Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Politique intérieure

La longue portée des armes chinoises

Le budget militaire chinois a été multiplié par 20 depuis 1994. Si dans une première phase sa croissance a été parallèle à la hausse du PIB, depuis plusieurs années on constate un découplage. Les dépenses militaires augmentent plus vite que la richesse du pays.


*

Lors de sa réunion annuelle l’Assemblée Nationale Populaire a rendu public les chiffres du budget de la défense pour 2019 : 177,6 Mds de $. En augmentation de 7,5%, il se maintient de très loin au 2e rang mondial après celui des États-Unis que le ministre de la défense Patrick Shanahan espère porter en 2020 à 718 Mds de $ essentiellement en réaction à la montée en puissance militaire de la Chine [1].

Pour des raisons inhérentes au goût du secret et à l’opacité du système chinois, il est difficile de tracer les contours exacts du budget chinois – pour 2018, le Pentagone le situait déjà à 207,6 Mds de $ (chiffres de IHS Market), tandis que le SIPRI l’évaluait à 228 Mds de $ -.

Pour augmenter le flou, les chiffres officiels chinois excluent la part allouée aux forces stratégiques comptabilisées à part. Ils ne comptent pas non plus les acquisitions d’équipements étrangers, la recherche et développement et le budget des forces paramilitaires.

L’ambiguïté structurelle étant posée, il n’est en revanche pas contestable que depuis le milieu des années 90 les ressources consacrées à la défense augmentent régulièrement, mais à un rythme inégal avec des accélérations remarquables parfois liées aux circonstances de conflits impliquant les États-Unis.

Au fil des réveils successifs.

Le 7 mai 1999, l’ambassade de Chine à Belgrade fut détruite par des bombes guidées tirées à partir d’un B-2 américain. Certains ont nié qu’il s’agissait d’une erreur, affirmant au contraire l’hypothèse d’une attaque délibérée destinée à faire taire une radio serbe abritée dans l’ambassade. L’incident fut l’occasion d’une prise de conscience de l’appareil militaire chinois et le point de départ d’une accélération de la modernisation rapides des forces.


*

La première accélération eut lieu en 1994, à une époque où le budget identifié était encore inférieur à 10 Mds de $, tandis que celui des États-Unis était déjà 30 fois supérieur.

C’était peu après la 1re guerre en Irak (1990 – 1991) à laquelle succéda l’intervention en Yougoslavie sous conduite américaine où furent déployés d’importants moyens aériens dont le ballet des attaques aux sol était réglé par des AWACS, autant de technologies que la Chine ne maitrisait pas. L’étalage de cette puissance sonna le réveil des militaires chinois.

En 2000, le budget avait atteint 14,6 Mds de $, suite à une augmentation de 17,7% ; en 2001 les chiffres officiels chinois étaient de 17 Mds de $.

Avec la guerre en Yougoslavie, une nouvelle prise de conscience directement liée aux intérêts stratégiques chinois, qui donna le coup d’envoi d’une réelle modernisation fut la crise de Taïwan 1995 – 1996 où il apparut que les capacités de l’APL à dissuader une intervention américaine étaient faibles.

Une autre prise de conscience cuisante fut le bombardement le 7 mai 1999 de l’Ambassade de Chine à Belgrade par des munitions guidées tirées à partir d’un bombardier B-2 américain. L’attaque attribuée à une erreur, mais que certains croient intentionnellement dirigée contre un relais radio des forces paramilitaires serbes abritée par l’ambassade, avait tué 3 journalistes et blessé 20 personnels de l’ambassade dont 5 sérieusement.

En 2002, une nouvelle hausse de 17,6% porta le budget à 20 Mds de $.

Le Livre Blanc sur la défense de 2004 annonçait la poursuite de l’effort qui porta officiellement les moyens à 29,9 Mds de $ en 2005, puis à 35 Mds en 2006, soit une augmentation de 139% depuis 2000. Dans le même temps, le Pentagone estimait que, toutes dépenses confondues, le budget réel se situait plutôt entre 50 et 70 Mds de $.

Logiquement accéléré par les crises, le rythme d’augmentation des ressources dédiées aux armées accompagnait l’enrichissement du pays. Cependant à mesure que Pékin tente d’affirmer sa prévalence stratégique, on constate un découplage entre la croissance qui faiblit et la hausse des dépenses militaires restée plusieurs années à deux chiffres avant de faiblir elle aussi.

Notes :

[1A ce niveau le budget militaire chinois représente approximativement 3 fois celui de l’Arabie saoudite, 4 fois celui de la France, de la Russie ou de l’Inde, 5 fois celui du Japon ou de l’Allemagne.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

A Hong Kong, un anniversaire en feu

Xi Jinping : Centralisation du pouvoir et fragilités politiques

Le 4 mai, genèse du nationalisme chinois

Retour de flammes académique. Mise aux normes universitaire et contradictions marxistes

L’obsession normative exportée hors de Chine