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20e sommet Chine – Europe à Pékin. La marginalisation de l’Union

Note de Contexte.
Le projet du viaduc de Moraca.

Avec son gros œuvre de puissants piliers déjà terminés dominant un vallée encaissée à 13 kilomètres au nord de Podgorica, la capitale du Monténégro et à 55 km à vol d’oiseau du port de Bar situé à l’entrée de l’Adriatique, le viaduc de Moraca sur l’autoroute vers la Serbie en cours de construction par la Chine, est au cœur d’une controverse dont les termes sont connus.

Alors que les experts de l’UE, du FMI et les investisseurs traditionnels, banques privées et publiques, doutent de la rentabilité du projet et de la solvabilité de Podgorica, les financiers chinois soutenant la « China Road and Bridge Corporation (CRBC) – 中国路桥公司 – zhongguo luqiao gongsi - », le maître d’œuvre public et un des plus puissants groupes de construction du monde, affirment, non sans raisons, que la nouvelle route et ses ouvrages d’art dans un terrain très accidenté, financés par des fonds publics et privés, partie de « routes de la soie », serait à la fois utiles et rentables à terme.

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Adopté en mars dernier, sur le mode (Built Operate and Transfer – BOT-) d’une concession accordée à la compagnie chinoise qui l’exploitera durant 30 ans pour le rentabiliser à son profit avant de le restituer, le projet, disent les Chinois et les autorités de Podgorica, porte un potentiel de désenclavement de la Serbie et de cette partie de l’ouest des Balkans où voisinent l’Albanie et tous les États de l’ex-Yougoslavie.

Le président Milo Djokanovic, au pouvoir presque sans interruption depuis un quart de siècle, promoteur infatigable du projet, espère que, grâce aux flux commerciaux qu’il générera, le nouvel axe apportera un élan économique à la partie encore très arriérée du pays limitrophe de la Serbie. Sans compter que l’autoroute dont tout le monde parle au Monténégro renvoyant à la mémoire de Tito, lui aussi adepte des « grands ouvrages » socialistes, est vu au somment de l’État comme un stimulant de la popularité du président.

L’implication de la Chine fait suite à plusieurs études de faisabilité toutes négatives par la société française Louis Berger au profit du gouvernement et par l’américain URS pour le compte de la Banque européenne d’investissements.

Selon eux, le trafic estimé inférieur d’au moins deux tiers à celui nécessaire pour générer des ressources rentabilisant le projet par péage, créerait d’importants déficits obligeant le gouvernement à s’engager lui-même pour des sommes allant de 35 millions à 77 millions de $, dans le pire des cas. Avant ces études, incapables d’apporter des garanties bancaires fiables, un consortium croate et un autre grec allié aux Israéliens avaient déjà jeté l’éponge.

La Chine s’implique à sa manière.

Ayant en tête d’autres priorités que les simples facteurs de rentabilité économique, l’Exim Bank chinoise 进出口银行 - Jin Chukou Yinhang - a recruté des universitaires monténégrins pour conduire des contre-études dont le détail n’a pas été publié, mais qui, à l’inverse des enquêtes précédentes, jugèrent le projet viable.

Pour Dejan Milovac, spécialiste des enquêtes sur la corruption cité par Reuters, « il ne fait pas de doute que les donnée utilisées par le ministère des transports pour justifier la construction de l’autoroute étaient fabriquées ».

Au Monténégro et en Serbie où la compagnie chinoise construit le tronçon nord de l’autoroute, les autorités nient la fraude et affirment que, contrairement à ce que pensent les sceptiques, le projet produira des bénéfices sociaux et économiques de long terme. « Certains investissements » dit Zorana Mihajlovic, la première ministre serbe, « pourraient ne pas être économiquement justifiables à court terme, mais il n’empêche qu’ils sont stratégiquement importants ».

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Il est un fait que les six pays de l’ouest des Balkans (Albanie, Bosnie, Kosovo, Macédoine, Monténégro et Serbie), entourés de membres de l’UE souffrent d’un déficit chronique d’investissements ayant tenu la région dans un état économique fragile, tandis qu’échaudé par les difficultés de l’élargissement Bruxelles a retardé leur entrée dans l’UE.

Dans ce contexte, d’autres puissances en recherche d’influence comme la Turquie et la Russie ont tenté de combler le vide.

La plus active fut la Chine, agissant dans la région par le truchement de son projet 16 + 1, ciblant depuis 2012, 16 pays d’Europe Centrale et Orientale. L’ouest des Balkans positionnée sur le flanc sud de l’Europe et limitrophe de la Servie, vieille alliée de la Chine dans la région, constitue à ce titre une cible d’investissements privilégiés dont l’arrière-plan dépasse les simples intérêts économiques.

Mais les 809 millions d’€ couvrant 85% du coût de la première tranche des travaux prêtés par la Chine au taux de 2% sur vingt ans avec un début de remboursement en 2024, finançant un projet où s’activent plus de 2000 chinois formant 2/3 de la main d’œuvre du chantier, constitueront une charge considérable, dit Reuters, pour l’équilibre financier du petit État à seulement 620 000 habitants.

Plus encore, se lamentent les critiques, aux termes du contrat signé par le Monténégro, CRBC a réussi à imposer qu’en cas de litige commercial le droit d’arbitrage reviendrait à un tribunal chinois, tandis que les matériaux et équipements importés au titre de la construction ont tous été exemptés de taxes. En attendant, comme il fallait s’y attendre puisque les contrats ne leur fixent aucune limite, les coûts augmentent.

Selon une société d’expertise américaine qui analyse les implications financières des projets des « nouvelles routes de la soie », le Monténégro fait partie des pays dont la situation est devenue vulnérable aux influences chinoises avec Djibouti, les Maldives, le Tadjikistan, le Kirghizistan et le Pakistan.

Pourtant, le premier ministre Markovic affirme que les ¾ du projet restant à financer à hauteur 1,2 Mds de $ seront menés à bien coûte que coûte, et qu’il entend bien approfondir la coopération avec la Chine, avec des projets touristiques et la construction de barrages.

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Après ce tableau décrivant par le menu les stratégies chinoises à l’origine des lamentations européennes regrettant l’augmentation de l’influence chinoise au sein de la Vieille Europe, une réflexion vient à l’esprit.

Tant que Bruxelles et la bureaucratie européenne n’auront pas compris que la situation globale est en train de glisser hors du paradigme du droit pour entrer dans celui de l’influence culturelle éventuellement appuyée par la force, l’Europe qui n’a déjà plus grande pertinence stratégique, court le risque de disparaître sur l’échiquier des rapports de forces.

Aussi longtemps que la mise en valeur de régions aussi importantes culturellement et stratégiquement que les Balkans ne sera laissée qu’à l’appréciation des comptables, incapables de percevoir les implications ultimes de leurs calculs, les vieilles nations européennes courent le risque d’avoir à assister immobiles aux puissantes intrusions de Pékin dont l’objectif à long terme est une mise aux normes de leurs zone d’influence à l’aune des « caractéristiques chinoises ».


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