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Les défis de l’obsession réunificatrice

La photo montre le Maréchal Ye Jianying, à droite, en compagnie de Hua Guofeng au moment des premières attaques de ces derniers contre Jiang Qing, la veuve de Mao à la fin 1976. 3 ans plus tard, la « Bande des Quatre » ayant été éliminée, Ye alors président de l’ANP faisant fonction de chef de l’État lançait le projet en 9 points de réunification avec Taïwan armature du schéma « Un pays deux systèmes » en vigueur à Hong Kong depuis juillet 1997, mais auquel aucun parti politique de l’Île n’adhère. Dans son discours en réponse à celui de Xi Jinping, Cai Ing-wen a réaffirmé que la défaite électorale de son parti aux élections locales de novembre ne signifiait pas que l’opinion avait basculé en faveur de la réunification. Il reste qu’à la mi-septembre, un sondage montrait une notable évolution de l’opinion. Alors que 36,2% des Taïwanais étaient en faveur de l’indépendance déclarée (en baisse de 15%), et que 23,2% se disaient favorables au maintien du statuquo, le pourcentage des opinions en faveur de la réunification était en hausse de 11% pour atteindre 26,1%.


*

Le 2 janvier 2019, à l’occasion du 40e anniversaire du message du Comité Permanent de l’Assemblée Nationale Populaire chinoise (ANP) aux « compatriotes taïwanais », le 1er janvier 1979, Xi Jinping s’est spécialement adressé aux 24 millions d’habitants de la « République de Chine », de l’autre côté du Détroit dont le seul nom qui ne fait plus l’unanimité dans l’Île, est un condensé des réminiscences de l’histoire et des tensions qui montent.

Rappelons que dans son adresse diffusée le jour même de l’établissement officiel des relations diplomatiques entre Pékin et Washington (annoncé le 15 décembre 1978), l’ANP promettait que « la grande cause de la réunification à la Mère Patrie prendrait en compte les réalités de l’Île, respecterait le statuquo ainsi que les opinions de tous et adoptera des politiques et des mesures raisonnables afin de ne pas heurter les intérêts des Taïwanais. »

Le 30 septembre 1981, le Maréchal Ye Jianying, président du Comité Permanent de l’ANP, assurant les fonctions de chef de l’État, proposait une réunification « en 9 points » [1] articulée à « un haut degré d’autonomie » de l’Île. Le schéma développait l’idée de Deng Xiaoping « d’Un pays Deux systèmes » conférant à Hong-Kong et Taïwan le droit de conserver leurs spécificités juridiques, politiques et socioéconomiques à l’intérieur d’une Chine socialiste.

Il reste que ces évolutions majeures de la relation stratégique entre Pékin et Washington assorties des 3 communiquées conjoints – 1972, 1979, 1982 - (lire Dans l’œil du cyclone, veillée d’armes électorale.), mais tempérés par le Taïwan Relations Act (cf. le lien supra et le 1er § de l’article) et la persistance des ventes d’armes américaines, ne furent pas accompagnées d’un consensus des deux rives du Détroit autour du schéma « Un pays deux systèmes ».

Jamais les Taïwanais qu’ils soient d’obédience politique proche du Guomindang se considérant comme les authentiques dépositaires de l’héritage historique de la Chine d’après 1911, ou les tenants d’une politique de rupture avec le Continent, arrière-plan idéologique de la présidente Tsai Ing-wen, ou même les partisans du statuquo n’acceptèrent un arrangement qui placerait l’Île dans une position de subordination au Parti Communiste chinois.

Notes :

[1

La réunification en 9 points, selon Pékin.

1) Échange de vues entre le Guomindang et le Parti Communiste chinois sur un pied d’égalité.

2) Développement des relations postales, commerciales et de transport par mer et par air, ainsi que des contacts entre les deux sociétés (échanges touristiques, académiques, culturels et sportifs).

3) Garantie d’autonomie sans interférence centrale dans les affaires internes taïwanaises, dans le cadre du statut de « Région Administrative Spéciale » y compris l’assurance que l’Île pourrait conserver ses forces armées.

4) Maintien du statut socioéconomique de l’Île et de ses modes de vie ainsi que des relations culturelles avec les pays étrangers. Promesse de non-ingérence du Continent dans les investissements étrangers et dans le régime de propriété immobilière qu’il s’agisse du foncier ou de l’entreprise.

5) Participation des Taïwanais “représentatifs issus de divers cercles“ à des postes de direction politique sur le Continent.

6) En fonction des circonstances, dans le cas où les finances taïwanaises seraient en difficultés, le gouvernement central pourrait subventionner l’Île.

7) L’installation sur le Continent de Taïwanais de “divers cercles“ souhaitant s’y établir sera facilitée par des arrangements adaptés dans le cadre d’un statut où il ne seront pas discriminés et où ils pourront entrer et sortir de Chine à leur guise.

8) Les investissements des entrepreneurs et les hommes d’affaires taïwanais seront les bienvenus dans “divers secteurs“ où leurs droits légitimes, leurs intérêts et leurs profits seront protégés.

9) L’unification de la mère patrie est une responsabilité de tous les Chinois. Toutes les personnes de toutes les nationalités, personnalités publiques de tous les secteurs de la société toutes les “organisations de masse“ sont, par “divers canaux“ sincèrement invitées à faire des propositions concernant les affaires de l’État.


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