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Chine-UE. Misère de l’Europe puissance, rapports de forces et faux-semblants

La carte maîtresse des « terres rares ».

Alors que l’Amérique et l’Occident réfléchissent à la possibilité de réduire leur dépendance à la Chine, au milieu de la brutale la guerre technologique lancée par Washington (lire « Micro-puces » et droit de propriété. La violente riposte américaine contre la Chine et ses contrefeux), Pékin a, en août 2022, augmenté pour la 5e année consécutive son quota d’exportation de terres rares cette fois d’un pourcentage de 25%.

Les buts ? Consolider la dépendance de l’Occident et, en proposant des terres rares moins onéreuses, freiner la remise en route des mines américaines et australiennes.

Pour l’heure en tous cas, selon un article de « The Diplomat » signé de Barbara Kelemen et d’Alexander Stonor publié le 17 septembre 2022, la Chine contrôle 80% de la production de néodyme, d’yttrium et de terbium, matériaux essentiels couramment présents non seulement dans les smartphones, les éoliennes et les véhicules électriques, mais également dans les chasseurs de combat, les missiles de croisière et les sous-marins.

Depuis cinq décennies, motivé par des préoccupations environnementales et de rentabilité, la production de la mine de Montain Pass aux États-Unis, alors principal producteur occidental de terres rares, a considérablement reculé au profit de celle des gisements chinois, où les règles écologiques ont longtemps été inexistantes.

(Lire l’article de J-P. Yacine publié en 2010 Terres rares. La face cachée du monopole chinois, complété en 2022 : Terres rares. Domination chinoise, menaces et contrefeux).

Le risque de la prévalence chinoise s’est précisé quand au printemps 2022, Pékin a annoncé qu’elle fermerait l’accès à ses exportations de terres rares à Lockheed Martin Corp, constructeur du chasseur F-35 et à Raytheon Technologies Corp, nº1 mondial des missiles guidés, tous les deux directement impliquées dans la stratégie de dissuasion d’une attaque chinoise contre Taïwan.

Sans surprise, la dépendance occidentale et notamment de l’OTAN à l’égard des terres rares chinoises est de plus en plus au centre des discussions de l’Alliance sur le « découplage » des chaînes d’approvisionnement.

Des réactions sont en cours avec des forages d’exploration près de Moutain Pass ; à l’automne 2022, l’Australien « Lynas Rare Earths », premier opérateur mondial derrière la Chine, avait annoncé que son usine de traitement de Kalgoorie, 600 km à l‘est de Perth, était opérationnelle.

Au passage, signe que le réveil des mines occidentales inquiète la Chine, en août 2022, Amanda Lacaze, PDG de Lynas avait signalé que de faux comptes de réseaux sociaux liés au Parti communiste chinois publiaient quotidiennement des attaques contre sa société.

Une nouvelle mine exploitée par « Lynas » doit ouvrir en 2025 au Texas à Hondo, 350 km à l’ouest de Houston, sur financement du budget de la défense américain. Mais la production annuelle envisagée n’est que de 5000 tonnes, soit à peine 2% des 240 000 tonnes produites par les mines chinoises.

« Il est évident que la dépendance des industries militaires occidentales à l’égard des terres rares chinoises ne disparaîtra pas du jour au lendemain », disent les auteurs de l’article. Pour eux, le chemin vers une autonomie au moins partielle implique un ajustement systémique économique, juridique et culturel.

Tout en accélérant les procédures d’autorisation administratives et en élargissant l’éventail des coopérations internationales, son but serait d’extraire le secteur stratégique des terres rares de la loi du marché capitaliste qui détourne les investisseurs des projets dont la rentabilité à court et même à moyen terme est, compte-tenu de la concurrence chinoise, aléatoire.

La difficile cohésion européenne face à la Chine.

Analysant la relation Chine – UE, réplique mimétique des à-coups sino-américains, Philippe Le Corre, chercheur à l’Asia Society Policy Institute, constate que les Européens réalisent aujourd’hui que l’ouverture de la Chine est bel et bien terminée.

Nombre de groupes échaudés par les « raids » de représailles contre les sociétés de « due dilligence » (lire : Nouvelle Loi globale de politique étrangère, riposte à large spectre à l’Amérique. Hiatus entre le discours et les actes) entravant les efforts visant à trouver des preuves appuyant la stratégie de sécurité économique d’Ursula von der Leyen, ont entrepris de « dé-risquer » à bas bruit en relocalisant leurs affaires hors de Chine.

Dans un récent article du South China Morning Post Finbarr Bermingham correspondant pour l’Europe du journal, explique que le projet européen de réduction du risque chinois se heurte à une contradiction bien connue : « Il est difficile de convaincre les entreprises européennes inquiètes des représailles chinoises contre leurs affaires, à exprimer publiquement leurs reproches à l’égard de la deuxième économie mondiale. »

Certaines sont clairement réticentes.

Quand l’UE a cherché à documenter les pressions économiques chinoises exercées contre la Lituanie (lire : La Lituanie sous le feu de la vindicte chinoise à propos de Taïwan), pour en référer à l’OMC, plusieurs grands groupes, craignant pour leurs affaires en Chine, ont exigé que leur identité ne soit pas mentionnée, même si en privé ils admettent avoir eux-mêmes été menacés par Pékin d’un embargo sur leurs exportations équipées de pièces fabriquées en Lituanie.

Dans ce contexte, la cohésion européenne est devenue difficile, troublée par l’instabilité des positions de chacun à l’égard de la Chine.

Selon des sources officielles la France, pourtant militante de pointe pour une meilleure cohésion européenne qui, en 2020, avait menacé les opérateurs télécoms français utilisant des équipements Huawei pour leurs réseaux 5G de ne pas renouveler leurs licences d’exploitation, a décidé d’accueillir à Brumath la première usine Huawei en Europe.

Le choix de l’Alsace a été fait en juillet, lors d’une rencontre de Bruno Lemaire avec He Lifeng, en charge des affaires économiques, proche de Xi Jinping et membre du Bureau Politique (lire : Quand Xi Jinping défie l’Occident en accueillant Bachar El Assad, son ami He Lifeng éteint les contrefeux antichinois en Europe).

Comme l’écrit Finbarr bermingham, « tout le monde est d’accord pour la stratégie du dé-risquage, mais les opinions changent quand sont en jeu des usines et des emplois, surtout en période électorale. »


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