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›› Editorial

Chine – États-Unis. Une collision annoncée. Vraiment ?

Quels risques de guerre ?

Constatant l’escalade, nombre d’observateurs se demandent si Washington et Pékin ne se rapprochent pas d’un conflit armé.

Dans un article du 20 juillet, avant même l’escarmouche des consulats, dans le South China Morning Post, Shi Jingtao citant encore Graham Allison, évoquait « l’ombre de Pearl Harbour ».

Déjà, se souvenant d’une récente déclaration de Kissinger à Pékin qui anticipait « presque certainement un affrontement militaire aux conséquences bien plus graves que celles des deux premiers conflits mondiaux », les hypothèses des stratèges fleurissent. Avec en tête deux références.

La première est le paradigme du piège de Thucydide répété par Allison, d’un engrenage inéluctable, marche somnambule vers le désastre, enclenchée par l’apparition d’Athènes, rival stratégique contestant la puissance établie de Sparte.

La deuxième, Pearl Harbour, spécule sur une offensive surprise de la Chine dans le détroit de Taïwan. La référence qui, à Washington, fait surgir l’urgence d’avoir protéger l’Île d’une agression soudaine, alors que l’équilibre des forces dans la zone a clairement basculé en faveur de la Chine, a cependant une vertu.

Après trois ans et huit mois d’une guerre du Pacifique sans merci, l’épilogue catastrophique de l’agression brutale déclenchée par le Japon rappelle opportunément que l’escalade est désormais placée sous la contrainte extrême du risque d’apocalypse nucléaire.

Son premier et plus grand effet baptisé « dissuasion » est de placer d’emblée les hommes face au caractère hautement aléatoire et éminemment risqué, décrit par Clausewitz, du « brouillard de la guerre ».

En somme, l’insistante conscience d’un péril exorbitant favorise le poids salutaire de la raison et tient à distance la montée aux extrêmes. Elle éloigne ainsi la situation de celle de la guerre du Péloponnèse.

Restent les aléas de dérapages possibles et ponctuels en mer de Chine du sud, dans un contexte où une escalade rallierait certainement à Washington, le Japon et la Corée du sud, peut-être les Philippines, le Vietnam et l’Indonésie.

Pour autant s’il est vrai que le risque d’une montée aux extrêmes en mer de Chine du sud, reste faible, bridé par le calcul raisonnable des avantages et des risques, il est en revanche plus flagrant dans le Détroit de Taïwan.

Taïwan, un risque stratégique majeur.

Même si la Présidente indépendantiste Tsai Ing-wen reste soigneusement en deçà de la provocation directe de déclarer formellement une rupture avec le Continent, le théâtre du Détroit est celui où le nouveau nationalisme chinois confronté au raidissement du retour de puissance prôné par D. Trump secrète le plus d’ingrédients pouvant favoriser le déclenchement d’un conflit.

Eux aussi furent analysés par Thucydide.

Il s’agit de « la crainte, de l’intérêt et de l’honneur ». Vingt siècles plus tard, ils furent repris par Thomas Hobbes qui, dans une variante, parlait de « rivalité, de défiance et de fierté ». On retrouve cette trace dans « Guerre et paix entre les Nations » de Raymond Aron. (Calmann Levy 1962).

Manifestant une « rivalité » de suprématie globale contre l’Occident, la « défiance » contre ses valeurs qui menacent le magistère du Parti et la « fierté » du rétablissement de sa gloire et de son unité, la Chine puissance nucléaire et membre du Conseil de sécurité, fait entrer le monde dans un cycle d’incertitude stratégique où un affrontement armé redevient possible.

Ainsi surgit l’hypothèse d’une attaque préventive chinoise contre l’Île de Taïwan et le spectre de Pearl Harbour qui hante les stratèges américains.

Clin d’œil de l’actualité aux réminiscences angoissantes de l’histoire, le 17 juin dernier, c’est sur la base aérienne de Hickam tout à côté de Pearl Harbour que Mike Pompeo et Yang Jiechi, membre du Bureau Politique et ancien ambassadeur à Washington (2000 - 2004) et ministre des Affaires étrangères de 2007 à 2013 se sont rencontrés pour tenter de mettre fin à la plus dangereuse spirale d’hostilité réciproque depuis près d’un demi-siècle.

Hélas, avec Mike Pompeo, il était peu probable qu’aucun des contentieux en cours puisse être réglé. Le ministre est en effet l’un des plus féroces contempteurs de la Chine dans une administration américaine dont il est peu probable que la défiance à l’égard de Pékin disparaisse, même si Joe Biden était élu. En Chine, la presse officielle le désigne comme un personnage « diabolique », un « malade mental » et un « ennemi de genre humain ».

Au passage, aux récentes diatribes (origine de la pandémie, exigence d’une enquête sur place, « normalisation » politique de Hong Kong, « camps de rééducation » des Ouïghour au Xinjiang, dénonciation par la Chine du racisme aux États-Unis, accusations réciproques de mensonges, expulsions de journalistes, ostracisme contre Huawei, espionnage etc.), Pompeo a rajouté celle plus ancienne du contrôle des armements nucléaires dont les Chinois ne veulent pas entendre parler.

« Au cours des prochaines dix années, leur arsenal doublera sans le moindre contrôle », dit un diplomate américain.

*

Alors que les glaives n’ont pas été rangés, que la défiance est toujours à fleur de peau, il faut s’interroger sur la suite, en se souvenant que la dissuasion nucléaire est un très puissant garde-fou. Aucun des deux ne veut la guerre. L’initiative de la rencontre de Hawaï souhaitée par Pékin et Washington le montre.

Tout comme l’indique le souhait de Mark Esper secrétaire d’État à la défense de se rendre à Pékin d’ici la fin de l’année pour dit-il - de manière tout de même assez surréaliste dans la conjoncture actuelle -, « renforcer la coopération dans des domaines d’intérêt commun et établir les systèmes nécessaires de communication en situation de crise ».

Quant à l’hypothèse d’une attaque préemptive contre Taïwan, (blocus, raid surprise, annexions de Jinmen et Matsu - îles taïwanaises situées à 7 et 16 nautiques du Continent -) évoquée par les va t-en guerre des deux bords, mais dont nombre de stratèges chinois soulignent les risques, elle est prise au sérieux au Pentagone.

D’autant que, dans l’éventualité d’une riposte américaine, le soutien des alliés de Washington ayant tous reconnu la politique d’une seule Chine n’est pas garanti.

Il reste que, dans l’immédiat et à moyen terme, le risque doit être tempéré par le poids stratégique d’une telle carte qui isolerait la Chine et compromettait les échanges technologiques nécessaires à sa modernisation. Tandis qu’une fausse manœuvre catastrophique entraînant un échec, mettrait en cause l’existence même du Parti.


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