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La modernisation tous azimuts par « l’Intelligence Artificielle incarnée ». Le défi de rattrapage de puissance de Xi Jinping et la mise en garde de Léon XIV

Le 28 février dernier Pékin publiait les normes nationales pour les robots humanoïdes et l’intelligence artificielle incarnée. Élaboré par plus de 120 institutions sous l’égide du comité technique du ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information, l’effort de structuration faisait suite à la croissance rapide du secteur en 2025, où plus de 140 fabricants nationaux ont commercialisé plus de 330 modèles de robots humanoïdes.

Pour autant l’affichage d’une dynamique irrésistible haut de gamme et d’une maîtrise indépendante dans ce domaine en pleine explosion ne correspond pas à la réalité.

S’il est exact qu’en Chine le secteur a fait des progrès spectaculaires dans les domaines du traitement du langage (compréhension, traduction, synthèse, génération de textes) , de la perception visuelle (reconnaissance faciale, classification d’images et diagnostic médical), de l’analyse des données notamment financières et logistiques et de la création générative, il reste que les progrès du secteur de l’IA dite incarnée dépendent toujours des microprocesseurs et des percées technologiques venant des laboratoires de recherche hors de Chine, tels que Nvidia, champion mondial du calcul massif haute performance et de l’IA.


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A la fin avril, l’Institut Mercator pour les Études chinoises (MERICS) basé à Berlin, publiait une longue analyse du projet de Xi Jinping de parvenir à une suprématie globale par la généralisation de « l’Intelligence Artificielle Incarnée - en Chinois 具身- » https://merics.org/en/report/embodied-ai-chinas-ambitious-path-transform-its-robotics-industry

Le vocable sibyllin « d’Intelligence Artificielle Incarnée » désigne l’ambition de l’appareil d’appliquer, aux fins de sa modernisation et de sa compétition globale avec les États-Unis et l’Occident, le choix « techno-solutionniste  » de la puissance analytique de l’IA à un large éventail de secteurs ou même de défis de gouvernance.

Ces derniers vont de la gestion des problèmes économiques et sociaux qui selon le Parti pourraient être assurés par la diffusion dans toute la société des solutions portées par l’IA (apprentissage automatique, capacité de décision autonome) y compris à l’aide au développement des jeunes « start-up » en passant la modernisation de la R&D et du tissu industriel traditionnel.

C’est en tous cas, la vision de la modernisation du président Xi Jinping.

Pour lui, l’écosystème des algorithmes intelligents doit, par sa profonde intégration 深度融合 dans le tissu économique réel 实体经济, accompagner et épauler la quête politique d’harmonie sociale en favorisant l’avènement d’une « société intelligente 智慧社会 » et d’une « gouvernance intelligente - 智治 - ».

Le projet a d’ores et déjà plusieurs apparences concrètes techniques. D’abord dans le secteur automobile, où les chaînes d’approvisionnement des constructeurs chinois de véhicules électriques incorporent déjà la fabrication des batteries et celle complexe d’une multitude de capteurs intégrés (1) ;

Ou encore, autres expressions tangibles des choix technologiques, la diffusion des robots industriels dans les chaines de production du pays et le symbole spectaculaire des robots humanoïdes dont la propagande fait grand cas pour affirmer la suprématie chinoise.

Une expression du volontarisme de l’appareil se perçoit aussi dans la concentration à l’Est de la Chine, notamment dans la moyenne et basse vallée du Yangtze et autour du delta de la Rivière des Perles dans la province de Canton, d’un nombre important de sociétés de fabrication de robots humanoïdes et de robots industriels, toutes, sans exception, subventionnées par des fonds publics.

Avantages, risques et limites.

A un moment où la technologie a le pouvoir de modifier le destin de l’humanité, le Pape Leon XIV a appelé à la prudence et à la mesure face aux développements compétitifs et compulsifs de l’IA à des fins de domination. Le défi est la dignité de la personne humaine, face à la puissance de l’algorithme.


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Pour l’appareil, les avantages perçus des choix de la « techno-puissance intégrée » qui datent de 2025 et figurent dans les objectifs du 15e Plan quinquennal, incluent la stimulation de la croissance et le renforcement de la puissance économique et militaire du pays.

Simultanément, la priorité accordée à l’automation intelligente compenserait le déclin démographique structurel et historique de la main d’œuvre manufacturière dont les effectifs opérationnels se réduiront de 250 millions d’ici 2050. Il y a urgence. Selon les planificateurs chinois, d’ici 2030, le secteur productif souffrira d’un déficit de main d’œuvre qualifiée qui atteindra 30 millions.

Pour autant sans nier les progrès de l’IA générative des plateformes chinoises (Agibot, Unitree, UB Tech, Engine AI, GayBot, XPeng ou BYD Electronics etc.) les auteurs remarquent que toutes dépendent toujours des microprocesseurs de l’Américain Nvidia et des innovations de la Silicon Valley.

En d’autres termes, selon Demis Hassabis, Directeur général de Google DeepMind, le dynamisme chinois se heurte à des contraintes structurelles majeures. « Les entreprises chinoises restent prisonnières de limites qui restreignent leur accès aux semi-conducteurs de pointe ».

Par ailleurs, contrairement à l’illusion d’une IA générative, solution à tout l’éventail des défis chinois, de la gouvernance à la quête de puissance, en passant par l’harmonie sociale, l’automation généralisée ne règlera pas les tensions sur l’emploi des jeunes.

Notamment celles provoquées par l’inadéquation des formations académiques surqualifiées aux besoins prosaïques du marché du travail ; tandis que la prise en charge des tâches industrielles répétitives par les robots aura un impact direct sur l’emploi des migrants intérieurs, soutiers non qualifiés du miracle économique chinois.

En même temps, tendance dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne va pas dans le sens de l’exemplarité d’ouverture et d’humanisme pour une puissance en quête d’une influence globale, la généralisation de l’IA, accompagnant l’explosion du nombre de caméras à reconnaissance faciale, dont la Chine met en œuvre 50 %du parc mondial, est vue par le pouvoir comme un moyen de mieux contrôler la société traversée par des revendications sociales et des contestations politiques.

La tendance est ancienne, mais le surgissement de « l’IA incarnée  » fait surgir une sophistication nouvelle.

Dans son livre « Surveiller et punir en Chine Laogaï et technosurveillance, de 1946 à nos jours » Ed La Découverte, mars 2026, Jean-Philippe Béja décrit comment du « Laogai » maoïste à nos jours, en passant les camps d’éducation des Ouighours au Xinjiang, l’Appareil s’est toujours efforcé de modeler à sa main des « citoyens modèles ».

Enfin, pour conclure cette réflexion sur la chevauchée du régime chinois qui, à des fins de modernisation et de compétition globale avec l’Occident, se lance apparemment sans freins dans l’intégration tous azimuts de l’Intelligence Artificielle, y compris pour sa gouvernance et ses équilibres sociaux, impossible de ne pas évoquer l’Encyclique « Magnifica Humanitas » du Pape Léon XIV publiée le 25 mai.

Dans son troisième chapitre, elle aborde frontalement à la fois le sujet du « paradigme technocratique  » dont les choix ne sont guidés que par des paramètres d’efficacité et de profit, et celui de la grandeur de la personne humaine face aux promesses et aux risques de l’Intelligence Artificielle.

Pour le Saint-Père, l’urgence, de nature éthique, consiste à veiller à freiner l’emballement de la compétition de puissance en préservant la notion de limites « car l’humain ne s’épanouit pas malgré la limite, mais souvent à travers la limite ».

En somme, « Il faut désarmer l’IA » – insiste Léon XIV – « pour la soustraire à la logique de la compétition militaire, économique et cognitive ; pour rompre l’équivalence entre puissance technique et droit de gouverner ; pour la soustraire aux monopoles et l’empêcher de dominer l’humain. »

Note.

1.- Dans l’industrie automobile du 21e siècle, dominée par la Chine, les capteurs mesurent la pression dans le collecteur d’admission ; la quantité d’air entrant pour réguler le mélange explosif air-carburant ; la composition des gaz d’échappement ; la pression des pneus ; l’angle de braquage des roues pour la direction assistée ; ils déterminent la position de l’arbre à cames pour synchroniser l’allumage ; détectent les obstacles et les variations brutales de la vitesse ; les écarts de trajectoire par rapport aux lignes blanches de la route.

S’il est exact que les Chinois ont développé cette longue liste de censeurs, il est cependant abusif de prétendre que les automobiles chinoises sont à la pointe de l’IA générative.

Les mêmes limites valent pour les robots humanoïdes dont Pékin fait le symbole de sa suprématie dans le secteur de l’IA générative. Selon l’étude de Merics, les humanoïdes chinois manquent encore de précision et de dextérité et sont principalement utilisés pour des tâches limitées et des essais sur des sites spécifiques. Ils sont loin d’être des machines pleinement autonomes, capables de percevoir et de réagir en temps réel dans le monde physique.

Enfin, même s’ils sont moins chers que ceux de leurs concurrents occidentaux, il sont encore beaucoup trop onéreux pour un déploiement à grande échelle. Pour être commercialement viables, leurs coûts devraient être réduits d’au moins de moitié.


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