’exil (« boat people ») par l’abolition communiste du secteur privé. Depuis, envenimé pas les querelles en mer de Chine du sud, le resentiment s’est aggravé au point de s’approcher d’un point de rupture en mai 2014. Lire notre article Explosion de violences anti-chinoises au Vietnam.

Aux Philippines, la chute de Marcos en 1986 n’avait pas conduit à des débordements criminels contre la communauté chinoise, mais elle recelait en arrière plan une réelle phobie contre le commerce chinois ayant longtemps alimenté la corruption du dictateur en rétribution de positions d’affaires privilégiées accordées à la diaspora. Aujourd’hui encore, le rapprochement avec Pékin entamé par le président Duterte suscite des émotions adverses limitant la marge de manœuvre politique de l’exécutif à la recherche de capitaux chinois.

Malaisie, Thaïlande, Cambodge.

En Malaisie, l’inconfort des Chinois qui tiennent une part importante de l’économie, est renforcé par la constitution, stipulant que les Malais « sont des personnes de religion musulmane, parlant le Malais et vivant selon les coutumes malaises » (art .160).

Récemment, le débat autour de la prévalence des affaires chinoises s’est invité dans les querelles politiques à Kuala Lumpur. Mahatir (92 ans) l’ancien homme fort ayant régné 22 années sur le pays, pendant lesquelles le commerce avec la Chine était passé de moins de 300 millions à 20 milliards de $, est quand même accusé de phobie anti-chinoise.

Dans sa campagne pour tenter de renverser le premier ministre Najib Razak, il l’accuse de « vendre le pays aux chinois ». A cet effet il condamne le rôle de China General Nuclear Power dans le sauvetage du fond de développement malais 1MDB (1 Malaysia Development Berhad) également impliqué dans un scandale de corruption menaçant Najib Rezak, et la prise d’intérêt pour 2,7 Mds de $ de China Railway Engineering Corp dans un projet de dévelopement de la zone de Kuala Lumpur croulant sous 9,4 Mds de $ de dettes.

Même en Thailande où la communauté chinoise s’est remarquablement assimilée par le truchement de mariages mixtes, tandis que les dynasties d’affaires chinoises adoptaient des patronymes thailandais pour mieux se fondre dans la mouvance des élites locales, la puissance montante des affaires chinoises a provoqué des sentiments de rejet qui furent, entre autres, à la racine des déboires du premier ministre Thaksin Shinawatra accusé de s’être entouré d’une garde rapprochée politique purement chinoise.

Ses critiques imprudentes de la monarchie, pilier mythique du système politique thai et les soupçons de corruption pesant sur lui, donnèrent à ses détracteurs toutes les raisons objectives de l’éliminer.

Au Cambodge, décimée par les Khmer Rouges et très affaiblie par les onze années d’occupation vietnamienne, la communauté chinoise regagne en influence. Courtisée par le premier ministre Hun Sen qui accepte sans mesure les investissements chinois et l’aide financière de Pékin (dons et prêts à long terme, attributions de marché sans appels d’offres aux compagnies chinoises), la diaspora d’affaires chinoise présente dans tous les secteurs de l’économie est, pour l’instant, vue par l’opinion comme un contrepoids à l’influence de Hanoi.

Bouc émissaire ancestral des déboires du pays, devenu un repoussoir depuis qu’en 1979, les successeurs d’Ho Chi Minh exprimèrent le projet d’annexer le Royaume au sein d’un ensemble indochinois sous influence communiste, le Vietnam joue aujourd’hui le rôle de « première menace extérieure », tandis que la Chine est d’autant plus la bienvenue qu’elle est impliquée dans un conflit direct avec Hanoi sur la souveraineté en mer de Chine du sud.

Il reste que la main mise chinoise sur tous les secteurs d’activités du Royaume commence à susciter des inquiétudes chez les hommes d’affaires khmers progressivement poussés aux marges de l’économie du pays.

Lire aussi Au Royaume Khmer, la France a cédé la place à la Chine.

Myanmar.

Les mêmes tendances sont à l’œuvre en Birmanie où la communauté chinoise forte officiellement de 3%, (1,7 millions selon des chiffres de 2012), mais probalement plus nombreuse, s’est implantée depuis l’avènement des Qing en 1644, puis par un flot d’hommes d’affaires encore augmenté depuis les années 90 par les migrants illégaux venant du Yunnan. Originaires du Fujian, de Canton et du Yunnan, les Chinois sont présents dans toutes les strates de la société (ils sont fonctionnaires, grossistes, petits commerçants, forestiers, agents immobiliers, professeurs, pharmaciens, docteurs, ingénieurs, mais aussi manutentionnaires et dockers).

En contraste avec d’autres pays de l’ASEAN où les Chinois ont préféré rester dans l’ombre du pouvoir, ils ont même occupé des positions politiques éminentes. Ainsi San Yu, commandant en chef des armées birmanes de 1981 à 1988, Ne Win fondateur du parti socialiste birman, chef des armées pendant 26 ans de 1958 à 1988, premier ministre et même chef de l’État, dictateur cruel au pouvoir sans partage qui, en dépit de ses ascendances harcela la communauté chinoise, et Khin Nyunt, chef du renseignement militaire et premier ministre (2003 – 2004) où il fut convaincu de corruption et condamné à 7 ans de prison.

Comme ailleurs, le pouvoir économique de la diaspora chinoise, infiniment plus puissant que ses effectifs qui s’est aussi développé dans la construction navale, l’exploitation forestière et minière (nickel, cuivre, hydrocarbures), l’agriculture, le transport, le commerce à toutes échelles et le tourisme, suscite des réactions adverses dans les cercles des affaires où l’influence des birmans autochtones est réduite à sa plus simple expression.

Le raidissement anti-chinois s’est récemment exprimé de manière emblématique par l’arrêt de plusieurs projets miniers chinois et la suspension des travaux du barrage géant de Myitsone (septembre 2011). En même temps la junte a cédé aux appels à l’ouverture politique de Washington, avec, en arrière pensée la motivation tactique initiale de tenir à distance les pressions chinoises.

Ayant perdu les élections qui portèrent Aung San Suu-kyi dans une position de pouvoir ambiguë, la junte a retrouvé sa liberté de manœuvre face à la Chine et n’a rien perdu de son pouvoir. A la grande déception de Pékin c’est encore elle qui donne le ton dans la réduction militaire des irrédentismes du nord-est à la racine des flots de réfugiés vers le Yunnan.

Lire aussi :
- La Chine et quelques uns de ses voisins.
- Aung San Suu Kyi à Pékin. Retour au principe de réalité.


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