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La fausse idée reçue d’une influence chinoise comblant le vide laissé par le retrait de l’Amérique

La photo publiée par le site https://councilonstrategicrisks.org fait allusion au désengagement global de l’Amérique de D. Trump quand Washington a, le 1er juillet 2025, mis fin à l’USAID, la principale agence gouvernementale américaine chargée de l’aide humanitaire et du développement économique à l’étranger. Plus généralement l’analyse de Yun Sun examine dans quelle mesure la Chine est en mesure combler le vide d’influence et de sécurité laissé par le retrait de l’Amérique.


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Le 31 mai dernier le Dr Yun Sun, sino-américaine initialement formée à l’Université des affaires étrangères de Chine où elle a obtenu une licence de relations internationales, et titulaire d’un Doctorat (Ph-D) de la section Relations Internationales de l’Université John Hopkins basée à Washinton DC, proposait dans China Leadership Monitor une longue analyse critique de l’idée selon laquelle Pékin réussirait à combler le vide laissé sur la scène mondiale par le retrait stratégique de l’Amérique et les faux pas de l’administration Trump.

Analysant méthodiquement les nouvelles stratégies de la Chine et leur impact en Europe, en Asie du Nord-Est et au Moyen Orient, elle montre que la réalité de ses influences ne peut se résumer à une généralisation unique. Lire : Trump 2.0 : Is China Filling the Void ?.

Les alliés et partenaires des États-Unis ont certes de bonnes raisons de d’interroger l’actuelle trajectoire stratégique de Washington. Mais les questionnements ne se sont pour l’instant pas traduits par leur basculement vers la Chine, d’autant que Pékin ne donne pour le moment aucun signe concret de vouloir combler le vide laissé par l’Amérique de Trump.

C’est même l’inverse.

Yun cite les exemples des budgets d’aide bilatérale et multilatérale. Le premier n’a connu qu’une croissance marginale, tandis que le volume réel du second a même diminué en 2026. Sur ce thème de l’aide directe, sa conclusion est que Pékin est très loin de pouvoir remplacer même partiellement l’Amérique.

L’Europe.

Alors que les stratèges chinois ont clairement identifié que la seconde administration Trump est celle qui a le plus sérieusement perturbé la relation transatlantique depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Pékin n’en a pas réellement tiré partie.

Non seulement, l’appareil a très vite affiché par la voie de Wang Yi son tropisme pro-russe qui ne pouvait que heurter l’Europe, mais encore, il a tenté de tirer profit de ce qu’il identifiait comme un affaiblissement de l’Union et de sa capacité de résistance pour tenter de « corriger les préjugés européens à l’égard de Taiwan », notamment ceux qui, tout en reconnaissant la politique d’Une seule Chine, ont exprimé des sympathies à l’égard du pouvoir du DPP que Pékin considère comme peuplé de « dangereux séparatistes ».

(A ce sujet lire notre article du 17 août 2021 qui faisait le point relations Chine - Europe, au moment où la Lituanie, plus grand des trois États baltes devenait ouvertement plus critique de la Chine : La Lituanie sous le feu de la vindicte chinoise à propos de Taïwan).

Comme il fallait s’y attendre, l’affaire lituanienne a à la fois augmenté la défiance collective de l’Europe face à la Chine et sabordé les avantages que Pékin aurait pu tirer des fractures apparues en 2017 dans les relations transatlantique aggravées par l’unilatéralisme américain auquel la présidence Biden (2021-2025) n’avait pas mis fin.

L’Asie du Nord-est.

Dans cette zone, les efforts de la Chine pour créer une architecture de sécurité qu’elle contrôlerait, concurrente de celle de Washington, ont été accueilli de manière variable.

La réalité est que loin de se retirer de la zone en créant un « vide », Washington a à la fois exigé de ses alliés à Séoul et Tokyo plus de concessions commerciales (droits de douane réciproques portés à 15%) et plus de dépenses consacrées à leur défense.

En même temps, la bascule chinoise entérinant la nucléarisation de la Corée du nord (lire : A Pyongyang, le silence de Xi Jinping entérine le rêve nucléaire de Kim Jong-Un) est une évolution stratégique chinoise à double tranchant.

En rapprochant Pékin de la prolifération nucléaire nord-coréenne, Xi Jinping renforce à court terme sa position face à Washington, contraint à plus de vigilance stratégique face à Pyongyang au détriment du détroit de Taiwan ou de la mer de Chine méridionale.

A moyen et long terme, la cristallisation d’une alliance Chine-Corée du nord dotée d’une arme nucléaire, pourrait, au détriment de Pékin, renforcer le bien-fondé de la présence américaine dans la zone. Celle-ci serait légitimée face une Chine devenue le protecteur d’un État proliférant, créant - c’est le risque majeur pour Xi Jinping - la perspective hautement déstabilisatrice d’une réaction de prolifération nucléaire mimétique du Japon.

Pour l’instant, en tous cas, les tentatives chinoises pour se rapprocher du Japon se sont heurtées à un mur (pour les efforts, lire : Chine - Japon. Un remarquable exercice de tolérance diplomatique ; et pour les obstacles : Taiwan et D. Trump dans l’embrasement entre la Chine et le Japon).

Les réticences de Tokyo renforcées depuis l’arrivée au pouvoir de la première ministre Sanae Takaichi, héritière politique de Shinzo Abe, restent le principal obstacle au projet d’une organisation de sécurité à trois Chine - Corée du Sud - Japon dominée par Pékin qui relèguerait Washington à la marge. Pour l’instant il se produit l’inverse : le resserrement d’un pôle Tokyo-Séoul-Washington de défiance à la Chine.

Le Moyen-Orient

Dans cette région la Chine ouvertement alliée à l’Iran proliférant et terroriste promoteur de la destruction d’Israël tente un exercice d’équilibre par lequel elle cherche à convaincre les États du Golfe de la vacuité de leur alliance avec Washington incapable de les protéger des frappes de Téhéran.

Selon le discours chinois, les pays du Golfe sont devenus la cible d’attaques iraniennes parce qu’ils permettent aux États-Unis d’utiliser des bases militaires situées sur leur sol pour lancer leurs offensives contre l’Iran. Ainsi, dit Pékin, leurs alliances sécuritaires avec les États-Unis sont au contraire devenues une source d’insécurité, les exposant aux représailles iraniennes.

En d’autres termes, le raisonnement chinois spécule que les alliés de l’Amérique dans le Golfe percevraient désormais la proximité avec Washington comme un handicap plutôt que comme un atout. En conséquence ils seraient à l’avenir tentés de réduire leur coopération sécuritaire avec les États-Unis. Au passage, la volonté de favoriser un sentiment d’autonomie stratégique chez les pays du Moyen-Orient s’apparente fortement à la démarche adoptée par Pékin à l’égard des pays européens.

Pour autant, compte tenu des liens étroits que la Chine entretient avec l’Iran et du soutien politique et militaire continu qu’elle lui apporte, les efforts déployés par Pékin pour s’attirer les faveurs des pays du Golfe n’ont pas eu l’efficacité escomptée.

D’autant que quand les alliés traditionnels des États-Unis, tels que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ont appelé la Chine à user de son influence pour que Téhéran modère ses exigences dans le détroit d’Ormuz et calme l’agressivité de ses proxys, Pékin s’est contenté de répéter son discours sur la prévalence qu’elle accorde à la négociation et au dialogue, sans effets sur le Hezbollah au Liban.

En même temps rien n’indique que les alliés des États-Unis chercheraient à se rapprocher de la Chine.

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La conclusion du travail appelle à la nuance. Quand il s’agit des relations de la Chine avec certains alliés et partenaires des États-Unis, ou des actions de Pékin dans des domaines précis comme l’aide internationale, l’idée reçue selon laquelle le monde basculerait vers la Chine - créant ainsi un environnement stratégique globalement favorable face aux États-Unis - ne correspond pas à la réalité observable.

Il est vrai que les alliés et partenaires des États-Unis peuvent s’interroger davantage sur la crédibilité, l’engagement et le leadership américains.

Certains d’entre eux, notamment les européens, envisagent des alternatives pour le futur de leur sécurité. D’autres, comme le Japon, la Corée du Sud et les pays du Golfe, continuent d’identifier les États-Unis comme un partenaire stratégique majeur et choisissent même de renforcer, plutôt que d’affaiblir, leurs liens avec eux.

Plus encore, si certains pays du Golfe ou d’autres nations, telle que la Corée du Sud, cherchent parallèlement à nouer des relations plus étroites avec la Chine, cela ne signifie nullement que ces liens se développent au détriment des États-Unis.

Dans les domaines pragmatiques de l’action internationale, le bilan de la Chine notamment en matière d’aide extérieure est encore moins probant. Ses budgets d’aide bilatérale et multilatérale qui n’ont connu qu’une croissance marginale, voire un recul effectif, sont encore très loin de pouvoir le vide laissé par la mise a l’arrêt des activités de l’USAID (lire notre article : D. Trump : Salve de coups directs contre USAID, VOA et FREE RADIO. Satisfaction chinoise. Tesla essuie le ressac des élagages brutaux d’Elon Musk).


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