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Où en est le nouveau « Grand Jeu » en Asie Centrale ?

L’ancienne Asie Centrale Soviétique, dont quatre pays sont devenus en 2001 membres de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), sous le patronage de Moscou et de Pékin, est une zone riche en hydrocarbures et en ressources minières. Elle reste politiquement instable, alors que s’y disputent les influences de la Chine, de la Russie et des Etats-Unis.

Pour la Chine comme pour la Russie, l’Asie Centrale est non seulement un réservoir de ressources, mais également un glacis stratégique, progressivement devenu le cœur d’un nouveau système d’alliance, sur lequel Pékin et Moscou se sont à l’occasion appuyés pour dénoncer l’entrisme politique et militaire des Etats-Unis et de l’OTAN dans la région, après la chute du mur de Berlin.

Mais les récents événements au Kirghizstan jettent une lumière crue sur la complexité des situations et la somme des intentions cachées. Alors que, pour des raisons diverses, parfois opposées, Moscou, Pékin et Washington se seraient bien accommodés de la stabilité garantie par un régime radicalement anti-démocratique, l’irruption brutale des revendications populaires, rappelle aux sponsors de l’Asie Centrale les risques d’une déstabilisation en cascade de la région, sur fond de menace intégriste.

Freiner l’entrisme des États-Unis et de l’OTAN

En 1996 le « Groupe de Shanghai », devenu l’OCS en 2001, n’était qu’un modeste forum de négociations pour la résolution des différends frontaliers. Sous l’influence chinoise et russe, l’Organisation a peu à peu affirmé de plus vastes ambitions, d’abord économiques, puis stratégiques.

Aujourd’hui, les 6 états membres de l’Organisation, qui accueille également le Pakistan, l’Inde, l’Iran, et la Mongolie avec un statut d’observateurs, organisent des manœuvres militaires communes pour combattre les trois fléaux identifiés par la rhétorique sécuritaire chinoise que sont « le terrorisme, l’extrémisme et le séparatisme ». De fait, la région, qui elle-même abrite des mouvements religieux radicaux, jouxte des zones troublées et instables du Caucase aux marches de la Russie et du Xinjiang chinois, théâtre d’affrontements ethniques récurrents entres Han et populations turcophones, en majorité musulmanes.

En 2005, l’OCS, inquiète de l’épidémie de « regime change » aux marches de l’ancienne URSS, avait adopté une position commune, dénonçant les bases américaines de la région et exigé que Washington fixe un calendrier de retrait. La manœuvre avait en partie réussi, puisqu’en 2005 Moscou et Pékin avaient persuadé le président Ouzbek Karimov d’exiger des Américains, avec qui il était en froid après la répression d’Andijan le 13 mai 2005, qu’ils ferment la base de Karchi Khanabad. Mais en réalité, au-delà des connivences officielles, la compétition politique et économique était déjà rude entre les deux parrains de l’OCS.

A la rivalité sino-russe s’ajoute la « rébellion » du Turkménistan, qui n’a jamais accepté de rejoindre l’OCS et s’est, à l’occasion, fâché avec Moscou, déroulant, en revanche, « le tapis rouge » à Petrochina. En même temps, la volte face du Kirghizstan, perçue à Moscou comme une trahison, confirmait les frictions au sein de l’Organisation.

En juin 2009, le président Kirghize, Kurmanbek Bakiyev, aujourd’hui en fuite, avait en effet cédé aux sirènes financières américaines et résisté aux pressions de Moscou et Pékin qui espéraient également l’évacuation de la base de Manas au Kirghizstan.

Le « Grand Jeu » chinois

Fidèle à ses stratégies habituelles, basées sur des prêts bancaires préférentiels et sur la construction d’infrastructures (routes, chemins de fer, barrages, centrales électriques) en échange des droits d’exploitation des ressources minières et énergétiques, la Chine a vite affirmé son influence économique. L’activité chinoise en Asie Centrale, liée à ses approvisionnements en énergie et en ressources se matérialise d’abord par un réseau de gazoducs et d’oléoducs directement reliés à la Chine et construits en coopération avec Petrochina.

C’est le Kazakhstan qui a inauguré le réseau par un oléoduc construit en 2006 ; depuis décembre 2009, la première phase (7000 km) d’un gazoduc vers la Chine, par l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, est opérationnelle depuis le Turkménistan, ancienne chasse gardée de la Russie, mais où Pékin est devenu le premier investisseur étranger. Une fois terminé (2010), le projet transportera chaque année 30 milliards de mètres cubes de gaz vers la Chine. Un autre est en projet à partir du Kazakhstan occidental, à la capacité annuelle de 12 milliards de mètres cubes.

La quête d’énergie se traduit aussi par les investissements directs dans l’exploration et l’exploitation. En 2009, le fonds souverain chinois a investi 1 milliard de $ dans l’exploration d’un gisement de gaz kazakh, qui confère à la Chine 14% des parts dans l’exploitation. Au Turkménistan, Petrochina (ou CNPC) a signé un accord d’exploration et d’exploitation du gisement de Bagyyarlik dans l’Est du pays (potentiel estimé 1700 milliards de mètre cubes).

Le n°1 pétrolier chinois, à la tête d’un consortium international qui regroupe deux compagnies coréennes (LG International et Hyundai) et deux sociétés d’hydrocarbures des Emirats, est également en passe de remporter les droits d’exploration et d’exploitation du gisement de gaz d’Iolathan, financé par la Banque de Chine à hauteur de 9,7 milliards de $. Ce succès a été obtenu après que la Banque de Chine ait, en Juin 2009, accordé à Achkhabad un prêt préférentiel de 3 milliards de $ qui aida à compenser les pertes dues à la rupture de ses livraisons à la Russie, d’avril à décembre 2009. Enfin, des discussions sont en cours pour que la Chine développe aussi un gisement de gaz en Afghanistan, non loin de la frontière turkmène.

La China National Nuclear Corporation et la Guangdong Nuclear Power Corporation sont impliquées avec d’autres, dont l’Australie (Monaro Mining au Kirghizstan), pour l’achat ou la recherche d’uranium au Kazakhstan, en Ouzbékistan, au Kirghizstan et au Tadjikistan. Dans les monts Pamir, les compagnies minières chinoises explorent ou exploitent des gisements de métaux rares (cuivre, or, tungstène, mica, diamants).

A côté de ces activités d’extraction des ressources d’Asie Centrale acheminées vers la Chine, Pékin s’implique également dans la construction de centrales hydrauliques (Tadjikistan) et dans la rénovation des lignes à haute tension (Kirghizstan, Tadjikistan, Ouzbékistan). En échange de droits d’exploitation concédés aux sociétés d’hydrocarbures et aux compagnies minières nationales, les entreprises chinois construisent des routes (Kirghizstan, Tadjikistan) et des voies ferrées, dont une vingtaine au Kazakhstan, où 8 d’entre elles seront directement consacrées au transport du gaz liquide vers la Chine.

Dans le domaine politique en revanche, Pékin peine à faire jeu égal avec Moscou, qui s’inquiète des succès économiques de la Chine, mais bénéficie des rémanences linguistiques, culturelles et politiques de l’ancienne URSS.


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