›› Editorial
Xi} Jinping et Donald Trump dans les jardins de Zhongnanhai, résidence des Président chinois, le 15 mai dernier. (Photo : Reuters). Le 16 juillet, trois mois après cette très conviviale séquence de « diplomatie des jardins », D Trump qui semblait préparer une explication à un revers électoral aux élections de mi-mandat en novembre, accusait la Chine d’avoir interféré dans les élections de 2020. Xi Jinping, qui venait d’adresser le 4 juillet un message de félicitations à D.Trump à l’occasion de la fête d’indépendance, n’a personnellement pas réagi à la diatribe, placidement démentie par le Waijiaobu qui a exhorté D.Trump à s’investir de manière plus positive et plus responsable pour la stabilité des relations bilatérales.
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S’il fallait des preuves qu’au-delà du récent discours de D.Trump accusant avec insistance Pékin d’interférence dans les élections américaines, la Chine et les États-Unis ont tous deux pris conscience que l’escalade obstinée des tensions entre les deux, attisées par des incriminations verbales ou d’incessants défis de posture militaire - (Cf : https://www.questionchine.net/tir-inedit-d-un-missile-intercontinental-a-partir-d-un-snle-un-defi-a-l-amerique , porte, autant pour la Chine que pour les États-Unis, le risque majeur d’une déflagration militaire désastreuse, il suffirait de s’intéresser à l’envers des cartes des déclarations péremptoires de Donald Trump.
Le 16 juillet,ce dernier qui semblait vouloir justifier par anticipation un déboire aux élections de mi-mandat de novembre, affirma depuis son bureau de la Maison Blanche, sans nouvelles preuves substantielles directes, que « Le gouvernement chinois voulait que le président américain perde la prochaine élection ».
Il ajoutait que la probable manœuvre d’intrusion des Chinois dans les élections à venir serait une riposte aux dévoilements par l’Amérique de leurs cyber-interférences ; une rétorsion à la suite de ses droits de douanes d’abord exorbitants infligés à la Chine au printemps 2025, https://www.questionchine.net/face-a-la-chine-trump-perd-la-premiere-manche ; et une réaction de crainte face à la puissance militaire américaine construite par lui. (Voir en Annexe ce que disent les renseignements américains des ingérences chinoises dans les élections américaines.)
« S’ils veulent que je perde les élections, c’est parce qu’ils savent que je les ai démasqués ; que je leur avais imposé des droits de douane se chiffrant en milliards de dollars et que j’ai mis sur pied l’armée la plus puissante au monde. »
Au passage rappelons qu’au printemps 2025 au milieu de l’escalade douanière aux parfums de nationalisme exacerbé, des chercheurs chinois qui, d’abord, ne furent pas écoutés, avaient commencé à explorer le chemin d’un nécessaire apaisement avec Washington.
« Les autorités chinoises ne disent pas la vérité. La réalité est que l’appareil s’angoisse d’un choc économique majeur. » (…) « Si les droits de douane de 145% restaient en vigueur, l’ensemble de notre commerce extérieur serait considérablement impacté, entraînant des pertes d’emplois massives et de probables troubles sociaux, mettant la légitimité du gouvernement en péril ».
Ces réflexions internes déjà vieilles de plus d’un an sont à la racine du récent rameau d’olivier offert à D.Trump par Xi Jinping.
Alors qu’aux accusations de Trump le porte-parole du Waijiaobu n’a opposé qu’un démenti placide (1) qui se terminait en exhortant Washington à s’impliquer « de manière plus constructive pour les relations sino-américaines » , le Président chinois venait, tout juste douze jours plus tôt, de donner la preuve que lui-même avait abandonné le terrain des polémiques de la rivalité stratégique pour envoyer à Washington un étonnant signal de sa volonté d’apaisement.
Le geste d’amitié de Xi Jinping et les démentis apaisants de l’administration américaine.
Le 6 juillet, la porte-parole Mao Ning confirmait que Xi Jinping avait adressé à D.Trump un message de félicitations à l’occasion du 250e anniversaire de l’indépendance.
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Le 4 juillet le Président chinois a, par le canal diplomatique officiel, fait envoyer un très inhabituel message de félicitations à l’occasion du 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance. Le geste a été publiquement confirmé le 6 juillet par Mao Ning, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.
Le dernier président chinois a avoir pris une initiative aussi amicale fut Jiang Zemin en 2001 qui avait téléphoné à Georges Bush pour détendre l’atmosphère après la collision dans les parages de l’Île de Hainan entre un J-8 de l’armée de l’air chinoise et un appareil d’espionnage électronique américain EP-3 très endommagé qui fut contraint de se poser en catastrophe sur l’île de Hainan. (2)
Pour marquer qu’en dépit des diatribes accusatoires de D.Trump, Washington restait sur le même état d’esprit de la nécessité d’un apaisement, le lendemain, des invectives du Président, un responsable de la Maison Blanche déclarait que les préparatifs de la visite d’État de Xi Jinping prévue à la fin septembre, allaient bon train, en parallèle de la préparation du prochain G-20 à Miami les 14 et 15 décembre 2026.
Au demeurant, D.Trump lui-même, jamais avare de contradictions, n’a pas hésité à exprimer, à sa manière spontanée, déconstruite et relâchée, son état d’esprit articulé à la nécessité d’un apaisement avec la Chine.
Lors d’une réception organisée à New York à l’occasion de la Coupe du monde de football, il est allé jusqu’à suggérer que, la prochaine fois que les États-Unis accueilleront le tournoi, ils se passeraient de leurs partenaires américains (Canada et Mexique) et associeraient plutôt Pékin à l’organisation. « Nous jouerons le tandem Chine-États-Unis, le public adorera. »
Lors du dernier sommet de l’OTAN, les 7 et 8 juillet, moins de dix jours avant sa diatribe sur les ingérences électorales chinoises, et en dépit des craintes exprimées précédemment par les services américains soupçonnant une aide chinoise à Téhéran, (https://www.questionchine.net/chine-iran-contre-l-occident-l-alliance-de-l-agnostique-et-du-martyr) il avait déclaré « Je suis un grand “fan” de Xi Jinping. »
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Au total, les relances amicales de Trump ajoutées à l’effort de convivialité de Xi Jinping exprimé le 4 juillet, après l’accueil fastueux réservé à Pékin au président américain à la mi-mai, avec cependant le souci du régime de s’afficher en partenaire-rival du même statut de puissance que l’Amérique, (https://www.questionchine.net/a-pekin-xi-jinping-imperial-accueille-avec-placidite-les-vanites-et-la-quete-d ) dessinent une relation bilatérale instable.
Elle oscille entre volonté partagée d’un apaisement articulé à la conscience des risques d’une escalade hautement inflammable et précisément l’inconfort stratégique de la persistance des potentiels de crise liés à de profonds désaccord stratégiques.
En d’autres termes, le volontarisme de l’apaisement par le dialogue exprimé par les deux Chefs d’État aux styles radicalement contrastés, (Sommet de 2026 en mai en Chine et à venir de septembre aux États-Unis ; trêve commerciale sur fond d’interdépendance économique et commerciale) est pris en otage par la lourde rémanence des contentieux.
Au désaccord stratégique central à propos de de Taïwan, s’ajoutent la rivalité militaire qui vient de s’exprimer le 6 juillet par le tir balistique à partir d’un SNLE , et la compétition technologique (Terres rares, microprocesseurs, Intelligence artificielle), en parallèle des agacements de D.Trump excédé par l’ampleur persistante du déficit commercial américain face à la Chine. (En 2025, en dépit de sa réduction de plus de 30%, conséquence des droits de douane infligés à la Chine par D. Trump, il se montait encore à 202 milliards de $.)
Notes.
1.- « La Chine adhère au principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays. Nous n’avons aucun intérêt à nous ingérer dans les élections américaines et nous ne l’avons jamais fait. »(…) « Nous exhortons les États-Unis à réfléchir à leur propre comportement, à cesser de diffamer la Chine… et à agir de manière plus constructive pour les relations sino-américaines. »
2.- Le 1er avril 2001 à proximité de Hainan, la collision entre un J-8 de l’armée de l’air chinoise et un avion espion EP-3 de surveillance électronique avait provoqué la perte du chasseur chinois dont le pilote avait disparu en mer, et gravement endommagé l’avion espion américain qui avait été contraint de se poser en catastrophe sur l’Île de Hainan.
Les 24 hommes de l’équipage de l’EP-3 avaient été libérés le 11 avril 2001 après des excuses de la Maison Blanche pour le décès du pilote. Quant à l’EP-3, qui avait été entièrement démonté, il n’avait été restitué que le 1er juillet 2001 et transporté en pièces détachées aux Etats-Unis à bord d’un avion-cargo géant Antonov 124.
