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ANNEXE. Bref rappel de l’histoire du « regime change »
A l’été 2023, l’ancien chef des renseignements des Gardiens de la Révolution Hossein Taeb (photo à gauche) avait publiquement révélé que Washington avait assuré à Téhéran qu’il ne visait pas un changement de régime en Iran.
Aux États-Unis toute la classe politique n’est pas sur cette ligne. Le 26 octobre 2023, Myriam Radjavi, épouse de Massoud Radjavi (à droite) un des fondateurs des Moudjahidine du Peuple iranien éliminé par les Mollahs en 2003, eut un franc succès face au Sénat des Etats-Unis quand pour réclamer sans ambiguïté une intervention américaine, elle avait longuement détaillé les exactions du régime, dont le massacre de 38 000 prisonniers politiques en 1988.
Le 14 mai 2024, face à l’Assemblée nationale française, elle avait répété ce message, mis à jour au prisme de la guerre à Gaza : « Aujourd’hui, tout le monde peut voir que la tête du serpent de la guerre au Moyen-Orient, est le régime des mollahs, qui se rapproche aussi de la bombe atomique. Si nous voulons la paix et la stabilité dans cette région du monde, il faut dénoncer le fascisme religieux de Téhéran. » Elle avait ajouté « Aujourd’hui, il ne fait aucun doute que le renversement du régime des mollahs est une condition essentielle pour la paix et la sécurité dans le monde et la région ». Source : Iran International et Wikipédia.
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Le « regime Change » est le remplacement en partie forcé du régime politique d’un pays par un autre.
Il peut advenir par le biais de processus nationaux (coup d’État, révolution, guerre civile, ou plus rarement par des réformes pacifiques comme la « Révolution des œillets » au Portugal, le 25 avril 1974, ou encore en Espagne après la mort de Franco, le 20 novembre 1975, trente-six années après l’échec de la guerre civile, qui fut une très meurtrière tentative interne de « régime change », soutenue par les démocraties de la planète contre la coagulation de l’alliance fasciste des années trente en Europe.
Le changement de régime politique d’un pays peut également lui être imposé par des acteurs étrangers au moyens de la force militaire, d’un chantage diplomatique, ou d’actions souterraines secrètes de déstabilisation.
Depuis le XIXe siècle, les États-Unis, se réclamant de la morale démocratique et du droit des peuples, sont intervenus de nombreuses fois, ouvertement ou secrètement pour provoquer directement ou de manière oblique le remplacement de différents régimes sur la planète.
D’abord à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, dans leur zone d’intérêt stratégique direct d’Amérique Latine et du Pacifique Sud (Mexique, Panama, Honduras, République Dominicaine, Nicaragua, Hawaï, Haïti, Philippines).
Ensuite, durant la 2e guerre mondiale, pour aider puissamment au moyen d’intervention militaires directes, à la défaite du Troisième Reich et de l’Empire japonais, en Europe occidentale, aux Philippines, en Corée, en Chine de l’Est.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, durant « la guerre froide » contre l’URSS, toujours sous couvert de démocratie et du droit des peuples, mais avec des arrière-pensées clairement hégémoniques sur fond d’aversion inquiète contre l’influence communiste, Truman et ses successeurs ont lutté contre Moscou et ses alliés en élargissant leurs actions au-delà de la zone d’intérêt stratégique directe de l’Amérique, non seulement en Afrique, au Moyen Orient en Asie du sud-est (Vietnam, Philippines, Indonésie) et dans nombre de pays du « Tiers Monde » mais également toujours en Europe.
Selon une étude datant de 2019, de Lindsey O’Rourke, Professeur de sciences politiques au Boston College, les États-Unis sont, au cours de la période 1946-2000, intervenus au moins 81 fois de manière ouverte ou secrète, directement, comme en Iran en 1953, conjointement avec Londres, avec l’objectif de maîtriser la manne pétrolière exactement opposé aux principes démocratiques, ou par des stratégies d’influence, lors d’élections nationales à l’étranger, notamment en Italie (1948), au Japon dans les années cinquante et soixante, aux Philippines (1953), au Liban (1957), en Russie (1996).
La synthèse de O’Rourke suivait celle de H. Levin Professeur de relations internationales et de Politiques publiques à l’université de Hong Kong. Publiée en 2016, elle révélait que, pendant la guerre froide, les États-Unis se sont engagés dans 64 tentatives secrètes et six tentatives manifestes de changement de régime.
Enfin, après la chute de l’URSS, saisis par un hubris de puissance, réagissant aussi de manière intempestive et en se trompant de cible au cataclysme meurtrier qui fut un traumatisme psychologique de grande ampleur, à l’agression sur leur sol, le 11 septembre 2001, les États-Unis ont mené ou soutenu, au prix de graves déboires, deux actions armées d’envergure en Afghanistan et en Irak.
Entraînant leurs alliés dans des conflits impopulaires voués à l’échec, dont le but officiel et improbable condamné par la « rue arabe » islamisée, était d’installer la démocratie dans des pays de culture musulmane, ils ont très largement affaibli leur crédit international pourtant encore haut plus haut après la chute de l’URSS.
