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Le sommet intercoréen du 27 avril 2018 Des symboles à transformer en résultats concrets lors du sommet Trump-Kim

Moon Jae-in qui fut en partie l’initiateur de la détente Nord-Sud en obtenant un moratoire sur les manœuvres des forces conjointes durant les JO d’hiver, a réussi là où ses glorieux prédécesseurs ont échoué. Il a fait passer Kim Jong-un au sud de la ligne de démarcation et en même temps à plusieurs reprises recueilli la promesse de Pyongyang de « dénucléariser ». Fervent partisan de la réunification, il doit compter sur le scepticisme d’une partie de l’opinion coréenne et la vigilances des conservateurs japonais et américains craignant que la détente soit un piège.


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L’auteur de l’analyse, haut fonctionnaire en disponibilité est un des plus fins connaisseurs de la situation en Asie du nord-est et de la péninsule coréenne.

La vision du sommet entre Kim Jong-un et Moon Jae-in (27 avril) qu’il nous livre ici est celle de l’intérieur de la Corée. Elle spécule sur les intentions de réunification apparemment partagées par Pyongyang et l’appareil politique sud-coréen en recherche de légitimité interne, face à une opinion publique au sud moins optimiste, d’autant que c’est sur Séoul que pèsera le poids économique d’une réunification.

L’élan donné le 27 avril reste à confirmer par la rencontre entre Kim et Donald Trump dont les attendus stratégiques de sécurité auxquels veillent les conservateurs américains, sud-coréens et japonais, articulés à la dénucléarisation « complète, vérifiable et irréversible », elle-même tributaire d’une confiance réciproque aléatoire entre Pyongyang et Washington sont bien plus complexes. [Question Chine].

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Le 27 avril 2018, le temps d’un sommet entre les dirigeants nord et sud-coréens, la zone de sécurité conjointe de Panmunjom est redevenue “l’ile de liberté et de dialogue au cœur d’une zone de conflit et d’hostilité” comme la qualifiait Zhou Enlai.

Dans un pays où les symboles font l’objet d’interprétations minutieuses dans l’attente de faits vérifiables, retenons les points positifs d’abord.

Kim Jong-un (KJU) est “passé au Sud”.

L’instant où les deux présidents franchirent ensemble la marque de la ligne de démarcation à Panmunjom est emblématique et historique puisque les deux rencontres précédentes de Kim Dae-jung (2000) et de son successeur Roh Moo-hyun (2007) avec Kim Jong-il avaient eu lieu à Pyongyang, alors que - autre nouveauté et non des moindres -, la question nucléaire n’avait pas été abordée.


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Ce franchissement de la ligne de démarcation, là-même où les garde-frontières nord-coréens ont tenté d’abattre un des leurs il y a quelques mois, est important au moins à plusieurs titres :

- d’une part, même s’il s’agit de quelques mètres au-delà de la frontière, c’est une première depuis 1953 pour un chef de l’État nord-coréen ;

- par ailleurs, KJU a accepté de tenir ce sommet dans la « peace house » construite pour le premier sommet N/S en 2000 et où son père Kim Jong-il a toujours refusé de se rendre, y jugeant une telle concession faite au régime de Seoul excessive.

Dans un autre registre, alors que le sommet Trump-Kim se prépare activement en coulisses, on aurait pu craindre que Kong Jong-un établisse ouvertement ses priorités en minimisant sa rencontre avec Moon Jae-In et réservant émotions et égards pour le président américain, or il n’en a rien été.

Au chapitre des réserves on notera que le succès de ce sommet fort en symboles ne pourra se juger qu’aux résultats concrets à moyen et long termes.

La Déclaration de Panmunjom, une de plus dans les relations intercoréennes, ne constitue pas vraiment une nouveauté en soi car elle contient des engagements et des déclarations d’intention déjà formulés par le passé.

Certes la reprise des réunions des familles séparées est un point positif mais il ne s’agit là que de la simple reprise d’un processus auquel la Corée du Nord avait mis fin sans raison ; pareillement, la « synchronisation des heures nord et sud-coréennes » marque aussi, non pas une concession, mais un retour à la normale après la décision de Pyongyang en 2015 de décaler l’heure nord-coréenne de 30 mn par rapport à l’heure de Seoul.

Les autres projets plus structurants (développement économique) devront attendre le sommet US/NK si celui-ci a lieu.

Washington à la manoeuvre. A Séoul, la logistique.

Dans le meilleur des cas, si le processus ne capote pas, le rythme et les étapes du processus seront donnés Washington et Pyongyang. A séoul reviendra le rôle ingrat de “créancier du nord”.


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En cas de scénario favorable, il pourrait se dessiner dans les mois qui viennent, une architecture de négociation politico-économique aussi complexe que fragile au sein de laquelle :

- Pyongyang négociera la normalisation de sa relation politique (et l’essentiel de la question nucléaire) avec Washington…

- …Tandis que Seoul se verra assigner le rôle non enviable de créancier du Nord, mais en restant dépendant des avancées des échanges US/NK…

- …Le tout en accordant une place, qui reste à définir, pour la Chine et, dans une moindre mesure la Russie et le Japon.

S’agissant de la dénucléarisation, l’annonce de la fermeture du site nord-coréen d’essais nucléaires de Pyunggye-Ri courant mai (assortie d’une éventuelle invitation faite aux experts et media américains), faite par la Corée du Sud à l’issue du sommet, ainsi que la volonté partagée d’une Péninsule dénucléarisée nécessitent d’être confirmées et détaillées par Pyongyang pour marquer une vraie avancée par rapport aux déclarations similaires passées.

A Washington, en spectateur attentif, on alterne satisfaction et prudence. Tout en prenant acte de la bonne tenue du sommet intercoréen et des dispositions favorables de Kim Jong-un, on souligne que seuls les actes concrets détermineront l’avenir. Sans ambiguïté, John Bolton, le très conservateur Conseiller à la sécurité nationale, a déjà indiqué que seul un démantèlement complet, vérifiable et irréversible des infrastructures et de l’arsenal (CVID) constituerait un résultat satisfaisant aux yeux des États-Unis et un prérequis pour étudier la levée des sanctions.

Au-delà de l’analyse du sommet en lui-même, et sans préjuger des suites du processus diplomatique en cours, on ne peut manquer de s’interroger sur la récente attitude de KJU qui est particulièrement surprenante après les multiples provocations et les postures adoptées depuis son arrivée au pouvoir.

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Quatre motivations viennent à l’esprit pour expliquer les revirements de Kim Jong-un depuis quelques mois avec une forte possibilité que la vraie raison résulte d’une combinaison des quatre.

A quoi pense Kim Jong-un ?

Alors que la situation de la peninsule et les rapports de force pourraient évoluer de manière dramatique, il est légitime de s’interroger sur les options envisagées par le 3e successeur de la dynastie Kim. Compte t-il toujours sur un arsenal dont les plus pessimistes disent qu’il est désormais opérationnel, ou ses intentions de désarmer en échange d’une reconnaissance internationale sont-elles sincères ?


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Certains pensent que Kim Jong-un pourrait désormais songer à son développement économique, car l’objectif de disposer d’une dissuasion nucléaire serait atteint. Si cette réalité supposée entre dans la réflexion nord-coréenne cela signifie que Pyongyang entend fermer ses sites nucléaires et conserver son arsenal. Mais ce serait compter sur une souplesse américaine qui n’est pas la stratégie la plus probable de l’Administration Trump.

La stratégie américaine. N’en déplaise aux détracteurs de Donald Trump, le changement d’attitude américaine, passant de la patience stratégique à une posture plus agressive et à des sanctions plus dures a sans aucun doute pesé dans les décisions de KJU dont la priorité reste la survie de son régime.

Face à une stratégie américaine contraignante qui, à la différence des administrations précédentes, maintient une pression continue sur Pyongyang, Kim n’a pas beaucoup d’options : il choisit soit l’affrontement, soit la solution négociée. Dans l’hypothèse du recours à la guerre, même si un conflit serait meurtrier pour le Sud et les Américains, les conséquences pour la Corée du Nord seraient tout aussi destructrices et les chances de survie du régime quasi-nulles.

Facteur aggravant pour la RPDC, les forces américaines feront mouvement de Seoul vers Osan (70 km au sud de la capitale) durant l’été, ce qui les mettra hors de portée de l’artillerie conventionnelle nord-coréenne, cette nouvelle disposition des forces contraindrait alors KJU, en cas d’usage de la force, à infliger les pertes les plus lourdes à la population civile coréenne, au moment même où il a besoin de tout le soutien de la Corée du Sud pour faire avancer ses ambitions économiques et politiques pour son pays et la Péninsule.


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