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Dangereuse escalade en mer de Chine du sud

L’épave du chaland de débarquement Sierra Madre, échouée non loin du récif de « Second Thomas Shoal » au sud-est des Spratleys, est devenue le symbole de la résistance de Manille aux prétentions souveraines chinoises sur 80% de la mer de Chine du sud. Le récent abordage par des marins chinois du navire qui ravitaillait l’épave, constitue une dangereuses escalade.


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Depuis quelques semaines, les tensions montent en mer de Chine du sud. Sans surprise c’est entre Pékin et Manille qu’elles se cristallisent.

Situé à moins de 150 nautiques du point moyen de l’archipel des Spratleys, foyer incandescent des revendications souveraines chinoises, Manille qui, au cours du mandat du président Duterte avait, sans succès, tenté un « accommodement raisonnable » avec Pékin (lire : Mer de Chine du sud. La carte sauvage des hydrocarbures. Le dilemme de Duterte), est en première ligne face aux tentations impériales chinoises.

C’est aussi Manille qui, en 2016, fit appel au jugement de la Cour Internationale de justice de La Haye, dont Pékin conteste la légitimité (lire : Arbitrage de la Cour de La Haye. Tensions et perspectives d’apaisement).

Depuis, cette époque, les heurts n’ont jamais cessé.

Après plusieurs mois de crispations autour de l’épave symbolique du chaland de débarquement Sierra Madre (lire : le § « Les nervosités de la relation avec Manille. » de notre article ASEAN : Retour au premier plan des tensions avec Manille. Vigilance et pragmatisme de Djakarta), les tensions viennent de prendre un tour dramatique, dans un contexte général où Pékin tente depuis de longues années d’affirmer ses revendications maritimes par la force (lire : En mer de Chine du sud, les limites de la flibuste impériale chinoise).

Le 20 juin, Manille a accusé les garde-côtes chinois d’avoir lancé un « assaut brutal à l’arme blanche » lors d’un affrontement à proximité du récif Second Thomas Shoal. Situé à l’extrémité sud-est de l’archipel des Spratley et à 100 nautiques des côtes de Palawan, le récif porte l’épave du chaland de débarquement Sierra Madre, volontairement échoué en 1999 par les Philippins pour marquer leur souveraineté sur la zone.

Des images diffusées le même jour par Manille montraient des membres de deux garde-côtes chinois montés à bord d’un bâtiment de ravitaillement philippin en route vers l’épave du Sierra Madre. Brandissant des haches et des couteaux, ils ont crevé les canots de sauvetage du ravitailleur, geste ouvertement agressif que Manille a qualifié « d’acte de piraterie ».

En même temps, inflexible, le porte-parole du Waijiaobu répétait que les Philippins avaient « violé les eaux chinoises », précisant que les marins chinois qui ne faisaient que faire respecter la loi, n’avaient pas directement agressé des personnes.

L’incident d’abordage au cours duquel les marins chinois ont investi un bâtiment philippin, constitue sans conteste une escalade par rapport aux précédentes pressions chinoises limitées aux harcèlements exercés par les puissantes lances à eau des garde-côtes ou, dans les pires des cas, des éperonnages directs.

Pour Collin Koh, chercheur à l’Institut d’études internationales S. Rajaratnam de Singapour, « même si elle n’a pas directement attaqué des personnes, l’agression qui a investi un navire d’une marine souveraine, s’apparente à un acte de guerre  ».

Au passage et pour préciser le point de vue de Koh qui réprouve les pressions du fort aux faibles exercées par Pékin, en 2020, répondant aux critiques prochinoises qui l’accusaient de trahir les « Asiates », il avait tweeté cette mise au point : « Né à Singapour, d’ancêtres chinois, je suis ni hystériquement antichinois, ni une “banane” - à la peau jaune mais blanche à l’intérieur -. Il n’est pas nécessaire d’être blanc ou d’adhérer aux valeurs occidentales pour critiquer un pays qui, usant de sa puissance, harcèle les autres. »

Force est de constater que l’irrépressible obsession souveraine de Pékin en mer de Chine du sud, dans une zone située à plus de 500 nautiques des côtes sud de Hainan, brouille la nouvelle stratégie chinoise d’accommodement des rivalités sino-américaines par l’apaisement autour du concept de respect réciproque entre grandes puissances.

Mécaniquement, la brutalité chinoise produit des contrefeux dont la force solidaire rapproche Pékin et Washington d’un incident majeur. Lire : Au-delà de la reprise des contacts militaires, la lourde rivalité sino-américaine en Asie-Pacifique.

Alors que nombre d’observateurs ont noté le contrôle des forces spéciales philippines qui s’abstinrent de riposter à l’agression chinoise, dès le 17 juin, le porte-parole du département d’État réaffirmait « la solidarité des États-Unis avec son allié philippin. ».

Le 19 juin, lors d’un échange téléphonique avec Enrique A. Manalo, son homologue philippin, Antony Blinken rappelait que les harcèlements chinois justifiaient le traité bilatéral de défense entre Manille et Washington, dont le rappel figure en toutes lettres sur le site du Département d’État depuis le 17 juin.


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