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›› Politique intérieure

Cai Qi, la « main droite » de Xi Jinping nommé à la tête du cœur idéologie de la Chine

Cai Qi en 2018. A l’époque, nº1 du Pari à Pékin il avait été critiqué pour la brutalité avec laquelle il avait fait évacuer les migrants sans abri de la capitale.


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Le 5 juin dernier, le Président Xi Jinping a fait approuver par le Comité Central la nomination à la tête de l’École Centrale du Parti, 中共中央党校de Cai Qi, 蔡奇, 71 ans, nº5 du Comité Permanent, son zélateur le plus dévoué (lire la biographie succincte de Cai dans la liste du Bureau Politique : Membres du 20e Bureau politique).

Succédant à Chen Xi 陈希, 73 ans, ancien nº1 du département de l’organisation du Parti, qui tenait le poste depuis 2017, Cai est un fidèle inconditionnel de Xi Jinping.
Promu par lui, il fut nº1 du Parti à Pékin de 2017 à 2022, avant de prendre lui aussi la tête en 2022 de la structure stratégique de l’Organisation du Parti qui contrôle toutes les ressources humaines de l’appareil.

Sa proximité avec le Président qui date de leur expérience commune au Fujian dans les années 90 et à Hangzhou de 2003 à 2007, est à l’origine d’une accélération spectaculaire de sa carrière depuis 2014.

Appelé à Pékin par Xi Jinping, alors qu’il n’était que vice-gouverneur du Zhejiang à cette époque dirigé par Li Qiang, l’actuel premier ministre, il devint en 2014, le nº2 de la Commission de la sécurité nationale du PCC. Trois ans plus tard il était nº1 du parti à Pékin (2017-2002).

Preuve de la confiance sans réserve et des faveurs que lui accorde Xi Jinping, dès 2017, il entrait au Bureau Politique au 25e rang, alors qu’il n’était pas membre du Comité Central.

Cinq ans plus tard, lors du 20e Congrès, en 2022, l’anomalie était réparée. Non seulement il entrait au Comité Central, mais gagnait vingt places au Bureau Politique pour intégrer le Comité Permanent au 5e rang, immédiatement derrière Wang Huning l’inamovible idéologue de l’appareil (lire : Membres du 20e Bureau politique).

En 2023, à peine entré au Comité Central par la grâce du rattrapage de Xi Jinping, il prenait la tête de son Bureau des Affaires générales, en charge des opérations quotidiennes de l’appareil, devenant ainsi la main droite de Xi Jinping dans la conduite des affaires courantes du Parti.

Signalant la confiance tous azimuts que lui accorde Xi Jinping, durant son mandat à la tête de la mairie de Pékin, il eut à superviser à la fois la réaction de la ville à la pandémie de Covid-19, les projets de décentrement des structures administratives vers Tongzhou à l’Est, la construction du nouvel aéroport de Pékin à Daxing aux dimensions colossales inauguré en 2019, la préparation et la conduite des JO d’hiver en 2022 et la mise en route du projet « Xiongan », de délocalisation à 100 km au sud, dans le Hebei, d’une partie des structures surencombrées de la capitale.

Au passage, le projet d’une « capitale jumelle » qui vise à réduire la pollution a aussi le but d’évacuer de Pékin - ce que certains reprochent à Cai Qi critiqué pour sa brutalité - la foule des migrants qui s’agglutinent à la périphérie du monstre urbain de 22 millions d’habitants qu’est devenu Pékin.

Sur le projet Xiongan, lire : Xiongan la sœur jumelle de Pékin, nouveau grand défi de l’urbanisme chinois. Un enjeu socio-économique et politique pour Xi Jinping & sur l’aéroport de Daxing : Le très beau et très vaste nouvel aéroport de Daxing.

En observant le style politique de Cai Qi on perçoit une dissonance qui tranche par rapport au comportement habituel plus discret des cadres de haut rang. L’homme est d’abord l’ombre omniprésente de Xi Jinping, y compris lors de tous ses voyages à l’étranger dont il contrôle le programme et la sécurité, au point que ses critiques l’ont désigné comme « Le Grand eunuque de l’Empereur ».

Il est aussi son représentant désigné lors de cérémonies officielles à forte portée symbolique, notamment aux funérailles de Jiang Zemin dont il a lui-même organisé la dispersion des cendres mêlées de pétales de fleurs à l’embouchure du Yangze, en compagnie de la veuve de Jiang, Wang Yeping, 98 ans, originaire de Shanghai comme son époux défunt.

En même temps, Cai est un acteur politique visible sachant se mettre en scène régulièrement, notamment lors des conférences nationales annuelles des ministères de la propagande 全国宣传部长会议, où, chaque mois de janvier, il prend la parole après l’idéologue Wang Hunning pour exhorter les cadres à rester strictement fidèles à l’orthodoxie de la pensée de Xi Jinping et à en assurer la promotion en Chine et à l’étranger.

Au cœur de ses discours, qui sont autant d’éléments d’une incessante campagne politique à la gloire de Xi Jinping, la promotion d’une pensée positive, l’encadrement de l’opinion publique et la médiatisation des succès économiques du pays notamment dans les secteurs spectaculaires des nouvelles technologies.

A cet effet, il avait en août 2024 organisé à Beidaihe un forum qui réunissait des scientifiques chinois de premier rang des secteurs de l’Intelligence artificielle, de la physique quantique, de l’exploration des fonds marins et de l’aérospatiale.

Lire : La modernisation tous azimuts par « l’Intelligence Artificielle incarnée ». Le défi de rattrapage de puissance de Xi Jinping et la mise en garde de Léon XIV.

Mais la plus grande singularité de la personnalité de Cai se révèle peut-être dans le fait qu’avant sa nomination à Pékin, il était abondamment présent sur les réseaux sociaux où il entretenait un compte WeiBo baptisé « Cai Qi, le Bolchevik -蔡奇, 布尔什维克 ».

Annonçant la couleur de sa « ligne politique dure », il était suivi par plus de dix millions d’internautes à qui, contournant ainsi la bureaucratie rigide et compassée de l’appareil, il diffusait la bonne parole laudative faisant à sa manière singulière la promotion du Parti et de Xi Jinping.

Les immenses défis intellectuels qui attendent Cai Qi.

Début septembre 2025, à la gare de Pékin, Cai Qi représentait Xi Jinping pour saluer Kim Jong-Un venu à Pékin en train accompagné de sa fille Ju Ae pour assister à la grande parade militaire organisée par Xi Jinping le 3 septembre 2025. Derrière Cai Qi le MAE Wang YI.


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En plaçant ainsi un de ses plus fidèles et plus enthousiaste laudateur à l’École Centrale du Parti, creuset de la pensée idéologique et pilier institutionnel du régime en charge de former les cadres dirigeants et de veiller à l’orthodoxie de leur positionnement politique en accord avec les directives officielles du Parti, Xi Jinping assure ses arrières, politiques mais il pourrait dénaturer un des rôles essentiels de l’École.

Il est exact que l’École qui dans le passé fut dirigée par de grandes figures du Parti comme Chen Yun (1938-1941), Mao Zedong (1943-1947), Liu Shaoqi (1948-1953), Qiao Shi (1989-1993), Hu Jintao (1993-2002), ou Xi Jinping (2007-2012) dont la pensée n’a pas toujours été au même degré en phase avec les exigences d’une ouverture politique, a la mission de former et de modeler les élites - haut-fonctionnaires, responsables politiques, membres du gouvernement et dirigeants provinciaux - au moule uniforme de la pensée du Parti communiste.

Mais elle a aussi l’ambition d’être un centre de recherche ouvert, ayant la responsabilité de définir avec le plus de justesse possible les axes de la pensée de l’appareil sur la croissance économique, la gouvernance nationale et locale, la sécurité nationale, la gestion des risques et les embuches des relations internationales aujourd’hui portées au rouge par l’accumulation de crises.

Le défi n’est pas mince.

A l’intérieur, tout en protégeant sans esprit de recul le rôle dirigeant du parti, l’École doit s’efforcer de rester en phase avec les attentes de la société en mutation rapide au milieu des bouleversements spectaculaires de la modernisation et des contradictions d’une croissance en berne marquée par la persistance d’une défiance sociale qui dure depuis 2020, entretenue par une interminable crise immobilière.

Il n’est pas tout à fait certain que Cai Qi dont les qualités premières sont celles d’un organisateur efficace et loyal débordant d’énergie soit le meilleur profil pour naviguer avec souplesse au milieu des vastes contradictions de la Chine, tiraillée entre l’esprit de contrôle social et l’ambition affichée d’ouverture au monde.

Entre l’innovation technologique et l’exigence de tenir rênes courtes les nouveaux géants du numériques ; entre la rigueur budgétaire et l’explosion à venir des gigantesques dépenses sociales et de santé du troisième âge.

Entre l’opulence spectaculaire des grandes capitales régionales comme Shenzhen ou Chongqing et les rémanences de la pauvreté de plusieurs centaines de millions laissés pour compte ; sans compter qu’à l’étranger le parti doit s’exercer à la juste mesure entre son désir de puissance et la défiance qu’il inspire aux marchés européens et américain dont la tendance est de se fermer aux exportations chinoises.

Une chose est sûre en nommant Cai Qi à ce poste, Xi Jinping dont la pensée porte à l’égard des politiques et des militaires une exigence de loyauté absolue, a verrouillé à sa main toute la réflexion politique interne présente et à venir de l’appareil. Comment ? En interdisant la moindre critique des stratégies de l’Appareil par l’École Centrale du Parti dont c’est pourtant le rôle.


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