›› Editorial
Abandon du rite de la conférence de presse de clôture.
S’il est vrai que la traditionnelle conférence de clôture par le Premier Ministre a été abandonnée, l’appareil a organisé des conférence « sectorielles ». Ici celle du Ministre des Affaires étrangères Wang Yi, membre du Bureau politique, le 7 mars. (Photo Xinhua /Wang Yuguo). A cette occasion Wang Yi a fait passer deux messages. 1) La Chine continuera à promouvoir le « Sud Global » en Afrique, en Asie et en Amérique Latine comme force indépendante pour reformer l’ordre international. 2) Le renforcement des BRICS est un facteur global de paix et de justice.
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Sous l’œil vigilant du très madré Deng Xiaoping, la tradition de se livrer aux questions de la presse mondiale avait été inaugurée par le très conservateur premier ministre Li Peng en mars 1988, tout juste quinze mois avant la répression contre les manifestants pro-démocratie de Tian An Men.
Le premier exercice eut lieu au milieu d’une forte tension interne avec le Président Zhao Ziyang successeur de Hu Yaobang en 1987, tous deux ouverts à l’idée d’assouplir les contraintes politiques internes, contre Li Peng qui s’y opposait.
En 1990, moins d’une année après la répression, surmontant l’inconfort de son impopularité, Li Peng recommença l’exercice avec le souci d’affirmer la cohésion de l’appareil, malgré les claires dissensions internes entre progressistes libéraux partisans de l’ouverture politique et conservateurs promoteurs de la prévalence sans partage de l’appareil.
Avec une indéniable constance, Li Peng perpétua le rite chaque année. Devenue une institution en 1993, la conférence entretenait une promesse d’ouverture et, en dépit de la pesante langue de bois, offrait, grâce aux rafales de questions critiques, une fugace mais réelle occasion aux observateurs de scruter les entrailles opaques du régime.
Dans un article du 7 mars 2024, paru dans Nikkei Asia deux jours après l’annonce de la suppression de la conférence de presse, Katsuji Nakazawa rappelle qu’à la première conférence en 1988, Li Peng avait révélé la ferme condamnation chinoise à l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS en 1979 « Nous avons appelé les dirigeants Moscou à retirer toutes leurs troupes d’Afghanistan…Nous espérons qu’ils se conformeront à notre demande ».
Zhu Rongji fut avec Hu Yaobang et Li Keqiang, l’un des premiers ministres les plus ouverts. Successeur de Li Peng en 1998, il excellait dans l’exercice et contribua beaucoup, par son parler direct lors des conférences de presse, à l’amélioration de l’image internationale de la Chine.
Fond de tableau d’une période de vaches grasses commencée en 2001 avec l’entrée de la Chine à l’OMC, l’ouverture d’esprit de Zhu, 96 ans cette année, et son aisance face aux journalistes, contribuèrent sans conteste à la confiance entre la Chine et l’Occident en 1998 et 2003.
Son successeur, Wen Jiabao, admirateur de Hu Yaobang (lire : L’obsédant héritage de Hu Yaobang) continua la tradition sans faiblir jusqu’en 2008, suivi par Li Keqiang, lui aussi convaincu que les efforts de transparence, même contraints par l’appareil, améliorent l’image de la Chine et contribuent à l’apaisement international (lire : Décès de Li Keqiang. Disparition d’un réformateur compètent et discret, marginalisé par Xi Jinping).
Très populaire, décédé le 27 octobre 2023, à seulement 67 ans, Li Keqiang, était, dans ses rapports avec l’Occident et à la vérité des faits, à l’exact inverse de la propagande crispée assez souvent vindicative de Xi Jinping. Il fut aussi le dernier premier ministre à promouvoir, il est vrai avec un succès mitigé, le rôle original du Premier Ministre nº2 du régime, dans une conception collégiale du pouvoir que Deng Xiaoping avait laissé en héritage.
Une page se tourne.
Pour Nakazawa, le système chinois se referme et retourne aux opacités des années quatre-vingt. Et il est illusoire de croire que l’annulation de la conférence de presse pourrait n’être que temporaire.
La réalité est que l’esprit de propagande et d’occultation dont on se souviendra qu’à l’automne 2019, il était allé jusqu’à cacher les premiers cas de Covid-19 à Wuhan, répugne à se confronter aux questions directes de la presse au moment où, faute de réformes de fond, la croissance faiblit au milieu d’une collection de déboires.
Ces derniers vont du chômage des jeunes dont les statistiques ne sont plus publiées, à la faillite de certaines collectivités locales incapables de payer leurs fonctionnaires, en passant par la plus sévère crise du secteur immobilier de l’histoire récente.
Enfin, la page tournée est aussi celle de la collégialité oubliée au profit de la toute-puissance de Xi Jinping pour qui le Premier Ministre n’est plus qu’un apparatchik parmi d’autres. Elle est aussi celle de l’abaissement du rôle du Conseil des Affaires d’État dont depuis 2012, le domaine d’action est progressivement grignoté par Xi Jinping.
