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Bataille idéologique et graffitis à Brick Lane

Début août, la capitale britannique a, en quelques jours, été le théâtre d’une offensive en règle de la propagande chinoise et d’une riposte de ses détracteurs, à peine 24 heures plus tard.

L’affrontement a eu lieu par inscriptions interposées sur le mur des graffitis de « Brick Lane » à l’Est de Londres au cours du week-end du 5 août.

Dans ce quartier de vieux brasseurs qui, depuis des siècles accueille et abrite les derniers immigrants, Huguenots français, Irlandais, Juifs Ashkenaze, Indiens et récemment Bangladais, le mur des graffitis s’est soudain couvert de 24 grands caractères chinois exprimant ce que l’exécutif du Parti assimile aux « valeurs fondamentales du socialisme chinois. »

On y distinguait notamment « prospérité : 繁荣 ; harmonie : 和谐 ; patriotisme  : 爱国 ; liberté : 自由 ; égalité : 平等 ; justice : 正义 ; État de droit : 法治 ; démocratie : 民主 ». « Les valeurs » foisonnent dans les discours de l’appareil qui leur donne cependant un sens ajusté et contraint, éloigné de leur définition théorique acceptée par les démocraties.

L’un des exemples les plus flagrants de ce décalage avait été donné en novembre 2013, après le 3e plenum du 18e Congrès du Parti dont les débats sur les questions de haute politique avaient, comme toujours, été tenus secrets.

Il est vrai qu’une année après sa nomination à la tête de l’appareil, Xi Jinping avait laissé entendre que son mandat serait marqué par une vague de libéralisations économiques.

Mais il avait aussi exprimé une profonde méfiance à l’égard des reformes politiques. Avec le recul, il est clair que la plupart des mesures prises au cours de ses douze premiers mois à la tête de l’appareil suggèrent un retour à un mode de pensée fermé, profondément hostile à l’ouverture politique.

La trajectoire était, par exemple, en contraste radical, avec les convictions de Hu Yaobang, révoqué par Deng Xiaoping en 1987, dont le décès, le 15 avril 1989, avait été à la racine des rassemblements sur la place Tian An Men qui aboutirent, moins de deux mois plus tard, à l’intervention, le 4 juin, d’une division blindée de l’APL. Lire : L’obsédant héritage de Hu Yaobang.

Une pensée politique hostile aux « valeurs démocratiques. »

Les signes régressifs de la pensée de Xi Jinping, commencèrent à émerger quand, au fil des discours, l’appareil fut invité à se méfier des « 7 périls politiques 政治危险 » finalement rassemblés dans la Directive nº9 关于当前意识形态领域情况的通报 (note sur la situation idéologique) émise en juillet 2013 par le secrétariat général du Parti qui énumérait les 7 sujets à éliminer des débats politiques « 七个不要讲 ».

Alors que, compte tenu de l’opacité du fonctionnement interne, l’unanimité du Comité Central sur cette question ne peut être attestée, la Directive 通报 glosait sur les risques d’infiltration dans la société chinoise des « Valeurs occidentales » et appelait les membres du Parti à adhérer sans faiblir au principe du contrôle des médias et au « valeurs chinoises ».

Caractérisées comme « anti-chinoises 反华思想 et extrêmement malveillantes 极其意 », « les valeurs occidentales » furent désignées comme « une menace ayant le potentiel d’affaiblir le contrôle de l’appareil sur la société. Il s’agissait des « valeurs universelles : 普世价值, de la liberté de la presse : 新闻自由 ; de la société civile : 文明社会 ; des droits civiques : 公民权利 ; des erreurs historiques du Parti : 党的历史错误 ; des connivences de l’appareil avec les capitalistes : 与资本家勾结 et de l’indépendance de la justice : 司法独立.

L’apparition sur le mur de Brick Lane des « valeurs » revisitées par le Parti en forme de slogans politiques qui, au passage, effacèrent le foisonnement coloré et sauvage des œuvres des artistes de rue de East End, provoqua une réaction prolifique de graffitis critiques ciblant la gouvernance chinoise et les contradictions idéologiques de son discours.


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