Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Société

Le homard, nouvel enthousiasme des adeptes de la haute-technologie subventionnée par le pouvoir

« OpenClaw » est devenu un phénomène de masse en Chine, alimenté par des produits dérivés sur le thème du homard et des subventions gouvernementales. En revanche, l’Europe et les États-Unis restent sceptiques. Si les entreprises chinoises utilisent cet agent pour gagner en efficacité, les entreprises occidentales s’inquiètent surtout des risques potentiels (dessin du magazine NoteBookCheck et texte de Marc Herter traduit de l’Allemand par Nicole Dominikowski).


*

Récemment un nouvel engouement lié aux étonnantes capacités de l’Intelligence artificielle s’est emparé de la société chinoise. La ferveur enthousiaste a un symbole : Les pinces des homards.

Pourquoi, le homard ?

À l’origine il s’agit d’un jeu de mots, autour de « OpenClaw » (mot à mot « pinces ouvertes », en référence à Open source) [1], nom donné en 2025 par son inventeur autrichien Peter Steinberger à cette application dotée de la capacité d’intelligence artificielle de se coordonner à d’autres agents IA sans intervention humaine pour accomplir des fonctions répétitives et même prendre des décisions automatiques obligées.

Aujourd’hui le symbole de la pince Homard prend une signification opérationnelle concrète.

La pince ouverte du homard - en Chinois Longxia 龙虾 devenu le logo de l’entreprise rebaptisée ClawBot, symbolise non seulement le potentiel des « bots » informatiques programmés par logiciels pour accomplir des tâches séquentielles infiniment plus vite que les humains. Surtout, compatible avec Chat GPT-40 et le Chinois Deepseek, elle renvoie à la capacité du système à interagir directement avec les usagers via les plateformes de messageries comme WhatsApp, Telegram, ou Discord.

En, Chine Tencent a récemment intégré OpenClaw dans WeChat, DingTalk et Feishu ce qui confère aux messageries chinoises la capacité d’un pôle d’Intelligence artificielle capable d’imiter une conversation humaine en interagissant de manière totalement ou partiellement autonome directement avec les abonnés.

Plus encore, ClawBot est capable de gérer des fichiers complexes d’ouvrir des applications sur l’ordinateur, de rédiger et d’envoyer des e.mails et de réserver des vols d’avions.

Sans surprise, le foisonnement de l’automatisation recèle une face cachée néfaste.

La face cachée du homard, avantages et risques.

L’engouement pour l’Application OpenClaw construite à partir de sources ouvertes et chargée sans précautions recèle des risques d’intrusions et de pollution contre lesquels les entreprises doivent se protéger à grands frais. Sans compter que l’entrisme politique de Pékin, porte un défi à la fiabilité et à la transparence.


*

Globalement, sur les réseaux sociaux de la planète, selon le groupe français Thalès, une des figures mondiales de la cybersécurité, les « bots » programmés de manière automatique, fonctionnant sans intervention humaine pour simuler une conversation, constituaient en 2023 49,6% du trafic internet.

Les nouvelles capacités d’interaction automatique charrient avec elles une dangereuse invasion de « bots malveillants » dont la fréquence en augmentation constante représentait en 2023, 32% du trafic.

Cette pollution coûte chaque année plusieurs milliards de $ aux entreprises qui doivent se protéger des attaques contre leurs sites Web et en corriger les effets sur leurs interfaces et leurs applications.

Selon, Nanhi Singh, Directrice Générale, Sécurité des Applications Imperva du groupe Thalès : « La proportion du trafic internet des bots automatisés dépassera bientôt celle provenant des humains, changeant ainsi la manière dont les entreprises abordent la construction et la protection de leurs sites web et applications. »

« À mesure que de nouveaux outils basés sur l’IA seront lancés, les bots deviendront omniprésents, et les entreprises doivent investir dans la gestion des bots et les outils de sécurisation des API pour gérer la menace du trafic malveillant et automatisé. »

L’engouement frénétique des Chinois pour le homard dont les pinces symbolisent l’interaction à la fois artificielle et automatique, tient non seulement à l’aspect ludique des échanges instantanés simulant une conversation réelle, mais également à l’efficacité découlant de la rapidité multitâches de l’IA et à sa capacité d’interconnexion autonome.

C’est en tous cas l’état d’esprit de Jimi Jin, entrepreneur et gestionnaire de projets à Shenzhen de 33 ans qui utilise Open Claw pour gérer ses dossiers. En arrière-plan, domine l’exigence de rester à jour dans l’ambiance ultra-compétitive du secteur productif chinois où les naufrages industriels sont fréquents.
« Nous sommes tous convaincus que l’IA va bouleverser tous les secteurs. Ce n’est qu’une question de temps » (…) « Il ne s’agit pas de mimétisme ou d’ambition, mais plutôt d’une stratégie d’auto-assistance désespérée pour ne pas se laisser distancer. »

Il n’est pas le seul. Pour 93% des personnes interrogées par une enquête du cabinet d’audit KPMG, en 2025 OpenClaw leur a permis de de gagner en efficacité. Au passage, la confiance chinoise tranche avec les perplexités des Américains dont seulement 35% considèrent que les bénéfices dépassent les risques, contre 69% en Chine.

Les risques ?

Alors que les « bots » d’abonnés des réseaux sociaux peuvent être vendus au marché noir, ils amplifient artificiellement la popularité d’une personne, d’un mouvement ou d’un produit et permettent de manipuler les études impact et les marchés financiers. Leur capacité de pollution est presque sans limite par des opérations d’intrusion - Phishing - par la création de faux abonnés et la diffusion de Spams commerciaux ou politiques.

Politiquement ils peuvent influer sur le résultat d’un scrutin et limiter la liberté d’expression. Par exemple, les modèles d’IA de Chine continentale — DeepSeek, Kimi, Baidu Ernie — refusent d’aborder les sujets de la place Tiananmen, de Taïwan ou du Xinjiang.

Il ne s’agit plus d’une simple liste de mots interdits. Les derniers modèles utilisent un filtrage contextuel qui analyse non pas les termes mot à mot, mais l’intention sémantique d’une requête. Certains sujets entraînent un refus catégorique ; d’autres provoquent un retour aux discours officiels de l’État. Fait remarquable, un même modèle peut répondre différemment à une même question selon qu’elle est posée en chinois ou en anglais.

Une mode omniprésente, soutenue par les pouvoirs publics.

Les soutiens apportés par les pouvoirs locaux aux micro-entreprises sont spectaculaires. Leur ampleur porte le risque d’un hiatus avec le Centre et ses exigences sociales de garder intact un taux d’entreprises à forte intensité de main d’œuvre.


*

En attendant, l’engouement des Chinois se traduit en ville de manière spectaculaire lors des événements technologiques. On y voit des homards sous forme de ballons gonflables, de serre-têtes, de peluches pour enfants ou même de vrais homards vivants dans des petites pataugeoires gonflables.

Ils sont le symbole de la confiance des Chinois pour OpenClaw, percée technologique de l’AI venant d’un chercheur étranger, mais dont les applications ont en Chine conquis le public.

Ce dernier y voit autant un adjuvant de la nouvelle puissance du pays qu’un outil indispensable pour rester dans la course de la féroce compétition d’efficacité qui laisse sur le carreau nombre d’entreprises incapables de suivre le rythme de la baisse des coûts.

Selon XpertDigital, le succès se mesure à la longueur des files d’attente de plusieurs milliers de personnes devant le siège de Tencent à Shenzhen et au nombre de prestataires d’installation payants dont certains ont gagné jusqu’à 260 000 Yuans - 38 000 $ US - en seulement quelques jours.

Les pouvoirs locaux qui y voient un élément de souplesse capable de dynamiser le marché du travail toujours plombé par le chômage des jeunes diplômés remonté à 16,9% en mars 2026 après de fortes fluctuations depuis le pic de 21,3% de juillet 2023, rivalisent d’initiatives pour faciliter la création de petites entreprises individuelles utilisant OpenClaw.

Exemples cités par XpertDigital. A Shenzhen le tout nouveau Bureau pour l’Intelligence artificielle et la robotique propose un « plan en dix points pour le homard ».

L’essentiel est composé d’incitations financières qui vont des subventions pouvant aller jusqu’à 2 millions de Yuan (250 000 €) aux avances de capital remboursables à hauteur de 10 millions de Yuans, en passant par des espaces de bureau aux tarifs préférentiels et, dans certains cas, un logement gratuit.

Le dispositif de soutien n’est pas limité à la région de Shenzhen. Depuis le surgissement d’OpenClaw, au moins sept autres collectivités locales rivalisent de mesures incitatives avec le slogan « Élever le homard 养 龙虾 yang longxia  ».

A Wuxi, près du lac Tai, 150 km à l’Ouest de Shanghai, la zone de hautes technologies offre trois ans de loyer gratuit et des subventions jusqu’à 5 millions de Yuan (750 000 €).

Pour l’accueil des start-up, la ville de Hefei, capitale de l’Anhui a dégagé un budget total de dix millions de yuans, pendant que Shanghai accueillait fin mars 2026 un sommet international des développeurs et organisait un concours de petites entreprises individuelles spécialisées dans l’IA.

Donnant un exemple concret de ce bouleversement technologique favorisant la naissance d’une myriade d’entreprises individuelles XpertDigital cite un exportateur de cosmétiques du Jiangsu. Ayant développé son activité avec seulement quatre employés utilisant OpenClaw, il prospère à moindre coût. Grâce à l’IA, l’un assure un service client disponible 24 h/24 et 7 j/7 sur WhatsApp, un autre gère les négociations de prix, un troisième le suivi des commandes et le dernier rédige les rapports opérationnels.

Clairement l’élan qui se développe dans un vaste foisonnement débridé et enthousiaste est l’œuvre des choix de Xi Jinping portés sur le développement des « nouvelles technologies ». Dans le système chinois quand le Centre définit ses priorités, le marché suit. L’IA est devenu l’horizon incontournable de la modernisation du tissu productif. De la production industrielle aux transports, de la santé à l’électronique grand public, les entreprises cherchent à intégrer l’IA à leurs produits et à leurs opérations.

Quelques revers à l’enthousiasme.

Mais Fan Wang et Yan Chen qui écrivent pour la BBC notent que la concurrence est féroce. Dans ce que les médias chinois ont surnommé la « Guerre des Cent Modèles », plus de 100 entreprises articulées à OpenClaw ont vu le jour depuis 2023, dont seulement 10 sont encore en lice.

Par ailleurs, en élargissant l’éventail de l’analyse au niveau national, on constate que politiquement un hiatus est probable entre d’une part les soucis normatifs de Pékin l’œil fixé sur la stabilité sociale garantie par le taux d’emploi des entreprises à forte intensité de d’œuvre et, d’autre part, le foisonnement de microentreprises subventionnées par les pouvoirs locaux qui dessinent des niches d’emplois réservées à une élite dont le succès est porté par le futurisme d’une technologie d’excellence.

Enfin, force est de constater que l’enthousiasme initial s’est estompé, remplacé par l’exigence de prudence. En mars, les autorités centrales de cybersécurité ont mis en garde contre les risques importants liés à une installation et une utilisation incorrecte d’OpenClaw.

Depuis, un nombre croissant d’organismes gouvernementaux ont interdit à leurs personnels d’installer l’Application au point que la tendance s’est inversée. On est passé de la frénésie d’installer le service à celle de procéder à son retrait.

Note(s) :

[1Puisque l’Application est construite à partir de sources technologiques ouvertes, le code est accessible à ceux qui souhaitent la développer en l’adaptant aux modèles de l’IA chinois. Au passage, le schéma de développement Open Source permet aux Chinois de contourner le fait que ChatGPT et Claude ne sont pas disponibles en Chine.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

Guerre en Iran. Que disent les réseaux sociaux ?

SHEIN, une invasion chinoise face à une Europe entravée

Pied de nez à la police et au parti

Pluies diluviennes et inondations

Les faces cachées du harcèlement des auteures de romans érotiques