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Taïwan, symbole démocratique global face à Pékin l’autocrate.
Tsai Ing-wen qui, le 1er septembre, a reçu Vystrcil, n’a pas manqué l’occasion de rappeler le défi qui pèse sur l’Île, tout en précisant qu’il ne se réduisait pas aux seules relations dans le Détroit.
Alors qu’en difficulté à l’intérieur, Tsai a probablement été réélue en 2020 à cause des évènements de Hong Kong, devenus pour les Taïwanais le symbole repoussoir du schéma « Un pays deux systèmes » rejeté dans l’Île par tous les partis, son projet politique de résistance à la Chine vise précisément à hausser les enjeux au niveau de la défense globale des démocraties contre la dictature chinoise symbole des autocrates de la planète.
« Que nous soyons Taïwanais ou Tchèques, nos actions disent à nos amis partout en Europe et dans le monde, que nous ne nous soumettrons pas à l’oppression. Affirmant courageusement ce que nous sommes, nous participons et contribuons activement aux affaires du monde avec nos capacités. »
A ce jour, la stratégie d’appel à la communauté démocratique mondiale ne fonctionnait qu’avec Washington. La venue des Tchèques desserre un peu plus l’étau de l’ostracisme chinois.
Avant la mission des sénateurs tchèques, Tsai Ing-wen avait accueilli le 9 août une délégation de parlementaires japonais conduits par l’ancien premier ministre Yoshiro Mori qui s’est incliné sur la tombe de Lee Teng-hui, le fondateur de la démocratie taïwanaise récemment décédé.
Le lendemain arrivait le secrétaire d’État américain à la santé Alex Azar qui fit un éloge appuyé de la démocratie taïwanaise et de sa réaction ordonnée à la pandémie. Il était le plus haut responsable américain ayant officiellement visité Taïwan depuis 1979.
Les échanges entre lui et Tsai Ing-wen, avec qui Pékin refuse de dialoguer puisqu’elle rejette « le principe d’une seule Chine », firent l’effet d’un chiffon rouge sur la direction chinoise. « Ceux qui jouent avec le feu seront brûlés » a menacé le porte-parole Zhao Lijian en répétant que « le jeu de Tsai Ing-wen, marionnette de Washington, conduisait à un cul-de-sac ».
Au passage Zhao, a envoyé un coup de pied de l’âne à la Maison Blanche fustigeant sa mauvaise gestion de la pandémie : « Azar est responsable des nombreux morts américains de l’épidémie, il devrait plutôt se préoccuper de sauver les vies aux États-Unis ».
Les péripéties d’un ratage.
L’affaire tchèque est en train de devenir le symbole des dégâts provoqués dans de nombreux pays de la planète par l’agressivité et l’affirmation de puissance sans nuance de la Chine. Pour mesurer à quel point et comment la rigidité nationaliste inflexible de Pékin peut nuire aux intérêts chinois, il suffit par un bref retour en arrière de considérer plus en détail l’évolution de la relation entre Pékin, Taïwan et Prague.
A son arrivée au pouvoir en 2013, au moment du lancement des « Nouvelles routes de la soie », par Xi Jinping au Kazkhastan, le président tchèque Milos Zeman avait manifesté l’intention de resserrer les liens avec Pékin. Deux années plus tard, il accueillait en grande pompe le président chinois.
C’était l’époque d’une lune de miel annoncée. Le n°1 chinois promit que Prague deviendrait le point d’entrée des engagements de Pékin en Europe, tandis que Milos Zeman qui voyait grand, considérait que son pays serait « le porte-avion insubmersible de l’expansion des investissements chinois ».
Les choses ne se sont cependant passées comme prévu. Alors qu’à Prague on hésitait à adopter les équipements Huawei pour la 5G, ce qui indisposa Pékin, les promesses chinoises restèrent lettre morte, tandis qu’une série de scandales brouillait sérieusement la relation.
Le plus grave - en tous cas le plus médiatisé - fut celui des dessous de table chinois versés à la prestigieuse Université Charles, une des plus anciennes d’Europe créée en 1348 par le Pape Clément VI, en échange – entre autres - de séances universitaires à l’objectivité douteuse de promotion des Nouvelles routes de la soie.
Commandité par l’ambassadeur de Chine le trafic d’influence fonctionnait à travers le Centre sino-tchèque, partie émergée visible d’un enchevêtrement d’affaires et de projets académiques dont les ramifications se sont développées en Tchécoslovaquie et en Chine.
En octobre dernier, la relation tourna à l’aigre quand le maire de Prague Zdenek Hrib, membre du parti « Pirate international » [1] agacé par l’insistance de l’ambassadeur de Chine qui voulait inscrire « la reconnaissance d’une seule Chine », dans les termes de l’accord, abandonna son projet de jumelage avec la municipalité de Pékin et se tourna vers Taipei.
La suite avait fait l’objet de la note de QC du 16 avril dernier : A Taïwan, la pandémie éclaire la brutalité de Pékin. § « Riposte taïwanaise en République tchèque ».
Note(s) :
[1] Centre gauche, anti-lobbying, milite pour la rénovation politique contre les partis traditionnels, l’exigence de transparence, la démocratie participative et le referendum d’initiative partagée.

