›› Chronique
En médaillon Darya Shipilova la laborantine décédée le 2 octobre qui travaillait pour l’Institut de lutte contre la peste d’Irkoutsk, en Sibérie. AFP
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Récemment, sur les marches communes à la Russie et à la Chine de l’Asie centrale directement au Nord du Moyen-Orient de l’Iran et de l’Afghanistan, est née le début d’une psychose d’un autre âge liée à la peur ancestrale d’une épidémie de peste.
La référence mémorielle terrifiante est celle de la « Peste noire » (essentiellement bubonique) du milieu du XIVe siècle, qui provoqua 50 millions de morts avec, en Europe, la réplique d’une deuxième pandémie qui allait sévir jusqu’au milieu du 19e siècle.
Le 29 septembre, Darya Shipilova, une employée de laboratoire de 28 ans travaillant à l’Institut de recherche anti-peste d’Irkoutsk pour la Sibérie et l’Extrême-Orient, était hospitalisée pour une pneumonie sévère. Le 2 octobre, elle décédait des suites de sa maladie.
Immédiatement, Alexeï Tsydenov, chef de la République bouriate proche d’Irkoutsk publiait sur son réseau social qu’elle était morte de la peste, avant de modifier son message en ajoutant « peut-être ».
Peu après, les autorités sanitaires russes corrigeaient l’information en indiquant qu’elle était décédée d’une « pneumonie d’origine inconnue ». En même temps, elles niaient tout cas confirmé de peste à Irkoutsk. Mais le moins qu’on puisse dire est que la mise au point russe n’a pas endigué le début de psychose.
Le 3 octobre, trois pays d’Asie centrale, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Kazakhstan renforçaient leurs contrôles sanitaires aux frontières avec la Russie. Ils furent suivis, le 5 octobre par la Mongolie extérieure qui, dans la région de l’Altaï, partage 3500 km de frontière commune avec la Russie.
Le 7 octobre, plusieurs médias dont le Daily Mail au Royaume Uni, le Daily Beat aux États-Unis, United Media en Ukraine et, entre autres, Al Jazeera, rapportaient qu’un deuxième employé de l’Institut d’Irkoutsk avait développé une « pneumonie d’origine inconnue ».
Le 10 octobre, l’OMS indiquait, dans son bulletin officiel que les autorités russes interrogées avaient précisé « qu’il n’y avait pas d’autre cas de pneumonie sévère lié au décès Darya Shipilova et que les analyses des cas contacts n’avaient pas détecté de bacilles de peste ni d’autres agents pathogènes. »
Malgré les mises au point, la hantise est quand même montée d’un cran quand, le 7 octobre l’édition britannique du journal en ligne International Business Times (IBT) dont le siège est à New-York et qui comporte sept éditions nationales en anglais, chinois, japonais et italien avait rappelé que du 24 au 27 août Moscou et Pékin avaient organisé un exercice conjoint de sécurité sanitaire.
Organisé à Fuyuan 抚远 ville du Heilongjiang de 80 000 habitants, située à l’extrême Nord-est de la Chine, directement sur la frontière russe, l’exercice simulait - selon les notifications officielles - « la lutte contre une flambée de peste importée ».
Le but : « Évaluer les risques et étudier la coordination de la réponse sanitaire transfrontalière. Notamment : identifier l’agent pathogène, étudier sa circulation dans la nature, déployer des laboratoires mobiles et coordonner les mesures de lutte contre une éventuelle épidémie. »
L’exercice de la fin août était une deuxième phase. La première avait eu lieu du 9 au 11 juin 2026, à Khabarovsk, 700 000 habitants, plus grande ville de l’Extrême-Orient russe, sur la rive Nord-est (droite) du fleuve Amour. à 25 km de la frontière chinoise et à 40 km de Fuyuan.
Selon le Centre des médias de Fuyuan, 抚远市融媒体中心 Sergey Balakhonov, directeur de l’Institut de recherche anti-peste d’Irkoutsk, avait également pris part aux exercices. L’article parlait d’un « Exercice conjoint “d’urgence” organisé dans la ville de Fuyuan - 合应急演练在抚远市举行. »
Il mentionnait également la présence de Chen Lei 陈雷, directeur adjoint du Département des interventions d’urgence de l’Administration nationale de contrôle et de prévention des maladies infectieuses 国家疾控局 et de plusieurs responsables sanitaires du Heilongjiang dont Qingwei 庆伟 , directeur de l’Administration provinciale, lui aussi chargé du contrôle et de la prévention des maladies infectieuses. .
Le 6 octobre, la veille de la publication de l’article en ligne de l’International Business Times, relatant les exercices conjoints, le porte-parole du Waijiaobu avait, pour la première fois réagi aux suspicions d’épidémie de peste.
La première déclaration chinoise mentionnait explicitement la peste.
Le 8 octobre deux passants devant l’institut d’Irkoutsk.
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La déclaration laconique de Guo Jiakun précisait que « la Chine et la Russie coopéraient et communiquaient étroitement pour prévenir et contrôler les maladies infectieuses, y compris la peste : (Cf le Lianhe Zaobao (Singapour) du 7 octobre . 俄罗斯传鼠疫案例 中方:中俄就传染病防控保持密切合作 Un cas de peste a été signalé en Russie ; la Chine affirme maintenir une coopération étroite avec la Russie en matière de prévention et de contrôle des maladies infectieuses. »
( Lire : https://www.zaobao.com.sg/news/china/story20261007-9797000.)
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A la date de la réaction de cette note, les réactions internationales n’étaient pas alarmistes. Mais elles n’étaient pas non plus complètement rassurantes.
Le 10 octobre, l’OMS relayait les informations russes selon lesquelles les analyses de la dépouille de Darya Shipilova, n’avaient pas détecté de bacille de la peste ni d’autres agents pathogènes et ne recommandait aucune mesure particulière de restriction sur les voyages.
En même temps, elle soulignait que la cause exacte du décès n’était toujours pas confirmée et qu’elle n’avait pas reçu suffisamment d’éléments pour établir de manière indépendante un diagnostic définitif.
Pour de nombreux médias notamment américains, l’absence de transparence nourrit la psychose autour des soupçons que, dans leurs laboratoires secrets, la Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du Nord continuent, à des fins offensives, à manipuler des substances pathogènes à risques. (1)
Le 10 octobre, encore Marshall Billingslea, ancien sous-secrétaire adjoint chargé des financements terroristes (2017-2021), qui fut représentant spécial de D.Trump pour le contrôle des armements au département d’État révélait sur la plateforme X avoir travaillé dans les années 1990 avec Ken Alibek, « l’ancien numéro deux du programme soviétique d’armes biologiques », après que ce dernier avait fait défection aux États-Unis.
Selon lui, Alibek aurait mis au point une souche de peste résistante aux antibiotiques et aurait travaillé sur des substituts aux bacilles de la peste (résultats de la fusion de plusieurs agents pathogènes ou plus). A l’époque, il affirmait que le Centre d’Irkoutsk était impliqué dans ce programme [d’armes biologiques].
La conclusion de son tweet était alarmiste « Cette épidémie est extrêmement préoccupante. Il ne s’agit peut-être pas simplement de « la peste ». La situation pourrait être bien pire ».
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L’enchainement des évènements autour du soupçon et des risques d’une épidémie de peste déclarée sur la frontière chinoise a bel et bien créé un début de psychose, perceptible en Asie centrale et en Mongolie alors même que l’OMS qui n’a pris aucune mesure prophylactique, n’a à ce jour, identifié aucune contagion à partir du cas de Darya Shipilova.
Mais l’organisation en urgence au mois d’août d’un exercice sino-russe conjoint en deux phases simulant explicitement une réaction à une épidémie de peste, jette un doute sur la transparence des compte-rendu chinois et russe et l’exactitude de la chronologie officielle.
Une hypothèse pessimiste serait que l’accident du laboratoire aurait eu lieu avant le 9 juin, premier volet de la manœuvre, mais aurait été caché jusqu’à l’aggravation de l’état de santé de Darya Shipilova, peu avant son décès.
Au milieu des soupçons de mensonge alimentés par la longue habitude d’opacité chinoise et russe, le 6 octobre l’ambassade des États-Unis en Russie avait émis une alerte recommandant aux citoyens américains de suivre les recommandations des autorités sanitaires et d’éviter tout site touché.
Enfin, la veille, 5 octobre, Kevin Esvelt, chercheur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), avait apporté du carburant à la défiance américaine.
Sur X, il avait déclaré que « les mises en quarantaine en Sibérie, l’implication signalée des services de renseignement russes et le déploiement d’équipes spécialisées dans les risques biologiques à la suite du décès indiquent que « la Russie estime qu’une épidémie est possible, et que l’agent responsable est probablement une arme pandémique ou, à tout le moins, un élément embarrassant pour le gouvernement ».
Dans une autre publication, il avait précisé : « Si l’on en croit les autorités russes, il ne s’agit pas de la peste. Or, le séquençage non ciblé de qualité « recherche » permet d’identifier les agents pathogènes de manière fiable ; par ailleurs, on meurt rarement d’une pneumonie sans agent pathogène, surtout à 28 ans. Il serait étonnant que les responsables n’en connaissent pas la cause. »
Note.
1.- S’il est impossible d’attester qu’il existe aussi en Occident des laboratoires secrets étudiant des offensives biologiques par des agents pathogènes, en revanche, l’existence de laboratoires dits de niveau BSL - 4 de confinement maximal manipulant des agents très dangereux est documentée. Leur but est d’étudier les moyens de se défendre et de se protéger contre les menaces biologiques et chimiques.
En revanche, il est aussi historiquement documenté que plusieurs pays occidentaux dont les États-Unis et le Royaume Uni avaient entretenu des laboratoires étudiant les offensives biologiques, avant de les fermer officiellement en 1975, pour se conformer à la Convention internationale sur les armes biologiques. La difficulté qui rend toute certitude aléatoire est que la convention autorise néanmoins la recherche à des fins médicales et défensives.