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Les BRICS à Johannesburg, symbole de la contestation de l’Amérique et de l’Occident

La dernière réunion des BRICS du 21 au 24 août à Johannesburg entrera probablement dans l’histoire comme un jalon essentiel de son histoire.

Presqu’un quart de siècle après sa création par la Banque Goldman Sachs qui le présentait comme une promesse de retours lucratifs sur investissements dans les « émergents » auxquels elle prédisait un avenir florissant, l’acronyme est devenu le symbole d’une contestation planétaire de l’influence des États-Unis et de l’Occident.

Deux années seulement après l’invention du sigle en 2001 où ne figurait pas encore le « S » de l’Afrique du sud qui ne rejoindra le groupe qu’en 2010, dans un rapport visionnaire datant de 2003, la vieille banque d’affaires de Manhattan prédisait qu’au cours des 50 prochaines années, les économies rassemblées du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine pourraient constituer « une force plus grande que celle du G.6 en termes de Dollars américains. »

Tout au long de ce 15e sommet, tenu à l’ombre meurtrière de la guerre en Ukraine, les échanges ont, à quelques nuances près, été dominés à la fois par un esprit de résistance à la prévalence occidentale installée aux Nations Unies en 1945 et par les discussions sur l’élargissement à de nouveaux membres.

Le thème de la « contestation » transparaissait à des degrés divers, dans tous les discours dont certains plongèrent loin dans l’histoire. Citons par exemple le rappel de l’esclavage par le Président sud-africain Cyril Ramaphosa ; son éloge, avec Narendra Modi qui citait Ghandi, des philosophies et des médecines traditionnelles non-occidentales.

Et surtout Xi Jinping. Proposant toujours ses trois projets chinois d’envergure globale pour le développement, 全球发展倡议, la sécurité 全球安全倡议 et la culture 全球文化倡议, il a avec une insistance qui le démarque de Vladimir Poutine, dont la visioconférence était en grande partie articulée aux brutales péripéties céréalières de la guerre en Ukraine, répété par contraste, l’attachement de la Chine à la paix.

En même temps, désignant Washington comme un fauteur de guerre, cultivant comme Moscou, le sous-entendu de la responsabilité américaine et de l’OTAN dans la guerre en Ukraine et fustigeant l’élargissement de l’Alliance atlantique à l’Indo-pacifique, il a accusé les États-Unis d’hégémonisme « du gros bras et de la parole forte » (…)

« Un pays », dit-il « obsédé par le maintien de son hégémonie, faisant tout son possible pour paralyser les marchés émergents et les pays en développement. » (…)

Dans cette logique et par allusion aux blocages américains privant la Chine de l’accès aux technologies sophistiquées des microprocesseurs de dernière génération, clés de l’Intelligence artificielle, de la course à l’espace et des armements modernes, il accuse Washington de freiner la montée en puissance de la Chine : « Ceux qui se développent rapidement ou qui rattrapent leur retard deviennent la cible de son obstruction. »

L’élargissement, éclatant succès de Pékin.

L’arrivée de six nouveaux membres au sein des BRICS conforte l’influence sur le groupe de Xi Jinping qui, dans l’exacerbation des tensions sino-américaines, voyait dans l’élargissement le moyen d’une contestation de la prévalence de Washington et de l’Occident.

Rendu public le 24 août, concrétisation spectaculaire du deuxième axe d’effort du sommet de Johannesburg, l’élargissement qui entrera en vigueur en janvier 2024, à l’Argentine, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, l’Arabie Saoudite et aux Émirats, consacre les remarquables efforts diplomatiques de Pékin en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique Latine.

A propos de la constance des stratégies chinoises en direction des pays du sud global lire nos articles Un souffle chinois sur l’Amérique Latine, Au sommet des Amériques à Los Angeles, l’ombre portée de la Chine & Un vent chinois s’est levé au Moyen Orient)

La dilatation de l’empreinte des émergents, de l’ancien « Tiers Monde  » et des héritiers des non-alignés conforte la posture de Xi Jinping, porte-drapeau de la contestation de l’Occident et de Washington par le détour du «  sud global  ».

Ming Jinwei commentateur indépendant, ancien de Xinhua, laudateur sans nuance de Xi Jinping, compare la manœuvre à la guerre civile chinoise « d’encerclement des villes par les campagnes  » en oubliant cependant la cruauté inflexible de Mao et ses quotas d’exécutions sommaires des paysans riches et « moyens riches  », dont beaucoup ne furent pas ralliés à la révolution par l’adhésion, mais par la terreur.

Outre qu’il trahit un flagrant manque de rigueur noyée dans la mythologie maoïste, l’amalgame doit inciter à la nuance qui ne peut pas s’exonérer de l’analyse des forces et faiblesses des héritiers aujourd’hui émancipés des projets d’investissements de Goldman Sachs.

Avec 47% de la population mondiale, 36% du PIB de la planète et près de 20% des réserves de pétrole, les BRICS élargis à l’Iran objet de la féroce vindicte de Washington et par le transfuge dans le halo de la diplomatie chinoise des pays de la péninsule arabique, prennent clairement à contrepied la vieille prévalence occidentale.

Mais l’examen du dessous des cartes et des tractations du sommet de Johannesburg révèlent quelques fêlures dans un groupe peu homogène toujours traversé par de sévères rivalités stratégiques et culturelles et puissamment dominé par la Chine dont le PIB est égal à la somme des PIB des dix autres.


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