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La relance est en marche. Elle sera laborieuse

Alors que l’épidémie désormais sous contrôle au Hubei, s’accélère hors de chine avec du 8 au 16 mars une augmentation globale de plus de 72 000 cas (+65%) et 3334 décès (+46%), Pékin tente de tourner la page pour relancer sa machine économique. Le Parti affirme que la crise est passagère et que la relance sera rapide. Rien n’est moins sûr.

L’équilibre économique encore très dépendant des commandes extérieures est sérieusement affecté. La situation globale de l’épidémie encore en aggravation génère des ralentissements en Chine, un début d’inflation et des menaces de faillite et de chômage guettant essentiellement les PME. Il faudra du temps pour mesurer les dégâts sur le tissu économique du pays. Dès à présent le gouvernement a entrepris de relancer l’activité par des mesures financière et des exemptions de taxes.

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Depuis le 23 janvier le confinement du Hubei est mis en œuvre par une armée d’agents fonctionnaires, en activité ou retraités, experts de la surveillance des quartiers, agitant souvent la menace, parfois la répression signalant à l’occasion les contrevenants par la délation.

La mise à l’arrêt de la province, acceptée par un mélange de placidité de crainte et de civisme, a d’autant mieux fonctionné qu’elle a été adoptée par mimétisme dans presque toutes les régions de Chine.

Certains affirment que le volontarisme du Parti imposé par la puissance de ses strates hiérarchiques gigognes démultipliées jusqu’aux districts, n’y est pour rien. Le virus qui se répand aurait sa vie propre. Après un pic qui, en Chine, s’est produit entre le 11 et le 18 février, soit 8 à 15 semaines après l’apparition des premiers malades à Wuhan, le nombre de nouveaux cas et des décès en Chine recule.

L’Europe durement touchée.

Aujourd’hui, les faits sont là. Le cœur de l’épidémie s’est déplacé en Europe dont l’Italie est le foyer le plus virulent. Chez nos voisins transalpins, il y a désormais 3 fois plus de cas actifs (23 073) qu’en Chine (3226) et presque autant de décès cumulé (2158 contre 3226), ce qui, quand on additionne les deux chiffres des décès chinois et italiens (5324) constitue 74,21% des victimes dans le monde.

Clairement, l’Italie est devenue le 2e foyer mondial avec en plus, les potentiels de décès préoccupants que sont les presque 2000 cas critiques. Les ambassadeurs chinois ont d’ailleurs reçu la consigne d’appeler la crise « pandémie italienne », ce qui procède de l’habituelle stratégie de désinformation du parti. Quoi qu’en dise l’appareil, l’épicentre de l’épidémie clairement établi par les faits est le marché aux fruits de mer de Wuhan.

De fortes et inquiétantes métastases existent en Espagne (11 409 cas / 510 décès / 563 cas critiques) et en France (7730 cas / 175 décès), avec un feu rouge clignotant pour la France où se concentrent - de très loin - le plus de cas critiques au monde après la Chine et l’Italie (699 en France), chacun d’eux risquant de conduire à un décès. Aujourd’hui les hôpitaux de l’Est français sont déjà saturés, d’où la décision de Paris de monter un hôpital de campagne militaire.

Ailleurs, l’Iran (près de 17 000 cas / et près de 1000 décès) est toujours aux prises avec une expansion de la maladie. En Corée du sud, en revanche, l’épidémie freine avec un nombre de cas et de décès en recul.

En Italie, pays de loin le plus durement frappé au monde à l’aune du nombre de cas rapporté à la population, 200 000 Chinois vivant dans les régions de Rome et de Milan envisagent de rentrer au pays, la plupart, dans le Zhejiang au sud de Shanghai. En arrivant en Chine, ils seront soumis à une quarantaine. Tout comme ceux venant du reste de l’Europe, où en Espagne et en France, l’épidémie explose au rythme de plus de 1000 cas et plusieurs centaines / jour.

Chine : Une vision stratégique inchangée, mais une relance difficile.

Après avoir maîtrisé l’épidémie dans ses frontières, le gouvernement chinois craint aujourd’hui une reprise des contaminations par contagion extérieure. Le 10 mars, l’annonce par Xi Jinping de la victoire avait pour but de tourner la page de la crise sanitaire au plus vite pour relancer la machine économique, vitale pour la paix sociale.

Le choc du virus et ses conséquences en chaîne, psychologiques, politiques, industrielles, financières et économiques va-t-il perturber la trajectoire de de puissance ?

S’il est vrai que le chef de l’État français a, le 12 mars, évoqué la nécessité d’une rupture, son homologue chinois n’est pas prêt à une remise en question. Nationaliste, soutenu par un Parti violemment secoué par les campagnes anti-corruption, tétanisé et aux ordres, il avance comme à la tête d’une armée en marche, vers les buts qui ne changeront pas :

Une première phase 2020 – 2035 visant à établir une société « modérément prospère », concept hérité de l’histoire ancienne extrait du Classique de la poésie il y a 3000 ans, désignant un niveau de vie « relativement confortable », même pour les gens ordinaires.

La deuxième phase 2035 – 2049, au terme du centième anniversaire du parti au pouvoir, fixant l’échéance du « rêve chinois » d’un pays devenu une puissance mondiale, réunifié avec Taïwan.

A l’extérieur, tournant le dos aux conseils de prudence du « Petit Timonier » affirmés au début des années 90 de « cacher ses talents et de cultiver la modestie », Pékin affirme sans complexe sa vaste revendication de souveraineté sur toute la mer de Chine à quoi s’ajoutent un insensible raidissement à Hong Kong et Macao et une fermeté inflexible à l’égard de Taïwan.

Le tout baignant dans le corpus idéologique très nationaliste des « caractéristiques chinoises » traçant clairement une ligne de séparation culturelle et politique avec l’Occident. L’inflexibilité du régime devra cependant composer avec les aléas économiques créés par la crise.


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