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La semaine dernière à huit jours de la fête nationale, une réunion plénière du Comité Central a de manière inhabituelle été consacrée à la relance de l’économie dans un ambiance toujours morose, marquée par les ratés d’une reprise peinant à redonner à l’économie son élan d’avant la crise pandémique.
Le contraste était frappant avec l’optimisme conquérant des célébrations du 70e anniversaire de 2019, quand Pékin affichait avec enthousiasme sa puissance et son optimisme. https://www.questionchine.net/le-1er-octobre-pekin-ouvre-une-nouvelle-ere-de-luttes-ne-rassure-pas-l-occident-et
À l’époque, les économistes rivalisaient de zèle pour prédire l’année quand Chine dépasserait les États-Unis devenant ainsi, la première économie mondiale. Aujourd’hui, l’enthousiasme a été remplacé par l’inquiétude, parfois la défiance. Récemment certains Chinois estimaient même que le pays était tombé dans un piège déflationniste analogue à celui dans lequel s’était abimé le Japon à la fin des années 1990, avec peu d’espoir de redressement
Il est vrai que, sans être complètement homothétiques, certains symptômes du ralentissement de l’économie chinoise rappellent ceux du Japon d’il y a un quart de siècle. Vieillissement de la population ; Impatience face aux effets décevants des progrès technologiques n’ayant pas produit le rattrapage de puissance au niveau escompté ; Crises boursières (Lire : https://www.questionchine.net/soubresauts-de-la-bourse-restructurations-industrielles-et-financieres-pekin-s ) ; et persistance de la très grave crise immobilière…(Lire : https://www.questionchine.net/evergrande-le-spectre-d-un-effet-domino ).
En Chine, s’ajoute le trouble d’un facteur structurel. Celui d’un système toujours puissamment articulé au moteur essentiel des investissements publics. Assez peu redistributif, il laisse à la traîne sociale et économique au moins 600 millions de Chinois dont le revenu mensuel moyen est inférieur à 150 $, auxquels il faut ajouter la persistance des 300 millions de « migrants intérieurs », soutiers toujours mal traités du miracle économique chinois.
Tel est l’arrière-plan ayant présidé, le 24 septembre, venant après la puissante injection de finances publiques de juin 2022 (Lire : https://www.questionchine.net/une-relance-de-grande-ampleur ) à une série de mesures prises par la Banque Centrale destinées à contrer la chute des prix et à relancer l’économie, notamment en autorisant les banques commerciales et locales à prêter davantage et moins cher aux ménages et aux entreprises.
Baissant ses taux obligataires à 10 ans à seulement 2 % et son taux directeur d’un quart de point, les mesures qui s’accompagnent d’une réduction du ratio de réserves bancaires obligatoires, étaient annoncées dans la foulée d’une décision du 18 septembre de la Banque Fédérale américaine de réduire ses taux d’intérêt d’un quart de point (de 5 à 4,75%) pour la première fois depuis 2020.
A Washington, la décision était autorisée par le retour de l’inflation sous la barre des 3%. A Pékin, les mesures tentaient de sortir le secteur immobilier du marasme et d’insuffler un regain de dynamisme à l’économie, plombée par la chute de la confiance.
Mesures d’aide ponctuelle et chômage des jeunes.
Le lendemain, le Bureau Politique annonçait – la mesure est rare - qu’à l’occasion du 75e anniversaire, les citoyens défavorisés bénéficieraient de distributions d’argent. En même temps, il promettait des subventions aux jeunes diplômés ayant du mal à trouver un emploi.
L’emploi des jeunes de 16 à 24 ans dont l’appareil avait cessé de publier les statistiques à la mi-août 2023 quand il dépassait 20%, avant d’en reprendre la publication en janvier 2024 avec d’autres critères, reste en effet un souci.
En décembre 2023, il approchait encore les 15 %. C’est pourquoi, dans un document rendu public le 25 septembre, le Politburo annonçait une série de 24 mesures (二十四条) en faveur de l’emploi (就业).
L’annonce – une première depuis l’avènement de Xi Jinping -, promettait « une stratégie d’emploi prioritaire pour promouvoir la qualité et le plein emploi. » Elle visait à « garantir l’égalité des droits au travail et à élargir les filières d’emploi pour les diplômés universitaires ainsi que pour tous les autres jeunes. »
La solennité des déclarations pilotées par le plus haut sommet de l’État après une réunion du Comité Central exceptionnellement consacrée à la relance économique où le chômage des jeunes tenait une place particulière, éclaire sans ambiguïté une inquiétude des pouvoirs publics dans une situation socio-économique préoccupante.
Pertes sèches des ménages, morosité de l’opinion et absence de réformes structurelles.
Au Bureau Politique tout le monde a conscience que les ménages chinois ont subi une perte massive de richesse en raison de la crise du marché immobilier, estimée à environ 18 000 milliards de dollars par une note de septembre rédigée par les experts économistes de Barclays. En d’autres termes, dit la note, c’est comme si chaque ménage de trois personnes avait perdu environ 60 000 dollars, soit près de cinq fois le produit intérieur brut annuel par habitant.
Pour autant, s’il est vrai que les mesures de relance attendues signalant une réactivité rassurante de l’appareil au ralentissement de l’économie, ayant généré un bond de 18,5% de la bourse de Shanghai entre le 24 et le 30 septembre, il reste que les dysfonctionnements structurels demeurent.
La croissance chinoise tirée par l’investissement depuis des décennies est dans une « impasse » ajoute Logan Wright, responsable des marchés boursiers chinois chez Rhodium Group. Les réformes fondamentales et notamment une meilleure redistribution de la richesse vers les ménages sont nécessaires pour rééquilibrer l’économie vers un modèle de croissance durable, plus articulé à la consommation.
Après la soudaine hausse des marchés de la fin septembre, provoquée par la relance de la Banque Centrale la plupart des experts étaient sur la même ligne.
En substance : « Alors que la société chinoise affiche depuis longtemps l’un des taux d’épargne les plus élevés au monde, des relances financières et des aides ponctuelles en espèces et subventions ne peuvent stimuler la consommation qu’à court terme. » (...)
« Afin qu’elle soit durable, une protection sociale et des soins de santé solides sont nécessaires pour que les ménages chinois se sentent à l’aise et puissent dépenser davantage à long terme, en particulier après l’effondrement du secteur immobilier, dans lequel la plupart des Chinois investissent. »