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Retour sur l’œuvre de Liu Xicin

La trilogie 三 体 - Le problème à Trois corps - ; 黑暗森林 - La forêt sombre - ; 死神永生 - La mort immortelle. (Montage photo paru sur le site de Brigitte Duzan en 2015, mis à jour en 2022. https://www.chinese-shortstories.com/Auteurs_de_a_z_Liu_Cixin.htm
Voir notre précèdent article sur Liu Xicin https://www.questionchine.net/la-terre-a-la-derive-une-superproduction-chinoise#nb1 , maître de la science -fiction chinoise, auréolé du prestigieux Prix Hugo en 2015 pour cette œuvre d’envergure exceptionnelle.


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« Le Problème à trois corps 三体三部曲 ou Chroniques de la Terre (地球往事), publié en trois fois de 2006 à 2010 : 1) Le Problème à trois corps (titre original :三体 ; 2) La forêt sombre 黑暗森林 ; 3) La mort immortelle 死神永生, œuvre maitresse de Liu Xicin, développe une remise en cause de l’anthropocentrisme occidental, assorti des idées, courant dans toute son œuvre, de la fragilité cosmologique de la terre et du cynisme étriqué du genre humain.

Pour une plongée profonde dans le monde de Liu Xicin, de sa vie et de son œuvre, lire l’incomparable travail de Brigite Duzan dans «  Chinese Short Stories » : https://www.chinese-shortstories.com/Auteurs_de_a_z_Liu_Cixin.htm

L’intrigue spectaculaire du « Problème à Trois corps » suit l’humanité au travers du désespoir d’une astrophysicienne chinoise Ye Wenjie. Traumatisée par les humiliations infligées à son père assassiné par les gardes-rouges de la révolution culturelle (dont la mention clairement évoquée dans la version filmée de NETFLIX est adoucie dans la mouture chinoise), Ye Wenjie trahit et fait secrètement appel à une civilisation extraterrestre hostile qui prépare une invasion de la terre.

Dans la «  Forêt Sombre » l’illusion d’une civilisation extraterrestre moralement meilleure et bienveillante pouvant sauver l’humanité vole en éclats, tandis que, revisitant le paradoxe de Fermi (1), l’auteur explore l’hypothèse que les extraterrestres animés de l’exigence de leur propre survie pourraient être une menace ou, à l’inverse, qu’ils se cachent pour ne pas être détruits.

« La mort immortelle » dont le récit visionnaire couvre des millions d’années cosmiques, traite avec pessimisme du thème de la survie de l’humanité dans un univers implacable et violent.

La fin de la dissuasion (2) tenant à distance la menace des extraterrestres de Trisolaris venus d’Alpha du Centaure, à 4 années-lumière qui cherchaient à envahir notre planète pour survire, oblige l’humanité à fuir.

La suite est un festival d’imagination hors des sentier battus où le lecteur croise des civilisations extraterrestres ayant inventé des armes modifiant les lois fondamentales de la physique, tandis que l’auteur explore le concept d’un Univers réduit à deux dimensions, avant de s’intéresser aux technologies de survie d’une humanité menacée d’extinction et hantée par le sens de la vie et celui de l’avenir du cosmos.

Au total, par sa vaste vision enveloppante qui embrasse à la fois la fragilité de l’homme et les vastes immensités des espaces intersidéraux, tout en explorant systématiquement les théories scientifiques les plus courues, allant de la physique quantique à la relativité restreinte, en passant par la théorie du chaos, celle des cordes, des trous noirs et des mondes parallèles, ou encore la recherche d’immortalité par la cryogénisation, Liu Xicin pousse à l’extrême l’exploration littéraire des ressources de la science-fiction, avec cependant l’abus de personnages archétypiques manquant d’épaisseur psychologique.

Quel que soit l’angle de vue, l’œuvre dont l’incontestable dimension épique, inventive et visionnaire place son auteur au sommet de la science-fiction mondiale, diffuse un pessimisme essentiel presque nuance sur l’avenir d’une humanité misérablement perdue dans l’immensité d’un espace sidéral dont les limites sont hors de portée de l’intelligence humaine.

Impossible de ne pas songer au taoïsme qui, se gardant de placer l’homme au centre, de l’Univers, spécule sur la nécessite de s’y fondre avec humilité, comme une espèce parmi d’autres. Pour autant la pensée qui appelle l’homme à comprendre par la science la puissance des forces qui le subjuguent pour tenter survivre, n’est pas tout-à-fait exempte de matérialisme prométhéen.

Notes.

1.- Le paradoxe de Fermi pose la contradiction entre la probabilité statistique de l’existence, dans l’immensité infinie, de mondes extraterrestres et la faiblesse de leurs manifestations concrètes. Trois types d’explications répondent à la question « Mais où sont-ils ?  » : 1) L’apparition de la vie est un hasard cosmique rarissime ; 2) L’immensité infinie de l’univers et les temps de trajets entre galaxies sont des obstacles majeurs aux contacts ; 3) Les extraterrestres existent, ils ont les moyens de se déplacer a bien plus grande vitesse que nous, mais, par prudence ou méfiance, ils restent silencieux.

2.- L’allusion de Liu Xicin a « l’équilibre de la terreur  » produit par l’accumulation des armes destruction massive renvoie à l’inconfort de l’humanité dont la survie ne dépend que de la peur de l’autodestruction.

En évoquant l’échec du raisonnement de la survie de l’humanité par la terreur, Liu Xixin pointe du doigt le fragile équilibre de la dissuasion nucléaire.

Quand l’ingénieure Cheng Xin chargée de l’équilibre de la terreur y renonce par idéalisme et pacifisme pour ne pas détruire les mondes qui s’affrontent, elle touche au débat qu’avait évoqué le President Giscard d’Estaing dans son livre d’auto-analyse, « Le Pouvoir et la vie  », Ed Compagnie, 3 tomes, 1988, 1991, 2006.

Le successeur de Georges Pompidou ne renonça certes pas de manière aussi radicale à la dissuasion nucléaire que Cheng Xin la pacifiste. Durant son mandat, il contribua à la développer et à en élargir le concept à l’Europe. Il n’en reste pas moins que, dans ses mémoires, il a exprimé une réticence du même ordre à déclencher l’apocalypse, en avouant qu’il n’aurait jamais donné l’ordre d’une frappe nucléaire « Moi, je savais que je n’appuierais sans doute jamais sur le bouton nucléaire. Pour une raison simple, qui a sa valeur, cela aurait été la fin de la France. »


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