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Visite de Li Keqiang au Japon. Les lignes bougent-elles ?

Après le sommet trilatéral Pékin, Tokyo, Séoul du 9 mai, Li Keqiang a effectué en visite officielle au Japon jusqu’au 12 mai, à l’invitation de Shinzo Abe.


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D’une durée de 3 jours, la visite officielle de Li Keqiang au Japon, la première depuis 7 ans, a coïncidé avec la rencontre tripartite du 9 mai entre Tokyo, Pékin et Séoul dont le rythme annuel était interrompu depuis décembre 2015 à la suite des refroidissements entre Pékin et Tokyo autour de querelles de souveraineté sur l’îlot Senkaku (Diaoyu Tai en Chinois). Confirmant un dégel des relations diplomatiques en Asie du nord-est, le sommet à trois marqua aussi la première visite d’un président sud – coréen à Tokyo depuis six années.

L’accélération des contacts a été favorisée par les changements rapides des relations de Pyongyang avec Pékin et la perspective du sommet Trump – Kim Jong-un à Singapour, le 12 juin. Si les trois se sont une nouvelle fois accordés sur l’objectif de « dénucléariser » la péninsule, ils ne sont pas parvenus à un consensus sur le rythme du processus.

Ce désaccord entre le Japon intransigeant véhiculant la philosophie de Washington prônant le préalable d’un démantèlement complet et irréversible et, d’autre part, les vues de Pékin à qui Séoul semble emboîter le pas, partisan de négociations longues et progressives , marqué par des concessions réciproques par étape, trace déjà les prémisses d’une fracture en amont de la rencontre de Singapour.

D’autres désaccords à peine voilés ou déjà exprimés par Pyongyang sont aussi accumulés au grand jour ou sous la surface. Enfin, à l’heure de la mise en ligne de cette note, la crispation de Pyongyang qui se raidit après l’annonce des manœuvres des forces conjointes en Corée du sud, remet en cause la rencontre de Singapour. (Pour la détails voir la note de contexte).

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Le point d’orgue de la visite officielle de Li Keqiang à Tokyo – 11 années après celle de Wen Jiabao qui suivait celle de Shinzo Abe en Chine les 8 et 9 octobre 2006, lors de son précédent mandat (lire : Relations Chine-Japon. Les non-dits de l’irrationnel.) fut, sans conteste, la ferme volonté du premier ministre japonais qui joua de l’émotion suscitée par les souvenirs du passé de réconciliation, d’ouvrir la voie à un apaisement des tensions alors que les relations du Japon avec les États-Unis sont passablement brouillées.

Une fêlure dans la relation Washington - Tokyo.

La rebuffade tarifaire infligée au Japon par D. Trump a laissé des traces. Tokyo a en effet été traité comme la Chine, alors que Washington protège ses alliés Européens, Canadien, Sud-coréens, Mexicains et Brésiliens.


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La première cause des agacements réciproques entre Tokyo et Washington est sans doute l’obsession du déficit commercial de la Maison Blanche taxant les exportations japonaises d’aluminium et d’acier autant que les chinoises quand l’Union européenne, l’Australie, le Brésil, le Canada, le Mexique, la Corée du sud et le Canada bénéficient de mesures d’exemption.

Même s’il est probable que l’ostracisme de Trump à l’égard du Japon sera probablement atténué par des négociations tarifaires en cours entre le vice-président Mike Spence et le vice-premier ministre Taro Aso, il n’en reste pas moins vrai que la rebuffade infligée à Shinzo Abe lors de son voyage à Washington en avril a laissé des traces. Lire : Le brouillard stratégique de la relation Tokyo – Pékin – Washington.

Autre incertitude japonaise : en dépit de la promesse de la Maison Blanche d’évoquer à Singapour avec Kim Jong-un la question des Japonais enlevés par les Nord Coréens dans les années 70 et 80, Tokyo reste inquiet que la rapidité des changements survenus dans la relation Pyongyang – Washington n’entraîne des concessions américaines menaçant les intérêts de sécurité de l’archipel. A Tokyo on craint en effet que l’intransigeance de Trump à propos des missiles balistiques intercontinentaux nord-coréens passe par pertes et profits la menace posée par les armes à portée intermédiaire de Pyongyang, ayant plusieurs fois survolé Hokkaido en 2017 (29 août, 15 septembre).

Enfin, la brutalité de la volte-face nord-coréenne et la réaction immédiate de Trump ont pris à contrepied la posture intraitable de Tokyo échaudé par la permanence de la menace et dont la stratégie reste articulée à la prudence et aux sanctions (le premier survol de l’archipel par un missile Taepodong-1 date de 1998).

En fond de tableau pourtant, la crainte de l’opinion d’un glissement fatal vers une guerre entraînée par l’alliance avec Washington. En janvier 2018, un sondage révélant que 85,5% des personnes interrogées disaient craindre un enchaînement catastrophique, jetait une lumière crue sur les inquiétudes et le malaise stratégique pesant à Tokyo.

Tel est le contexte des ambiguïtés et des contradictions, en partie générées – mais pas seulement - par l’imprévisibilité de D. Trump, entourant le dialogue Washington-Tokyo mais dont les stratèges japonais savent bien qu’au-delà de l’affichage des rigidités tarifaires et de l’intransigeance stratégique, les États-Unis sont en même temps animés par la volonté dictée par le poids de la réalité chinoise, de protéger leur relation avec Pékin.


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