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Coopération scientifique France-Chine : entre incohérences et contingences. Ou les vraies raisons d’une régression programmée

La ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Mme Frédérique Vidal, était en visite en Chine le 25 février 2019 à l’occasion de la 14e session de la Commission mixte scientifique et technologique franco-chinoise, qu’elle a co-présidée avec son homologue chinois M. Wang Zhigang 62 ans. Ingénieur des télécom ancien PDG de China Electronics Technology Group Corporation complexe militaro-industriel, Wang est membre du parti depuis 1976 et du Comité Central depuis 2017.


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L’auteur est un protagoniste de la coopération scientifique et universitaire, bon connaisseur des réalités de la Chine contemporaine.

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On a trop tendance à le penser, la modeste position de la France en matière de coopération scientifique avec la Chine serait imputable à nos seules faiblesses.

C’est non sans humour et grâce à des informations inédites et confidentielles que l’auteur nous démontre que la situation est en partie liée à la double diplomatie scientifique de notre pays, celle du Quai d’Orsay et celle mise en œuvre par les opérateurs français (universités, CNRS…), qui évolue de façon divergente depuis des années.

Mais, plus récemment, la Chine joue également un rôle majeur dans la régression programmée des échanges scientifiques : elle se ferme en se soustrayant aux pratiques de collaboration internationale, le tout dans une atmosphère défavorable entretenue par l’emprise du PCC.

L’intérêt de l’article repose sur l’excellente connaissance de l’auteur quant aux ambitions chinoises ainsi qu’aux plans du Parti-État qui les soutiennent. L’auteur en dévoile plusieurs qui sont passés inaperçus.

Mais, et c’est un changement majeur, elles sont désormais contrecarrées par un endiguement généralisé ainsi qu’une perception franchement négative, sinon hostile, des pays occidentaux. La science et la technologie font partie de ce retournement. La dernière partie de l’article esquisse des recommandations dont certaines sont propres à la situation de notre pays.

1re partie : Les faux espoirs de la reprise du dialogue scientifique France-Chine.

Les déboires de la coopération scientifique franco-chinoise prennent non seulement leur source dans l’éclatement voire la concurrence ou le désordre des actions françaises privées de moyens, mais également dans le raidissement centralisateur et normatif du régime chinois contraire à son discours d’ouverture.


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Il y a un peu moins de deux ans, notre collègue Bernard Belloc, fin connaisseur des réalités franco-chinoises, signait un article sur la coopération scientifique bilatérale (mars 2018).

Il y faisait un constat sans concession sur les incohérences institutionnelles françaises et les gaspillages de la ressource publique. Il déplorait également l’absence de vision de la France alors que la Chine, devenue en très peu de temps une grande puissance scientifique, fait face à des acteurs français désargentés agissant en ordre dispersé avec des outils de coopération obsolètes.

Selon l’auteur, les handicaps de la France, pourtant aisément remédiables, faisaient d’elle un acteur de second plan parmi les partenaires de la Chine. Selon toute vraisemblance, la France serait en effet en 2020 en position inchangée, au septième rang des partenaires scientifiques de la Chine.

Il n’est toutefois pas inutile de faire un point de situation et d’analyse alors que s’ouvre une nouvelle décennie. D’une part parce que plusieurs événements bilatéraux sont venus en partie combler le déficit de dialogue scientifique tout en laissant penser à une relance de la collaboration.

Et d’autre part parce que le contexte entourant l’ensemble des relations entre la Chine et les pays développés a beaucoup évolué, avec, hélas, une influence défavorable sur les échanges scientifiques et universitaires.

Cependant, cette tendance négative n’est depuis plusieurs mois plus seulement imputable aux partenaires occidentaux. En fait, elle trouve aussi de façon croissante son origine dans les politiques chinoises autoritaires, toutes fort peu tournées vers la réciprocité, l’ouverture ou l’excellence scientifique.

En revanche, comme elles sont au contraire toutes associées à des valeurs contraires à celles qui, hors de Chine, prévalent dans le monde scientifique, il est difficile de ne pas croire que la fluidité des échanges scientifiques et universitaires n’en sera pas durablement affectée.

Un nouvel élan ?

En juin 2018, à l’occasion d’un voyage officiel du Premier ministre Édouard Philippe en Chine, Antoine Petit, Président-directeur général du CNRS, signait à Pékin un accord-cadre avec l’Académie des Sciences de Chine. Le premier accord signé par le CNRS avec la Chine remonte, lui, à 1978. Pour autant, en dépit de ce travail de préparation en amont, lors de la COMIX la partie chinoise n’a pas honoré la Ministre Vidal d’interlocuteurs de bon niveau universitaire et scientifique.


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Tout avait pourtant très bien commencé avec en janvier 2018, la visite du Président Macron, accompagné d’une délégation française dont la ministre Vidal et plusieurs PDG d’organismes scientifiques et présidents d’université.

Le contenu du programme présidentiel incluait des séquences de nature scientifico-technologique (CFOSAT, intelligence artificielle…). Grâce à notre poste diplomatique, en première ligne dans cette affaire, un processus vertueux s’est alors mis en action : l’engagement était pris de tenir une commission mixte scientifique et technique (COMIX) [1] capable de relancer les échanges dans ce domaine après 7 ans de silence.

La suite est pour le moins confuse puisqu’il se passera près de 13 mois avant que la Ministre Vidal vienne présider en février 2019 à Pékin la COMIX. Le retard était déjà un bon indice du très faible empressement de la Chine à tenir cette réunion figurant pourtant dans le relevé des décisions bilatéral de la visite présidentielle.

Avant cet événement de février 2019, deux réunions de « préparation » ou de nature « technique » s’étaient tenues en Chine avec les hauts représentants des organisations scientifiques françaises, preuve que le Ministère de la Recherche a tenté de mobiliser l’ensemble des parties prenantes françaises et qu’une vaste consultation avait été entreprise pour faire aboutir des orientations présentées comme ambitieuses. Du jamais vu depuis près d’une décennie selon le CNRS.

En juin 2018, à la faveur de la participation de la Ministre Vidal à la visite du Premier Ministre Philippe en Chine, cette dernière a en effet rencontré son homologue chinois (WANG Zhigang) ainsi que le Président de la CAS (BAI Chunli), c’est-à-dire les deux personnalités les plus importantes de la recherche chinois. Une occasion de mettre l’accent sur le souci de la France d’organiser rapidement la COMIX.

A Shanghai, la ministre s’est également déplacée dans l’unité mixte internationale E2P2L (CNRS-Solvay) ainsi qu’à l’Institut Pasteur de Shanghai après avoir présidé, à l’Université de Shanghai, une réunion des instituts franco-chinois (IFC).

Plus tard, en décembre 2018, ce fut au tour du Directeur général de la recherche du MESRI (DGRI), Bernard Larrouturou, de faire le déplacement à Pékin avec les mêmes hauts représentants français pour pallier l’absence de la ministre Vidal, retenue, et donc transformer ce qui devait être la COMIX en réunion de « préparation ».

Tout ceci montre à l’évidence, que, malgré quelques cafouillages, l’ensemble des acteurs et opérateurs français ont travaillé de façon convergente et assidue afin de positionner la discussion bilatérale au meilleur niveau ainsi que sur les sujets de fond de la coopération.

Décalages et modestie des résultats.

Que retenir de ces initiatives ? De l’avis de plusieurs participants et à parcourir les compte-rendus, l’impression est que, hélas, les retombées ne sont pas à la hauteur de la mobilisation française. De toute évidence, les parties chinoises n’ont tout d’abord pas pris au sérieux l’exercice.

Tout au long des réunions de préparation évoquées plus haut, on a servi aux PDG et autres présidents français d’organismes des interlocuteurs chinois subalternes.

Lors de la COMIX avec les ministres chinois et français (février 2019), la liste des participants chinois, que le rédacteur a pu se procurer, prête d’ailleurs à sourire puisqu’elle mentionnait l’intervention « de vice-inspecteurs des relations internationales ». En d’autres termes, des « apparatchiks » plus au fait de la doctrine officielle et du contrôle des chercheurs que des défis scientifiques du moment !

Selon un responsable français présent, ils « récitaient la langue de bois de leur département ministériel sans lever la tête », en plus d’être de parfaits inconnus et de ne parler aucune langue étrangère. Cela a jeté un froid au point de plomber la réunion…

Plus grave encore, et preuve que nos périmètres EPST-universités sont au final de minuscules obstacles eu égard aux étanchéités institutionnelles et disciplinaires du paysage chinois de la recherche : l’Académie des sciences chinoises n’avait pas été associée à la COMIX (alors qu’elle a un poids au moins équivalent à celui du CNRS en France qui réalise 70% des échanges scientifiques), tout comme les partenaires universitaires chinois (ministère de l’éducation).

Enfin, l’organisateur chinois n’a pas pu ou souhaité la participation de l’Académie chinoise des sciences sociales (CASS). En d’autres termes, la France a développé un dialogue qui n’a aucune portée ni matière parce qu’il a eu lieu avec des interlocuteurs non représentatifs, sans parler du fait qu’ils n’étaient investis d’aucune autorité sauf celle d’évacuer les contenus les plus importants ainsi que les véritables acteurs de la coopération [2].

Faut-il y voir une intention matoise ou un accident guidé par la contingence politique chinoise ? On peut s’interroger surtout dans un pays où les apparences reflètent plus souvent des constructions que des réalités. Mais une certitude quant au style néo-brejnevien de cette COMIX : l’institution chinoise chargée de ce dialogue, le MoST, n’a pas contribué à donner une image en adéquation avec les ambitions affichées par la Chine en matière de recherche…

Sur le fond, les résultats sont d’une modestie confondante. Mentionnons toutefois les points positifs : le procès-verbal évoque la priorité donnée aux actions structurantes de recherche (laboratoires internationaux, réseaux…) et liste des domaines prioritaires (environnement, intelligence artificielle, physique corpusculaire…) qui feront l’objet d’un séminaire conjoint destiné à faire émerger des projets.

Plus intéressant : les agences de moyens des deux pays, à savoir la NSFC (Fondation des sciences naturelles) et l’ANR sont encouragées à relancer leur partenariat autour d’une nouvelle entente afin de soutenir les priorités du moment, c’est-à-dire les actions structurantes.

Dans la pratique, ces orientations sont très en deçà de ce que nous enseigne l’observation de la coopération scientifique conduite par les grands opérateurs de recherche (EPST, universités, grandes écoles…), comme si cette COMIX avait finalement permis d’éluder les questions essentielles.

Aujourd’hui, ces derniers aspirent en effet à explorer des partenariats plus évolués, comme celui en œuvre à l’E2P2L (public-privé en milieu international et installé en Chine), ou qui embrassent le continuum formation-recherche-innovation en Chine. De même, la question de l’accès croisé aux grandes infrastructures de recherche ou aux grands projets multilatéraux est passée sous silence.

Plus irritant encore est la problématique liée à l’accès aux financements chinois de la recherche par les acteurs, privés et publics européens alors que les programmes européens associent des opérateurs de recherche chinois ou des entreprises [3], ceci dans le cadre de l’accord d’ouverture réciproque UE-Chine de la fin 1999. Comme l’ont montré plusieurs études, il n’est pas appliqué du côté chinois, ce qui commence à être dénoncé au plus haut niveau de l’UE et par certaines entreprises européennes développant de la R&D en Chine.

Mais la situation perdure depuis près de deux décennies. Et, dans son dialogue scientifique avec la Chine (Commission Mixte), l’UE répugne visiblement à exercer la moindre pression sur la Chine pour plus de réciprocité.

Tout ceci pour dire que la modeste COMIX franco-chinoise est bel et bien passée à côté des grands dossiers scientifiques, a fortiori des grands enjeux de la Science en général.

Et ce n’est pas seulement nos institutions et entreprises qui vont payer le prix de ce dialogue inabouti, c’est également nos chercheurs et laboratoires de recherche pour qui l’accès à la science chinoise est devenu une nécessité, compte tenu de son poids relatif, sans parler de ses ressources (budget, présence chinoise dans nos laboratoires…).

2e partie : La double diplomatie scientifique française.

Le partenariat avec l’IPS se fait à fonds perdus sans bénéfice pour la France avec l’arrière-plan d’une coopération sur les maladies infectieuses autour du « cadeau » diplomatique du laboratoire P4 de Wuhan. « le MAE soutient à grands frais des projets médiocres, sans impact sur le rayonnement académique et scientifique de notre pays » et sans aucune évaluation de l’impact réel.


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La COMIX a également mis en évidence une autre question que notre collègue B. Belloc dénonce dans son papier, celle du rôle du service scientifique et universitaire de l’Ambassade (en fait le MAE), juge et partie de la coopération, mais aussi parfois financeur d’initiatives sans lien avec les intérêts des établissements français, voire même opposées à la stratégie française en matière universitaire et scientifique. Comment ne pas adhérer à son propos ?

Le problème n’est donc pas nouveau mais, avec la préparation de la COMIX, il a pris un tour inattendu puisque, dans un mouvement de défiance franco-français, la Ministre Vidal a publiquement annoncé en juin 2018 lors de sa visite en Chine qu’elle confiait au CNRS le soin de procéder aux consultations préalables à la COMIX, souhaitant par la même ne pas déléguer cet exercice à l’Ambassade, y compris pour le segment des discussions avec les partenaires chinois...

Cette décision ne s’explique pas seulement par la rivalité de deux départements ministériels, le MAE et le MESRI, sur la coopération internationale.

Elle a un lien direct avec le contenu de la visite de Mme Vidal à Shanghai qui l’a conduite à l’Institut Pasteur de Shanghai (IPS) [4] ainsi qu’à une rencontre avec l’ensemble des IFC (Instituts français de Chine).

Selon un proche de la Ministre, cette réunion a produit le plus mauvais effet, l’activité des IFC n’étant nullement calée sur des principes d’excellence. Autre reproche adressé à l’Ambassade qui soutient massivement le label des IFC et n’implique pas d’établissements de premier rang en France, à une exception près. Autrement dit, le MAE soutient à grands frais des projets médiocres, sans impact sur le rayonnement académique et scientifique de notre pays.

Quant à sa visite de l’IPS, elle est venue confirmer toutes les inquiétudes de la Ministre sur les gaspillages d’un « partenariat » quasiment sans aucun contenu collaboratif ni retombée pour notre pays, avec, en toile de fond, des risques avérés de prolifération : depuis 2004, l’ambassade a en effet englouti plusieurs millions d’euros à soutenir l’accord intergouvernemental sur les maladies infectieuses, notamment, sous la forme de postes d’expatriés de haut niveau à l’IPS et d’un soutien financier pour des transferts de technologie vers la Chine, plus précisément pour la conception et la mise en service d’un centre de confinement P4 à Wuhan.

Un beau cadeau diplomatique ! Ce qui est étonnant dans cette affaire, qui occupe l’espace bilatéral depuis plus de 15 ans sans interruption, c’est l’absence d’évaluation et la reconduction des moyens d’année en année, surtout que les parties chinoises ne les réclament aucunement.

Cette interrogation va de pair avec une autre : pourquoi l’Ambassade continue-t-elle de solliciter des soutiens et des ressources de la part des opérateurs publics français pour ce programme alors que précisément ces derniers s’y refusent, avec le soutien de leurs tutelles, depuis plus de 15 ans ?! Idem pour les intérêts privés : aucune entreprise française n’a souhaité s’impliquer dans le dossier [5].

Mais ce n’est pas tout ! Il faudrait aussi parler de deux programmes dont l’insuccès est notoire. Des centaines de milliers d’euros d’argent public ont été déversés dans ces projets sans lendemain, sans parler des dépenses de personnels de l’Ambassade pour les instruire ! Il s’agit tout d’abord des « écoles d’été France excellence » (EEFE), un programme destiné à soutenir des viviers de doctorants chinois.

Après trois éditions et quelques dizaines d’écoles soutenues à bout de bras par l’Ambassade, seule une poignée d’étudiants chinois se sont engagés dans un cursus doctoral… ce qui laisse penser que le coût par étudiant dépasse les 100k€ !!

Autre projet qui a connu un échec retentissant, celui de la maison franco-chinoise de l’innovation [6], sorte d’incubateur/hôtel d’entreprises destiné à faire émerger des entreprises innovantes des deux pays capables de tirer profit des « écosystèmes d’innovation chinois ».

Le projet a donné lieu à la création d’un poste d’expert (ETI) « innovation ». Du luxe quand on connaît la disette budgétaire du MAE, ou celle de l’ESR français. Initialement prévu pour apporter son savoir-faire dans une institution locale (ou mettre en œuvre un projet) comme tout expert financé par le MAE, l’intéressé est en fait installé à l’Ambassade contribuant ainsi à alimenter la machine administrative française sans pour autant faire avancer nos positions économiques en Chine ni aider d’une quelconque manière nos entreprises.

A croire que la Chine est capable de modifier les règles administratives françaises et que nos intérêts économiques en Chine n’ont aucune importance ! Heureusement, c’est Bercy qui a sifflé la fin de partie, le projet ne répondant à aucune demande. Sans parler du fait qu’il ne s’appuyait ni sur un modèle d’affaires sérieux, ni sur un quelconque cofinanceur.

Notre Ambassade semble coutumière des entreprises éphémères qui contribuent par ailleurs à flécher des moyens considérables sur des projets ne répondant à aucun enjeu par des institutions françaises. Avant l’expert « innovation », l’Ambassade a abrité pendant cinq ans un expert « maladies infectieuses » dont le profil de poste indiquait un lieu de travail à Wuhan, au centre de confinement P4, soit à 1 200 km de la capitale. Un bon indicateur des détournements du MAE et de l’incurie administrative associée à un projet aussi sensible que stratégique.

Cette longue digression pour souligner une évidence : il y a deux diplomaties scientifiques de la France en Chine, l’une conduite par notre Ambassade, l’autre par l’ensemble des opérateurs scientifiques et universitaires français (universités, organismes, grandes écoles…).

Si la première est guidée par la contingence diplomatique, la seconde l’est par l’excellence scientifique et l’intérêt de nos chercheurs à faire progresser la connaissance plus rapidement grâce à la coopération avec des partenaires chinois de haut niveau.

Évidemment, les méthodes diffèrent : le MAE privilégie l’approche descendante (« l’Ambassadeur a dit que… », « les chinois proposent que… ») et l’allocation automatique de moyens sans évaluation ni consultation alors que les opérateurs de recherche fonctionnent par appels à propositions et évaluation.

On m’objectera que l’Ambassade lance chaque année plusieurs appels à projets. Certes, mais dans la pratique, les bons connaisseurs du MAE savent que le gros des moyens sont les postes d’ETI alloués de façon discrétionnaire à une institution et/ou un projet.

Ces postes financés par le MAE mais administrativement gérés par l’Agence « Expertise France », qui non seulement ne connaît absolument rien des domaines de coopération mais est sujette à des cooptations suspectes (voir l’annexe n°2 sur les S.H.S), en plus d’introduire des coûts supplémentaires de gestion pour chaque recrutement.

Autre évidence, ces appels s’appuient sur des objectifs de coopération inchangés [7] depuis des décennies en plus de concerner des projets qui ne répondent plus aux priorités des organismes scientifiques français, lesquels ont abandonné depuis des années les programmes de ce type !

Non seulement ces deux diplomaties ne se rencontrent pas mais elles s’ignorent au point de passer à côté des véritables enjeux et des excellents projets de collaboration scientifique. La première parce qu’elle est décalée des réalités scientifiques en plus d’être influencée par le pays hôte, les autres parce qu’ils n’en ont pas les moyens.

C’est au fond le constat qu’a fait la Ministre Vidal lors de ses missions en Chine. Et qui l’a amenée à recommander une plus grande prise en compte des défis que doivent relever les organismes français en matière de collaboration scientifique avec la Chine (financement, actions d’envergure…).

Un point qui a sa traduction bilatérale dans le compte rendu de la COMIX qui plaide pour un soutien plus grand aux laboratoires conjoints, à l’instar de l’E2P2L à Shanghai ou des autres laboratoires internationaux. Puissent nos chercheurs être mieux servis et lutter à armes égales en matière de coopération avec leurs collègues et concurrents anglais, australiens, canadiens ou américains [8] !

Notes :

[1ll s’agit d’une instance de dialogue pour identifier des convergences franco-chinoises capables d’orienter les opérateurs et les financeurs des deux pays pour les prochaines années, sur la forme (nature des programmes et projets) comme sur le fond (options disciplinaires).

C’est également une rencontre qui favorise la compréhension réciproque des politiques et des priorités. ». In « Comix franco-chinoise : vers un nouveau départ ? » Le CNRS en Chine, n°29 (printemps-été 2019), p. 37.

[2Le CNRS évoque avec fausse pudeur « l’asymétrie de la représentation chinoise » ! Cf. Le CNRS en Chine, n°29 (printemps-été 2019), p. 38

[3On pense bien entendu à la présence de Huawei dans des consortia européens de la 5G dans le cadre du FP7 et de H2020, ce qui alimente les tensions entre le Parlement et la Commission depuis plusieurs années.

[4L’IPS est une unité de 400 personnes de l’Académie des sciences de Chine (CAS), la gouvernance de l’IPS est entièrement chinoise. Contrairement à une idée reçue, l’IPS n’accueille des chercheurs français que de façon occasionnelle (à l’exception de 1 ou 2) et sur projet.

Ce qui a pu donner l’illusion que l’IPS est une organisation française en Chine est le fait que l’un des directeurs scientifiques est un pasteurien payé par le MAE. Un autre chercheur, celui-là du CNRS, mais travaillant à l’IPS est également rémunéré par le MAE. Lire : Les Instituts franco-chinois [中文].

[5Alain Mérieux, à la demande des autorités françaises, a accepté, un temps, de remplir les fonctions de président d’honneur.

[6Au fil de la communication de l’Ambassade, on ne parvient pas à comprendre si l’ambition était de concevoir une ou plusieurs « maisons ».

[7Sur le fond (priorités disciplinaires) et sur la forme (type de projet et partenariat). Cf. le programme de recherches avancées (PRA) franco-chinois lancé par un opérateur associatif soutenu par le MAE au milieu des années 90.

[8Ces quatre pays réalisant plus de 75% des co-publications scientifiques internationales de la Chine.


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