›› Chronique
Des progrès rapides. Un long chemin en perspective
Pour tenter de caractériser les progrès rapides réalisés par l’aéronavale chinoise, Andrew Erickson, expert à l’école de guerre navale américaine, citait un officier de l’US Navy, dans un récent article du Wall Street Journal "China Aircraft Carrier Style ! Assessing the First Takeoff and Landing : « Il s’agit du premier kilomètre d’un marathon, couru par un néophyte des longues distances. On peut soit y voir les progrès accomplis à partir de rien, soit prendre la mesure des 41 km qui restent à parcourir ».
La route vers une flotte de porte-avions opérationnelle devra surmonter deux types de difficultés : la création d’un environnement adéquat, non seulement logistique (organisation de la flotte, maintien en conditions, approvisionnement), mais également tactique (étude des doctrines et concepts d’emploi), à quoi s’ajoutent la formation et l’entraînement des équipages et des pilotes.
Dans ce dernier domaine, la volonté d’aller vite pourrait heurter les exigences de sécurité et de prudence imposées par le pouvoir politique, visant à éviter les accidents, aux conséquences négatives pour l’image, aujourd’hui encore sans tâche de la toute nouvelle aéronavale chinoise. Mais tous les pilotes embarqués, quels qu’ils soient, savent que les progrès dans la technique très périlleuse de l’appontage, à fortiori de nuit ou par gros temps, se payent au prix fort des risques et accidents, assortis de pertes humaines à l’entraînement nettement plus élevées que celles des autres spécialités militaires.
Les responsables de l’APL auront très vite à gérer ces contradictions entre, d’une part les dangers incontournables, inhérents aux efforts de rattrapage, et d’autres part la prudence politique protectrice de l’image, mais ayant le désavantage de creuser l’écart entre les aptitudes des pilotes chinois et celles de l’aéronavale américaine, acquises au terme de plusieurs décennies d’expérience, ponctuées par de nombreuses pertes humaines à l’entraînement et au cours d’opérations réelles.
Pour les chefs militaires chinois et leurs mentors politiques, le maintien d’une ligne médiane d’efficacité sera d’autant plus difficile que la montée en puissance de la flotte de porte-avions a lieu en temps de paix où les opinions publiques sont moins disposées à accepter des pertes humaines répétées. Tandis que la propagande adverse saisira l’occasion de chaque accident pour remettre en question l’aptitude opérationnelle des porte-avions de l’APL, fleurons de la flotte et outil emblématique du prestige de Pékin dans la région et au-delà.

