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Entre l’enthousiasme du rebond et l’angoisse d’une crise systémique, des perspectives 2023 en demi-teinte

L’immobilier au cœur des tensions structurelles.

En premier lieu, en l’absence d’un système financier totalement fiable peu rémunérateur, pollué par la persistance des abus de la « finance grise » et l’existence de montagnes de dettes non recouvrables contractées par les gouvernements locaux auprès de banques locales, il y a, au cœur des dysfonctionnements, la part excessive dans le PNB, évaluée à 29%, de l’immobilier vu jusque récemment par les ménages à la fois, au mieux comme un investissement lucratif, au pire comme un refuge sans risques.

Frappés de plein fouet par la crise de liquidités, les développeurs immobiliers en panne de projets ont cessé de financer par leurs achats de terrains les collectivités locales dont les revenus ont chuté de 30% au premier semestre 2022. Dès lors, la machine qui se nourrissait de la garantie implicite de prix immobiliers en constante augmentation et de dettes dont la valeur a commencé à dépasser celle des projets associés, se grippe.

La réaction en chaîne menace la stabilité des banques locales pourvoyeurs de crédits, elles-mêmes surendettées, dont ces dernières années, plusieurs on fait défaut. Au cours des douze derniers mois le BNS a compté 99 faillites ou défauts de paiement à termes.

Sur la fragilité et le désordre des banques locales, lire nos articles longée dans les arcanes contradictoires de la finance chinoise et Désordres bancaires, crise immobilière sur fond de corruption. Avis de coup de tabac socio-économique.

Pour Michael Pettis, professeur de finance à la Guanghua School of Management de l’Université de Pékin, cela signifie, entre autres, que même si le marché immobilier se redressait en 2023, la reprise ne sera que partielle et temporaire.

À moyen terme, les prix de l’immobilier continueront de baisser, augmentant les risques de défaillances des développeurs et des banques, asséchant au passage les finances locales.

Tant que ne sera pas traité le problème systémique, il ne pourra y avoir de stabilisation permanente du secteur immobilier. La racine des dysfonctionnements plonge dans deux habitudes que l’appareil peine à corriger.

Celle de financer des budgets locaux par la vente du foncier aux développeurs et celle d’allouer des ressources sans tenir compte du marché, pour alimenter une croissance d’affichage politique par des investissements dont la valeur ajoutée est médiocre ou nulle.

A côté du vaste problème immobilier (lire : Evergrande, un « cygne noir » dans la routine des analyses convenues) dont les secousses menacent à la fois la santé financière de nombreuses banques locales et l’harmonie sociale, une autre vulnérabilité du système politique que le Parti n’a, en dépit de son discours sur « la prospérité commune 共同富裕 » jamais réussi à corriger, reste le partage inégal de la richesse.

L’écart de richesses, un dangereux angle mort du régime.

Avec des effets indirects freinant la possibilité d’augmenter la consommation intérieure limitée par le très important taux d’épargne, l’écart de richesse entre les plus pauvres et les 10% les plus fortunés détenant 70% de la richesse totale des ménages, se lit dans le rang très reculé au classement du PIB par habitant où, à la 70e place, la Chine voisine avec la République dominicaine, le Brésil, le Botswana et l’Irak.

En mai 2020, lors de la réunion annuelle de l’ANP organisée en visio-conférence avec deux mois de retard pour cause de pandémie, le premier ministre Li Keqiang qui avait agacé le Président Xi Jinping, dont « le rêve de puissance » s’accommode mal de la vérité des faits, avait souligné que 600 millions de Chinois (40% de la population) vivaient avec 1000 Yuan (145 US $) par mois.

Le constat croise celui de Thomas Piketty dont le livre « Capitalisme et idéologie », publié en septembre 2019, aux éditions du Seuil, également publié en mars 2020 par Harvard University Press a été censuré par Pékin. On comprend pourquoi.

Soulevant sans précautions le voile opaque de la propagande édifiante « du rêve chinois  », il explique en effet que « Le désastre communiste a été si grand qu’il a même éclipsé les dommages causés par les idéologies de l’esclavage, du colonialisme et du racisme et a obscurci leurs liens étroits avec les idéologies de la propriété et de l’hyper-capitalisme - ce n’est pas une mince affaire - »

Un autre passage ayant mis la direction du pays et les éditeurs en émoi explique que les sociétés post-communistes dont la Chine « légèrement moins inégalitaire que les États-Unis et nettement plus que l’Europe, sont devenues les alliés les plus fidèles de l’hyper-capitalisme  », (…).

Enfin, agressant violemment le narratif et les mythes fondateurs du régime qui honore encore la mémoire de Mao dont le portrait orne toujours la porte sud de la Cité Interdite et dont la dépouille embaumée exposée dans son mausolée sur la place Tian Anmen est visitée chaque année par des dizaines de milliers de Chinois, il ajoute que la situation est la « conséquence directe des désastres du stalinisme et du maoïsme ».

Perspectives 2023.

À court terme, même si à Davos Liu He a souligné l’étonnante rapidité des guérisons, la persistance de la pandémie qu’il n’a pas éludée, porte le risque d’un chaos créé par la mauvaise préparation vaccinale du pays. Alors que l’assouplissement brutal des restrictions est un soulagement attendu depuis longtemps, sa soudaineté sans préparation a pris au dépourvu le public et l’administration non préparés et livrés à eux-mêmes.

La réouverture brutale a déclenché une vague de cas de Covid qui menace de submerger le système de santé, freinant la consommation et la production. Déjà, la propagation rapide des infections a poussé de nombreuses personnes à se re-confiner laissant les commerces et les restaurants avec peu de clients. Certaines usines gênées par le nombre de personnels malades ont été contraintes de fermer ou de de réduire leur production.

La situation conduit nombre d’analystes à prévoir une stagnation de la croissance au premier trimestre 2023, avant une reprise plus solide en mars.

Alors que les ventes immobilières en valeur ont chuté de plus de 26% en 2022, et que les investissements dans le secteur se sont contractés de 9,8% le secteur socialement sensible sera un des objectifs prioritaires du plan de relance 2023.

Plus largement la plupart des prospectives tablent sur une croissance de l’année du Lapin inférieure à 5%.

En énergie, l’exécutif continuera ses efforts vers une baisse des émissions de CO2 en focalisant ses priorités sur l’électronucléaire, les centrales modernes à captation de carbone et sur les renouvelables (éoliens et solaires).

La priorité de dé-carbonisation induira aussi un renforcement des investissements pour l’achat et le contrôle à l’étranger des mines de Lithium et de métaux liés à la fabrication des batteries. En même temps le secteur pétrolier entièrement public, confronté à la contraction de la demande, basculera ses investissements vers le secteur de la pétrochimie.

Les secteurs de l’agriculture et de la sylviculture, de l’information, du numérique et des loisirs, de la finance et des banques, de la logistique du stockage et des transports resteront protégés.

Enfin, aussi longtemps que la structure économique du pays n’aura pas effectué l’ajustement vers une meilleure distribution de la richesse par des bascules budgétaires vers les dépenses de santé et les retraites, l’important taux d’épargne limitera le consommation des ménages à une part du PIB (37,6 %) très inférieure à celle des États-Unis (66 %) et de l’Europe, où elle varie entre 41% au Luxembourg et 79% en Grèce, en passant par 71% en France.


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