›› Taiwan
Le 1er février, le Yuan Législatif s’est mis en ordre de marche en portant à sa tête Han Kuo-Yu 韓國瑜 (67 ans), nouveau président élu avec 54 voix contre 51 au président sortant You Si-kun 游錫堃(DPP).
A bien des égards, l’élection à la présidence du parlement de l’Île d’une personnalité aussi opportuniste et aux convictions à ce point flottantes que Han traduit le désarroi du KMT.
Alors que sa plateforme politique reste fidèle au Consensus d’une seule Chine, le vieux parti nationaliste est confronté à l’ébranlement du paysage politique de l’Île où, les sondages traduisent obstinément la montée d’un sentiment d’identité séparée du Continent [1]. En même temps, le Parti vient de perdre la troisième élection présidentielle d’affilée face au parti tenant de la rupture avec le « consensus de 1992 » et la « politique d’une seule Chine. »
Le nouveau vice-président de la Chambre est Chiang (Jiang) Qichen 江啟臣– Johnny Chiang, 52 ans.
Le contraste entre les deux hommes dont beaucoup d’analystes estiment qu’ils sont complémentaires, saute aux yeux, même si l’un et l’autre ont des attaches avec l’armée. Le premier, par son père ancien officier nationaliste ayant fui la Chine en 1949, le deuxième par une expérience personnelle directe, avec le grade de caporal, au sein des forces spéciales amphibies de l’Île.
Han est un « populiste » aux élans prochinois affirmés qui, par les promesses de bonnes affaires et d’apaisement, ont séduit l’électorat des foyers modestes. Petits propriétaires, pensionnés de la fonction publique et de l’armée touchés par la réforme des retraites de Tsai Ing-wen, ils sont aussi mal à l’aise avec les tensions portées par le refus du Minjindang de reconnaître « Le consensus d’une seule Chine ».
Mais son enthousiasme pour un rapprochement avec Pékin fut à l’origine d’une sérieuse déconvenue politique après que son élection à la mairie de Kaohsiung polluée en 2018 par une avalanche de « trolls » chinois, ait été invalidée par un referendum d’initiative populaire (lire : A Taïwan la démocratie directe éloigne l’Île du Continent).
Six mois avant cette humiliation publique, Han avait, le 11 janvier 2020, essuyé une défaite sans ambiguïté aux présidentielles face à Tsai Ing-wen qui l’avait sèchement battu par 57,13% des voix contre 38,61%.
Le Vice-président Chiang, plus jeune de quinze ans, est un professeur de sciences politiques avec une formation académique dans l’Île et aux États-Unis où il a obtenu un doctorat sur « Le rôle de l’État dans la globalisation comparée des économies indienne et taïwanaise », thèse soutenue à l’Université de Caroline du sud en 2002, quand il avait 30 ans.
Les deux ont un solide arrière-plan législatif, mais contrairement à Han, qui fut le candidat malheureux à la présidence face à Tsai Ing-wen en 2020, Chiang a une courte expérience de responsable politique à la tête du ministère de l’information sous Ma Ying-jeou (décembre 2010, mai 2011) et comme 10e président du KMT (mars 2020, octobre 2021).
L’un et l’autre ont une mauvaise expérience municipale.
Alors qu’en 2018, Chiang n’a pas réussi à obtenir l’investiture du parti pour conquérir la mairie de Taichung, deux ans plus tard – c’était une première historique lourde de sens - Han était relevé de son mandat de maire de Kaohsiung par un vote populaire.
Enfin, s’agissant des relations entre les deux rives, la mise au pas sans nuance entre 2019 et 2020, par Pékin de la mouvance démocrate à Hong Kong obligea les deux à une mise au point élaguée de toute ambiguïté.
En juillet 2019, Han, toujours gouailleur et populiste, peut-être pour faire oublier sa déconvenue à Kaohsiung où on l’accusait d’être « trop prochinois », déclarait publiquement que « si Pékin voulait appliquer dans l’Île le schéma “Un pays deux systèmes”, il faudrait lui passer sur le corps. »
En mars 2021, se référant également à la situation à Hong Kong, Johnny Chiang rejetait lui aussi les « Deux systèmes » dont il disait qu’ils n’étaient « pas adaptés à la situation à Taïwan ».
C’était six mois avant sa défaite dans la compétition pour la direction du KMT en septembre 2021, où il fut largement battu par Éric Chu. Ce qui ne l’a pas empêché de remporter en janvier 2024 sa quatrième élection législative consécutive à Taichung, qui lui a ouvert la voie de la Vice-présidence du Yuan Législatif.
Le 1er février, premier jour de la session, le parlement a également désigné son secrétaire général. Anticipant de possibles différends ou même des blocages évoqués par Han Kuo-yu lui-même dus à l’absence de majorité absolue, on a fait appel à un vétéran.
Chou Wan-lai (周萬來 - Zhou Wanlai – Chester Chou - ) 73 ans, vice-secrétaire et membre du « Yuan des examens » où il avait été nommé par Ma Ying-jeou en 2014, est aussi familier du secrétariat où il a commencé à travailler en 1976, à 23 ans.
Note(s) :
[1] Sondages : Taiwan Independence vs. Unification with the Mainland(1994/12 2023/06) et Most people in Taiwan see themselves as primarily Taiwanese ; few say they’re primarily Chinese.
Alors que les partisans d’une réunification ne sont plus que 1,6%, 80% des 18 et 34 ans se disent plus Taïwanais que Chinois.