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Chine-UE. Misère de l’Europe puissance, rapports de forces et faux-semblants

Bonnes paroles et persistance des aigreurs.

Le 7 décembre, alors que les Européens durcissent leur politique chinoise, évolution dont le meilleur exemple est l’annonce de l’Italie qu’en 2024 elle se retirerait du projet des Nouvelles Routes de la soie, la délégation de l’UE s’est présentée à Pékin avec une liste de griefs économiques clés, dont la solution était présentée comme la condition de relations à venir moins heurtées.

Au cœur des revendications, soulignées par Charles Michel à Diaoyutai, rigoureusement homothétiques de celles de Washington, le déficit commercial de l’UE, les subventions accordées par Pékin aux entreprises chinoises et l’absence de réciprocité dans l’ouverture de marchés.

Un mois avant le sommet, en écho à l’évolution de l’état d’esprit européen à l’égard de la Chine, Josep Borrel avait évoqué le durcissement possible des barrières douanières appliquées aux exportations chinoises : « Si la Chine continuait à nier la réalité et les conséquences de ces déséquilibres, elle provoquerait en retour en Europe une demande croissante pour davantage de protection. ».

Mais au moment du sommet, Bruxelles était déjà sur cette ligne depuis deux mois. Dès janvier 2024, les investissements dans les secteurs des semi-conducteurs, de l’Intelligence artificielle, de la biotechnologie et des calculateurs quantiques seront passés au crible.

En septembre, dernier, compte-tenu de la montée en flèche des exportations de véhicules électriques chinois en Europe, vendus en moyenne 20% au-dessous du prix des marques européennes, l’UE a ouvert une enquête sur le soutien de l’État chinois à ses constructeurs.

Quant à Xi Jinping dont les motivations sont, en même temps, de rassurer les Européens qui lui achètent ses exportations, levier essentiel de sa croissance, et d’apparaitre intransigeant en interne, son discours fut un exemple chimiquement pur d’un contraste entre les bonnes paroles et le durcissement stratégique. D’une part l’affichage d’apaisement universel et d’autre part, sur fond de raidissement normatif interne, ses initiatives de médiations aux neutralités systématiquement orientées vers une contestation de l’Amérique et de l’Occident.

A l’occasion, la Chine garde en réserve une capacité de riposte par la carte maîtresse des « terres rares » qui, quel que soit l’angle de vue, lui confère le pouvoir potentiel de riposter, pour encore de longs délais, à la guerre technologique que lui mène Washington.

Le 7 décembre, dans son discours d’accueil à Diaoyutai, Xi Jinping n’a pas été avare de conseils d’humanisme et de mesure stratégique, où perçaient subtilement voilées, à la fois l’injonction à la neutralité de l’Europe et l’allusion aux souvenirs des humiliations infligées à la Chine par les empires européens au XIXe siècle.

« A ce nouveau tournant des relations Chine-Europe, rappelons-nous de l’histoire et faisons preuve de sagesse et de responsabilité dans notre partenariat stratégique global  » (….) « Nous ne devons pas réduire nos coopérations simplement parce que nous sommes concurrents, ou nous considérer comme des rivaux et nous engager dans une confrontation simplement parce que nous avons des différences. »

Un autre passage du discours de Xi Jinping répondait de manière allusive à l’appel de Josep Borrell aux Européens d’augmenter les passages de leurs navires de guerre dans le Détroit de Taïwan, et à la tendance des députés de l’Union à fustiger le traitement infligé aux Musulmans Ouïghour au Xinjiang. Il était aussi un appel pédagogique à une conformité « correcte 正确的 » portant l’impératif de ne pas se mêler des affaires intérieures de la Chine.

Pour lui, « la confiance politique mutuelle, le consensus stratégique, 政治互信, 战略共识 la valorisation du haut degré de complémentarité 高度互补 par des intérêts partagés 共同的兴趣 » ne pouvaient se construire que si les Européens débarrassaient leurs stratégie chinoises de leurs « interférences 干涉 ». Dont acte.

Ses propos faisaient écho aux commentaires du ministre des Affaires étrangères Wang Yi plus tôt dans la semaine, qui avait présenté la visite des Européens comme une opportunité de « pousser les relations Chine-UE à un nouveau niveau, avec de nouvelles perspectives 以新视角推动中欧关系迈上新台阶 ».

En arrière-plan, la Direction chinoise nourrissait pourtant plusieurs rancœurs exprimées à l’égard des mesures protectionnistes de l’UE notamment contre les véhicules électriques chinois et contre la décision de Rome de quitter les « Nouvelles routes de la soie  » en 2024.

Mesurant l’effet néfaste sur l’image internationale de la Chine, Wang Wenbin, le porte-parole n’a pas manqué de dénoncer la volte-face italienne comme une initiative entourée de critiques infondées d’une stratégie globale vertueuse à laquelle participent « 140 pays de la planète », tandis que Jia Guide 贾桂德 ambassadeur à Rome et à Saint-Marin depuis février 2023, parlait d’une décision « imprudente qui aura un impact négatif sur la coopération ».

Ursula Von der Leyen dans le collimateur chinois.

Au même moment, la stratégie de chinoise dite de « derisking » d’Ursula Van Der Leyen était aussi la cible de médias chinois.

Déjà le 7 juin, « Xing Ping », pseudonyme qui signait une opinion publiée dans le Global Times, écrivait, sans oublier d’attribuer à la Chine le mérite de promouvoir la paix globale : « Tout en reconnaissant que la Chine promeut la paix mondiale dans sa pratique diplomatique et qu’elle est irremplaçable dans le commerce des marchandises avec l’UE, elle [Ursula Von Der Leyen] continue de soutenir que la Chine présente des risques » (…)

(…) « Alors que la Chine et l’UE sont des partenaires commerciaux essentiels l’un pour l’autre et que la connectivité entre les deux a apporté bien-être et bénéfices au continent eurasien, il est difficile de comprendre la raison pour laquelle la Chine devrait être définie comme un risque pour l’UE. »

Puis, évoquant les « risques », et revenant à l’épine dorsale des stratégies chinoises de la rivalité avec Washington, l’article qui passait sous silence les revendications chinoises en mer de Chine du sud et le harcèlement de Taïwan par missiles balistiques, énumérait les menaces portées par l’Amérique, sans commune mesure, dit-il, avec celles portés par la Chine.

« Risques de crise financière mondiale attisés par l’omnipotence du Dollar ; risques portés par les sanctions américaines infligées à plus de 40 pays ; risques pour la paix globale portés par les guerres lancées par l’Amérique avec un budget militaire équivalant à 40% du total dépenses militaires mondiales, “dont le bilan humain global depuis 2001 est de 4,5 millions de morts” »

L’idée maîtresse de la démonstration se référait au cœur du nouveau discours d’initiative de sécurité globale 全球安全倡议 dont le marqueur d’apaisement contraste avec, dit l’appareil, l’aventurisme militariste de Washington, moyen de sa stratégie hégémonique (lire : The world needs to ‘de-risk,’ but not against China).

Mais au-delà de ses initiatives diplomatiques de « faiseur de paix », la Chine dispose dans son jeu de l’atout maître des terres rares dont elle joue habilement pour peser à son avantage dans la guerre technologique en cours.


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