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›› Politique intérieure

L’obsession normative exportée hors de Chine

Logo du programme 学习强国 édité par le département de la propagande du Parti, incitant les inscrits à jouer tous les jours pour accumuler des points. 每天打卡“学习强国


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Alors qu’en Chine l’entreprise d’embrigadement de la population se poursuit, au Canada montent deux polémiques lancées par des étudiants chinois pilotés par le Consulat de Toronto, l’une à l’université McMaster dans l’Ontario contre une causerie organisée par Rokive Turdush, étudiant canadien, d’origine ouïghour, l’autre à Toronto même, à l’université Scarborough contre l’élection au Conseil étudiant de Chemi Lhamo, un autre Canadien celui-là d’origine tibétaine.

Les réseaux sociaux au service du despotisme.

Récemment la propagande s’est saisie des réseaux sociaux tirant profit de l’addiction généralisée des jeunes et de la classe moyenne aux téléphones portables pour assurer l’autopromotion du Président.

Noyée dans une série de services allant de la messagerie au paiement « d’enveloppes rouges » à l’occasion des fêtes en passant par un choix d’articles laudateurs de l’histoire du parti et de la pensée politique du n°1, une application au logo rouge véhiculée par Apple Store baptisée « Xuexi Qiangguo 学习 强国 - Étudions le puissant pays - sous entendu de Xi Jinping - » s’est introduite dans les foyers jusque dans les provinces reculées.

Téléchargée même par les moins jeunes des zones rurales habituellement peu dépendants de leurs mobiles, le titre du programme est un jeu de mots autour de l’homothétie entre le Xi (习) de 学习- étudier - et le même 习, patronyme du président 习近平.

Diffusé de manière verticale par le Parti jusqu’au niveau des sous-districts qui demandent aux enseignants des écoles de faire télécharger l’application par leurs élèves, le programme est un questionnaire à choix multiples sur la doctrine du parti et les réalisations du Parti et du Président.

Les bonnes réponses qu’on peut piocher dans les documents diffusés par la propagande, permettent de gagner des points pour un classement rendu public avec l’identité réelle des participants et leur numéro de téléphone, obligatoires pour l’inscription au jeu.

Un article du Figaro du 15 février signalait cependant que les commentaires des internautes avaient été désactivés - ce qui n’augure pas d’un accueil favorable - et qu’une société d’analyse mesurant l’audience des applications internet lui avait attribué la note médiocre de 2,7. Les deux indices laissent penser que s’il est actuellement le plus téléchargé de Chine, le logiciel n’est pas le plus populaire.

Le lien ci-dessous renvoie aux ressources documentaires du programme. Signé de Xi Jinping, il met en exergue deux citations du n°1 : 梦想 从 学习 开始 -Mengxiang cong xuexi kaishi -, le rêve commence par l’étude ; 事业从实践起步-shiye cong shijian qibu. La carrière démarre par la pratique.

Xueci.cn

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Les croisement des deux occurrences, au Canada et sur les réseaux sociaux en Chine, révèlent l’obsession normative du Parti dont la contagion à l’étranger par le biais des diplomates chinois à l’affut de toute éventualité critique de la Chine, attise la méfiance des démocraties contre Pékin.

Nervosités.

Créée en 1887, l’université privée McCaster à Hamilton dans l’Ontario offre un vaste éventail de centres de recherches et de domaines études. Elle est très prisée des étudiants chinois.


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Cité par Supchina, le Washington Post qui semble avoir obtenu des informations par des étudiants chinois moins enclins à suivre les injonctions du Parti, révèle que les diplomates du Consulat échangeant sur WeChat avec les étudiants, s’inquiétaient de savoir si des officiels de l’Université McCaster avaient assisté à la causerie du Canadien-Ouïghour Turdush.

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La propension du système politique central à considérer que la force rémanente de la culture chinoise nourrit un indéfectible attachement à Pékin, par-delà les systèmes politiques, parfois même en dépit des naturalisations des Chinois immigrés, est une donnée constante des relations de la Chine avec le reste du monde.

Cette fois, il est remarquable que l’intrusion des diplomates chinois sur des campus universitaires occidentaux ait pour objet le Tibet et le Xinjiang, provinces allogènes figurant au cœur des intérêts vitaux chinois qui en 2008 et 2009 furent le théâtre de meurtrières révoltes contre les Han. François Danjou le rappelait récemment, résumé dans les deux paragraphes suivants, repris de l’article.

Les intérêts vitaux du Tibet et du Xinjiang.

Extraite du site officiel Tibet.cn, la photo montre la fête du printemps au village de Rongma près de Lhassa. Par un encadrement strict, accompagné par une forte immigration de Han, le projet de Pékin est de normaliser et d’intégrer autant que possible la culture tibétaine au projet culturel global des Han. En arrière-plan et au-delà des belles images, subsiste l’inquiétude générée par l’exil du Dalai Lama et la puissance rémanente de la religion lamaïque.


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Au cœur des relations de la Chine avec l’Inde où s’est réfugié le Dalai Lama, creuset d’une culture religieuse allogène dont les plus radicaux prônent le séparatisme, promontoire riche en ressources, abritant un arsenal de missiles et une série de bases aériennes stratégiques, le Tibet est un espace essentiel sur lequel la culture farouchement centralisatrice du régime ne peut envisager de laisser peser les aléas de l’autonomie réclamée par le Dalai Lama.

Le Xinjiang peuplé de Ouïghour musulmans d’origine turque, est le point de contact de la Chine avec ce que le régime perçoit comme une double menace portée par un mouvement séparatiste et l’hostilité de l’Islam radical. La conjonction des deux pouvant, selon la sécurité d’État, générer un risque terroriste interne dont les actions pourraient se dilater hors de la province.

La riposte normative de Pékin orchestrée par Chen Quanguo, qui, de 2011 à 2016 fut aussi chargé par l’appareil de juguler l’épidémie d’immolations par le feu au Tibet, soulève de vastes réprobations des ONG des droits et des gouvernements occidentaux ciblant la déportation de plusieurs centaines de milliers de Ouïghour dans des camps de rééducation politique.

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La plupart des Occidentaux analysent le récent activisme peu subtil des diplomates chinois au Canada comme une ingérence insupportable dans la liberté académique des universités. Mais compte tenu de l’arrière-plan politiquement sensible et stratégiquement névralgique des deux provinces, il
traduit aussi une sérieuse inquiétude de l’appareil.

Elle expliquerait l’activisme maladroit du Consulat, tandis que les plus nationalistes des étudiants sont eux-mêmes convaincus d’un complot anti-chinois.


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