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›› Chronique

A Hong-Kong, « Un pays deux systèmes » aux « caractéristiques chinoises. »

Les efforts du gouverneur Lee pour restaurer la magie envolée du Territoire.

Volontariste, le gouverneur Lee a tenté de réagir en organisant une campagne baptisée « Ambiance Nocturne 香港夜缤纷 – mot à mot « Nuits colorées de Hong Kong ») ». Ponctuée par un impressionnant, très spectaculaire et très couteux feu d’artifice à plusieurs millions de $ de HK, l’événement célébrait la fête nationale du 1er octobre.

Sur les réseaux sociaux, les critiques grincheux et nostalgiques ont fustigé le manque de spontanéité des « réjouissances forcées » et longuement épilogué sur la malencontreuse couleur blanche des lions, vedettes des cérémonies.

Connus dans la tradition populaire du sud comme les « Lions du deuil », ils ont suscité les moqueries acides des jeunes internautes qui glosèrent sur les « bons vœux funéraires - 良好的葬礼祝愿 » du Gouverneur Lee qui considérait néanmoins que les festivités furent un succès. « Au moins 460 000 touristes du Continent ont visité la R.A.S ».

Ce qui fait dire aux critiques qui n’ont pas tort, que la place de Hong Kong est passée du statut de centre d’affaires et de distraction international, à celui d’une excroissance touristique et affairiste de la Chine. Le 3 novembre, sur CNN en ligne, Chris Lau, journaliste engagé dans la mouvance démocrate écrivait « La ville qui ne dormait jamais a commencé à s’assoupir. » (…)

En arrière-plan pèse la nouvelle ambiance politique de la Loi sur la sécurité nationale puissante arme dissuasive du gouverneur Lee. « Dans les bars ou les restaurants, les clients savent désormais – on ne sait jamais qui écoute – qu’il est prudent de s’autocensurer. » (…) « Autant rester à la maison pour discuter en toute sécurité », dit un des nombreux Hong-Kongais qui ont quitté la R.A.S, cité par Chris Lau.

Mais le télescopage le plus spectaculaire et le plus édifiant entre le foisonnement libertaire post-moderne de Hong Kong et le conservatisme corseté de l’appareil, a eu lieu au moment où, conjointement avec la ville mexicaine de Guadalajara, la R.A.S a organisé du 3 au 11 novembre les premiers jeux « Gay » asiatiques.

Le 10 novembre, la veille de la clôture des jeux, le Financial Times titrait « Hong-Kong teste la tolérance de la Chine »

Les premiers « Jeux Gay » d’Asie, un « test » édifiant de la tolérance de Pékin.

On aurait cependant tort de croire à une controverse « binaire ». Sur ces sujets « sociétaux », Pékin, affiche en effet une tolérance mesurée, acceptant les homosexuels, mais rejetant « le mariage gay ».

Le jour de l’ouverture des jeux, Regina Ip, présidente du Conseil Exécutif du Territoire, et membre du Legco, contrôlé par Pékin, a tenu à saluer la première organisation de l’événement en Asie comme un « témoignage fort de la diversité, de l’inclusion et de l’unité de Hong Kong ». Mais alors qu’on attendait un rejet de Pékin, les critiques sont d’abord venues des milieux les plus conservateurs de la R.A.S.

Junius Ho, avocat et législateur connu pour ses convictions antigay a exhorté Ip à ne pas assister à la cérémonie d’ouverture déclarant même que les jeux pouvaient constituer une menace pour la sécurité nationale, risquant « d’empoisonner » la jeunesse. « Nous pouvons sympathiser avec la communauté LGBT+, mais cela ne signifie pas que la majorité d’entre nous doit approuver un comportement aussi anormal ».

La polémique au sommet a mis en évidence la position délicate de la R.A.S qui s’efforce de rester libérale et ouverte à la modernité LGBT- un des rares domaines où, selon le Barreau, les juges libéraux peuvent encore rendre leurs verdicts « relativement librement », alors même qu’ailleurs leur indépendance est parfois sévèrement bridée par la loi sur la sécurité nationale -, tandis que le Continent qui autorise officiellement l’homosexualité, la réprime dans les faits.

A l’occasion et si nécessaire, la répression des homosexuels croise celle des dissidents politiques. Sur le mode de l’intimidation et harcèlement, elle fait peser, sans toujours l’exprimer dans les verdicts, la menace des longues peines de prison pour atteinte à la sécurité de l’État.

Ainsi Jimmy Sham, 36 ans, militant pro-démocratie, un des organisateurs des manifestations monstres contre la loi sur l’extradition en 2019 et défenseur de la communauté LGBT, lui-même marié à un stewart, élu en 2019 au Legco représentant du district de ShaTin, contre un député pro-Pékin, a été disqualifié l’année suivante avec trois de ses collègues députés.

Début janvier 2021, Sham faisait, avec Raymond Chan, 51 ans, avocat gay, partie des 47 activistes pro-démocratie arrêtés (30 hommes et 17 femmes âgés de 23 à 64 ans) accusés de subversion, aux termes de la nouvelle loi sur la sécurité nationale, puis relâchés le 7 janvier.

Alors que l’alchimie de refuge politique du Territoire articulée au libéralisme de la « Commun Law » britannique, est sérieusement ébranlée, les exemples expriment les priorités politiques de l’appareil dans la R.A.S.

Dessinant les nouvelles limites des « Deux systèmes » revus à l’aune des « caractéristiques chinoises », elles laissent libre cours aux affaires et aux réformes sociétales, devenues la marge de respiration minimum des juges du Territoire, y compris contre la mouvance conservatrice qui lui est proche, mais surveille sans faiblir le possible retour d’une contestation de son pouvoir par la pensée démocratique.


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