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La force de « l’Internet des objets. »
Le projet « d’aménagement technologique du territoire » vient du sommet de l’appareil. Le 4 mars dernier, lors d’une réunion du Comité permanent – la province du Hubei était confinée depuis 40 jours -, l’ambition été évoquée par Xi Jinping lui-même.
Parlant de l’Intelligence Artificielle, « d’internet industriel des objets » - les Anglais qui disent Industrial Internet of Things, ont déjà un sigle IIoT faisant concurrence au notre IdO – le Président en avait fait la priorité de la sortie de la Chine de la crise épidémique.
Le concept diffère de celui de l’aménagement du territoire que chacun connaît – construction de routes, voies ferrées, canaux, ports -.
Au lieu d’être porté par des entreprises de travaux publiques classiques, il met l’accent sur les technologies de l’information de la 5e génération, l’évolution « intelligente » des infrastructures existantes et la création « d’incubateurs », structures imaginées d’après la Silicon Valley américaine berceau emblématique de l’innovation et de la recherche appliquée.
Le projet traduit aussi une évolution pragmatique du concept de modernisation porté par le slogan « Made in China 2025 » dont l’essence avait un arrière-plan nationaliste. Ce dernier avait en effet libéré les énergies des captations de technologies plus ou moins licites à l’origine des tensions sino-américaines ayant aujourd’hui dérapé vers une rivalité stratégique globale.
Sans compter qu’à la faveur toxique de la pandémie, marquée à son départ à Wuhan par les occultations de l’appareil chinois, sans cesse dénoncées par D. Trump, la relation entre Washington et Pékin s’est aujourd’hui teintée d’une défiance culturelle vénéneuse touchant aux territoires mal balisées des émotions xénophobes.
Évolution majeure par rapport à la pensée de « Made in China 2025 », à l’essence nationaliste, « l’aménagement technologique du territoire » ne précise pas d’où viendront les innovations. Plus encore, ayant saisi l’importance des transferts, les concepteurs ont laissé entendre qu’ils pourraient ouvrir certains secteurs contrôlés par l’État à des participations privées étrangères.
La concession n’est pas anodine. Elle surgit en effet alors que l’économie chinoise a été touchée de plein fouet par la crise, le FMI ayant indiqué qu’en 2020 la croissance sera à peine de 1,2%. Dans ce contexte, le branle-bas autour des nouvelles technologies y compris importées, répond à la priorité politique cardinale du régime de stabiliser l’arrière-plan socio-politique durement touché par le chômage et les difficultés des PME.
Puissance des investissements publics.
Réactif et pragmatique le gouvernement ne lésine pas sur les moyens. Au moins 17 000 Mds de Yuan (2400 Mds de $) seront débloqués d’ici 2025 pour accompagner l’aménagement « high-tech » du pays, devenu le moyen prioritaire de la convalescence de l’économie.
Les acteurs de ce renouveau économique espéré par le régime sont chinois et étrangers. Tous espèrent bénéficier de la puissante manne financière libérée par l’exécutif. Mesurant l’espoir suscité, l’index CSI (中证 指教 有限公司) calculé à partir des cotations boursières de 100 acteurs chinois du secteur et spécialement dédié à l’évaluation des avantages/risques des projets d’urbanisation et d’infrastructure, a bondi de 32% depuis sa création en mars.
SenseTime, créé en avril 2018 (lire : Intelligence artificielle. Mythes et réalités.) et quelques autres participeront au projet. Huawei qui a déjà fourni la base du réseau chinois d’infrastructures 5G tient naturellement le haut du pavé.
Toujours en avance sur l’événement, le groupe de Ren Zhengfei a déjà créé « Huawei Cloud Global Market – HCGM - » avec des centres de stockage de données consultables par internet à Singapour, en Chili, au Brésil, au Mexique et au Pérou, le tout irriguant 45 territoires locaux et 23 grandes régions du monde.
Ouverture aux étrangers.
Huawei sera sans surprise le principal cheval de bataille de l’aménagement technologique du territoire. D’autres acteurs sont en lice comme China Mobile, Tencent, Alibaba, mais aussi le Suédois Ericsson équipementier concurrent de Huawei et le Taïwanais Lite-On Technology fabricant de composants électroniques.
Tout n’est cependant pas réglé. Au milieu des annonces d’investissements très impressionnantes (en plus de la somme astronomique de 2400 Mds de $ d’argent public en 5 ans, Tencent et Alibaba ont eux-mêmes évoqué des sommes voisines de 60 Mds de $ chacun), la question qu’on ne peut pas manquer de poser est celle du financement.
Au niveau central, même si les promesses publiques feront passer le déficit budgétaire légèrement au-dessus des 3,6% du PIB annoncés, l’investissement qui se projette dans l’avenir, peut être considéré comme vertueux.
Inquiétudes locales.
Dans les provinces en revanche où les finances ne sont toujours pas en ordre, le défi est réel. LI Keqiang a promis une allocation de 279 Mds de $ aux administrations locales – dont 89 Mds dédiés aux investissements -.
Or le risque existe que, confrontés au problème du chômage, les pouvoirs locaux, inquiets de tenir à distance les troubles sociaux, soient tentés de détourner les sommes destinées aux hautes technologies très peu pourvoyeuses d’emplois pour aider les entreprises à plus forte intensité de main d’œuvre.
A ce propos lire : Plongée dans les arcanes contradictoires de la finance chinoise.

