Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Société

ALIBABA et l’engouement mathématique des jeunes chinois

A gauche Jiang Ping, jeune chinoise de 17 ans, issue de l’enseignement professionnel du Jiangsu, a fait partie des 800 candidats mondialement sélectionnés pour la dernière phase du concours de mathématiques organisé par Alibaba le 22 juin 2024. A droite la Nigériane, Faith Odunsi. En 2021, à l’époque âgée de 15 ans, elle avait remporté le « Global Open Mathematics Tournament », organisé chaque année par le Royaume Uni. Contrairement à Jiang Ping, son cursus scolaire avait emprunté la voie très sélective d’un Collège religieux, au nord de Lagos.


*

L’événement est surtout connu en Chine et dans les pays du Sud Global proche de Pékin, notamment en Afrique.

Chaque année Alibaba DAMO Academy (également connue sous le nom d’Alibaba DAMO Technology), - dont le siège est à Hangzhou – (en chinois : 阿里巴巴达摩院 (杭州) 科技有限公司) organise chaque année une compétition internationale.
Fondé en 2017 par Jack Ma, le programme de recherche scientifique et technologique en ligne, ouvert et transfrontières, est spécialisé dans un très vaste éventail de sciences et techniques, allant de l’intelligence artificielle, aux techniques informatiques de gestion financière, en passant par l’apprentissage automatique et la robotique.

Sans condition d’appartenance à une université d’élite, l’Académie Damo, Chinois 达摩院- référence au moine bouddhiste Bodhidharma, en transcription chinoise 菩提达摩 fondateur de l’École bouddhiste Chan d’influence taoïste - le concours met en compétition des candidats de toutes origines dans les diverses spécialités de mathématiques d’algèbre, de géométrie et de mathématiques appliquées.

Cette année, plus de 800 concurrents du monde entier se sont qualifiés pour la finale du concours 2024, qui s’est tenue le 22 juin, dont les résultats qui constituèrent des surprises pour beaucoup, ont largement été commentés en Chine et dans le Sud Global.

Au milieu des idées généralement admises que les meilleurs mathématiciens du moment sont occidentaux ou russes, assez rarement asiatiques ou africains, la première dissonance fut le rappel que Faith Odunsi, une jeune nigériane à l’époque âgée de 15 ans, élève de l’école chrétienne très élitiste dite « des Ambassadeurs » située à Ota, avait en 2021 remporté le Global Open Mathematics Tournament organisé au Royaume-Uni qui couronne chaque année un ou une « champion(ne) du monde de mathématiques ». (Extrait de Jeune Afrique de janvier 2022).

Fondée en 1998 à 250 km au nord-est de Lagos, par le pharmacien Samson Osewa, cette Institution d’éducation offre, en dehors de son arrière-plan chrétien élitiste, la caractéristique d’être un efficace tremplin assorti d’une bourse d’études vers quelques-unes des plus célèbres universités américaines et anglo-saxonnes.

Baignant dans un système éducatif traditionnel très sélectif, « Faith Odunsi a », disaient les médias nigérians, « battu des étudiants de Chine, des États-Unis d’Amérique et du Royaume-Uni » (…). « Résolvant 19 questions mathématiques en un temps record de 60 secondes, elle était devenue la meilleure étudiante en mathématiques du monde. »

Le succès de Jiang Ping et le retard persistant de l’éducation en province.

La deuxième surprise apparue lors du concours organise en 2024 par ALIBABA fut Jiang Ping, une jeune chinoise de 17 ans arrivée parmi les 800 finalistes autorisés à concourir pour la finale du 22 juin, dont les résultats seront publiés en août.

En Chine, son succès a d’autant plus fait la une des réseaux sociaux que, contrairement à Faith Odunsi, Jiang Ping, étudiant la mode au collège professionnel de Lianshui dans le Jiangsu, au sud du Shandong, n’est pas issue d’une des institutions d’élite du système éducatif chinois, comme Qinghua, Beida, Jiaotong, ou Fudan.

Les internautes n’ont pas manqué de signaler que la modeste étudiante d’une institution de province inconnue avait triomphé des candidats issus de Beida, Qinghua, MIT ou Stanford. Une interview de Jiang publiée sur les réseaux sociaux par Damo Academy, a été gratifiée de plus de 800 000 « likes », accompagnant 90 000 commentaires. La plupart ont exprimé leur étonnement, tandis que certains se demandaient si l’information était réelle.

Dans le Jiangsu, ses admirateurs se sont rendus au domicile de ses parents avec de l’alcool et de l’argent pour montrer leur soutien. Ses photos ont été exposées sur les murs des centres commerciaux de Lianshui. L’Université du Zhejiang et l’Université du Jiangsu l’ont félicitée sur leurs comptes Weibo.

Assez vite, l’épisode a fait resurgir les commentaires sur les inégalités éducatives entre les zones rurales et urbaines et entre les universités d’élite et le tout-venant du système d’enseignement chinois. Jiang Xueqin, que J.P. Yacine évoquait déjà en 2012, dans un article sur la raideur sélective et pourtant nécessaire du Gaokao comme principal moyen de l’égalité des chances (lire : Les affres du Gaokao. L’université entre réformes et tradition), n’a pas changé d’avis.

Vingt-deux ans plus tard, il estime toujours que « les Chinois ordinaires sans pouvoir, sans richesse ou sans “guanxi“, sont irrémédiablement handicapés. » Objectivement, les chiffres montrent que le contraste s’aggrave. Selon une étude de l’Université de Pékin, pour les neuf années de scolarité obligatoire en Chine, qui n’inclut pas le lycée, alors qu’en 2013, les dépenses d’éducation par tête dans les zones rurales n’étaient inférieures que de 2% à celles des villes, en 2019, la différence était de 17%.

Constatant le déséquilibre où, selon le ministère de l’Éducation lui-même 70% des étudiants des écoles professionnelles chinoises sont originaires des zones rurales, Jiang Xueqin ajoute que « le système éducatif fonctionne toujours comme un système de castes ».


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

Nouvelle attaque au couteau, cette fois contre une Japonaise et son fils

Américains poignardés et autocritique de la xénophobie par les réseaux sociaux

Gaokao et chaleurs exceptionnelles

Polémique autour de la culture du travail

Le net chinois et la fraude au semi-marathon de Pékin