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›› Politique intérieure

À la mémoire de Fang Lizhi

L’exigence d’ouverture politique appuyée par l’étranger.

Le 9 avril, le Global Times, 全球时报 - Quanqiu shibao -, surgeon du Quotidien du Peuple, publiait un éditorial qui tentait de démontrer la vanité des dissidences contre le Parti. Dans un étrange amalgame, qui passait sous silence le fond de la question, marquée par l’opposition arc-boutée des conservateurs à toute réforme politique, toujours au cœur des luttes de pouvoir à Pékin, il assimilait Fang Lizhi au Dalai Lama, les accusant tous les deux d’être les complices d’illusoires tentatives occidentales visant à freiner la montée en puissance de la Chine.

L’argument spéculait sur l’influence globale de Pékin, aujourd’hui sans commune mesure avec celle du passé, qui rendait toute opposition depuis l’étranger inopérante, tandis que la situation de politique intérieure avait créé suffisamment d’espace pour que les critiques s’expriment au sein des lois existantes, sans avoir recours à l’appui de l’étranger.

L’article concluait : « Les dissidents qui s’appuient sur l’étranger seront de moins en moins acceptés par la société chinoise à mesure que se développe la compétition avec l’Occident (…). Le pouvoir et les mérites d’une personne isolée seront amplifiés et valorisés seulement si elle contribuait à la renaissance de la Chine, sans quoi elle galvauderait sa vie et son talent ».

Ces prises de position fortes, très antioccidentales, au style légèrement plus agressif dans la version chinoise, évoquant « ceux qui fuient à l’Ouest pour sauver leur peau », paraissent dans un journal semi officiel, alors que la Chine est, à l’intérieur, placée sous la contrainte d’une réforme politique fortement contestée par le clan des conservateurs, et prônée avec une certaine véhémence par le Premier Ministre sortant, Wen Jiabao, dont le mandat vient à échéance dans six mois.

Il n’est pas anodin de rappeler que cet appel à l’ouverture a, comme par le passé, adopté une référence étrangère. Cette fois, il s’est appuyé sur le très officiel rapport de la Banque Mondiale. Signé conjointement par le Président américain de la Banque, Robert Zoellick et par le Centre de recherches du gouvernement chinois, il ciblait avec précision l’origine des freins aux réformes, enkystés dans l’enchevêtrement des pouvoirs financiers, industriels et politiques.

La mémoire de Fang Lizhi, décédé le 6 avril à l’âge de 76 ans, rappelle qu’il y a presque un quart de siècle, les luttes internes au Parti se développaient déjà autour du même objectif politique de l’introduction en Chine de la démocratie. Mais, à l’époque, les avocats du changement et d’une nécessaire souplesse du Parti, qu’ils s’appellent Hu Yaobang, Qiao Shi, Zhao Ziyang, Fang Lizhi, et beaucoup d’autres n’avaient pas voix au chapitre et avaient été éliminés du pouvoir.

Aujourd’hui, le rapport de forces ne s’est pas complètement inversé, mais il s’est au moins rééquilibré. Les réformateurs sont encore étroitement surveillés, mais le prix pour les écarter complètement de la direction de la Chine devient de plus en plus élevé.


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