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Corée du Nord : Misères du dialogue à six

C’est peu dire que la Chine, qui observe avec un certain désarroi la montée des tensions et « son dialogue à six » en panne, est inquiète. Un développement qui n’est pas fait pour la rassurer est l’arraisonnement par les garde-côtes indiens, le 7 août dernier, à proximité des Iles Andaman, d’un navire nord-coréen au comportement suspect. Cet incident survient quelques semaines après qu’un cargo nord-coréen, suivi par la marine américaine au large des côtes de Chine, et faisant d’abord route vers Myanmar, ait finalement rebroussé chemin.

Dans ce contexte tendu, où les dérapages sont à nouveau possibles, la Chine, qui craint que l’arme nucléaire de Pyongyang bouscule le statu quo stratégique sur la péninsule, entraînant une déstabilisation en cascade de la région aux conséquences incalculables, tentera par tous les moyens de relancer le dialogue à six. Mais rien n’est simple pour elle. La détermination butée du régime de Kim Jong Il et le raidissement des alliés des Etats-Unis au Japon et en Corée du Sud laissent en effet peu de place aux concessions diplomatiques.

La Corée du Nord, qui a renoué avec ses anciennes pratiques de chantage, cherchant à la fois de nouvelles assurances pour son régime aux abois et un dialogue direct avec Washington, hésitera à abandonner son programme nucléaire, qui constitue désormais son seul et très efficace moyen de pression. Critiquée par H.Kissinger dans le New-York Times, la visite, le 4 août dernier, de Bill Clinton, venu libérer les deux journalistes américaines prises en otage en mars dernier, apparaît comme un succès pour la Corée du Nord. Il n’est pas impossible qu’elle complique encore la tâche des négociateurs chinois. Pyongyang, séduit par la perspective d’un dialogue direct avec Washington pourrait, en effet, se montrer réticent à reprendre sa place dans les pourparlers à six.

Mais, une chose est claire. En dépit des déconvenues et rebuffades infligées par le régime de Kim Jong Il, la Chine n’a toujours pas dévié de sa position traditionnelle. Il est vrai que le 12 juin 2009, elle a voté les sanctions de la résolution 1874, sous les dispositions de l’article VII, qui autorise l’emploi de la force. Mais rien n’indique qu’elle se mettra un jour en situation de l’appliquer. Elle a aussi adressé à Pyongyang plusieurs messages fermes, soulignant que ses dernières initiatives n’auraient pour effet que de l’isoler encore plus et de dresser durablement contre elle la communauté internationale.

Le cœur du discours de Pékin s’articule toujours autour des conseils d’apaisement et du souhait que les 4 autres parties « respectent la souveraineté de la Corée du Nord » et « reconnaissent à Pyongyang le droit de développer un programme nucléaire civil ». Enfin, la Chine, qui redoute un effondrement du régime et un chaos sur sa frontière du Yalu, n’envisage pas, en dépit des pressions internationales, de cesser ses livraisons d’énergie et de produits de première nécessité, pour peser sur Kim Jong Il et ses généraux.

Pour toutes ces raisons, Pékin continuera à prôner la reprise du dialogue et la patience. Et il est très improbable que, dans un avenir prévisible, elle accepte de se ranger dans le camp des partisans de sanctions dures qui véhiculent le risque d’acculer Pyongyang au désespoir et aux extrêmes. Il n’est pas impossible que cette position de principe, appuyée par Moscou, mais regardée avec méfiance par l’actuel pouvoir en Corée du Sud et au Japon, rencontre un écho favorable au sein de l’actuelle administration américaine. Là réside, pour l’instant, l’une des seules chances, encore bien ténue, pour une reprise des pourparlers à six.


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