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Face à la montée des tensions avec l’Iran, Pékin garde « deux fers au feu. »

Entre Donald Trump et Xi Jinping, Hassan Rohani, président de la République d’Iran. Après la mort de Qassim Suleimani, tué par une frappe ciblée américaine en Irak dans la nuit du 2 au 3 janvier 2020, les premières réactions de Pékin paraissent prudentes et soucieuses de ménager Washington. A l’examen, le rapprochement économique promis par la Chine après la sortie de Washington de l’accord iranien en mai 2018 est très loin d’avoir tenu ses promesses.


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Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2020, une frappe ciblée d’un drone américain détruisait sur une route d’accès à l’aéroport de Bagdad 2 véhicules dans lesquels se trouvaient le général Qassim Soleimani, Directeur des services de renseignements et de sécurité iraniens et Abou Mehdi al-Mouhandis (l’Ingénieur en Arabe), n°2 du Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires majoritairement pro-Téhéran intégrés à l’État irakien.

L’attaque a eu lieu après que des centaines de miliciens pro-iraniens hostiles aux frappes du Pentagone en Irak aient défoncé les grilles de l’emprise diplomatique américaine à Bagdad. Elle venait après plus d’une douzaine d’attaques à la roquette au cours des deux derniers mois contre des installations américaines en Irak, dont la dernière en date, le 27 décembre, visait la base aérienne de Kirkuk où un contractant civil américain a été tué [1].

A Washington l’escalade des menaces contre les diplomates américains a ravivé la sinistre mémoire de la prise d’otages à l’ambassade de Téhéran du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981.

Le tir de missiles avait été précédé d’un tweet explicite du président Trump à la veille de la nouvelle année : « L’Iran sera tenu entièrement responsable des vies perdues ou des dommages subis dans l’une de nos installations » (..) « Le prix à payer sera très élevé. Ceci n’est pas un avertissement, mais une menace. » Pour les experts légaux de l’ONU, l’assassinat ciblé relève d’un exécution extra-judiciaire.

En droit international, ce type d’action par un État ne serait légal que dans trois cas : 1) Lorsque le pays où sont menées les frappes y consent ; 2) En cas de légitime défense ou 3) Si le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies les autorise.

En février 2016, QC avait abordé la question légale et morale des « drones tueurs » objet d’un controverse aux États-Unis. Le débat n’est pas clos. Lire : Les drones tueurs. La Chine entre en lice, entre commerce, rivalité stratégique, efficacité tactique et controverses morales.

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Les images diffusées par les grands médias occidentaux ont rendu compte de la fureur anti-américaine surgie à l’occasion des premières cérémonies funéraires de Soleimani dont le corps a, le 4 janvier, d’abord été transporté à la mosquée de l’imam Moussa al-Kadhim à Bagdad. 7e Imam shiite empoisonné en prison en 799 ap. JC par le sultan Aroun El Rachid des Abbassides, Al Kadhim reste un symbole de résistance spirituelle shiite au pouvoir sunnite.

Pour autant, en Iran et dans les communautés iraniennes expatriées, l’humeur n’est pas uniformément au deuil.

L’autre visage de Soleimani.

Le 24 décembre dernier Maryam Radjavi, Présidente des Moudjahidines du Peuple, que ses appuis appellent « l’antidote aux Mollahs » était à la messe de minuit à Tirana. Le 3 janvier elle s’est réjouie de la mort de Suleilmani.


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Le 4 janvier sur le site des « Moudjahidines du Peuple, », premiers opposants aux Ayatollahs iraniens au sein du Conseil National de la Résistance Iranienne (CNRI), on pouvait lire ceci sous la plume de Sedighe Shahrokhi : « Les Iraniens, les syriens et les irakiens se réjouissent de la mort du célèbre général des Pasdaran du régime iranien, Qassem Soleimani, qui était responsable de la mort de centaines de milliers de personnes à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran. »

La déclaration fait écho à l’action hors d’Iran de Maryam Radjavi, actuelle présidente élue du CNRI et épouse de Massoud Radjavi fondateur en 1981 du mouvement opposé au pouvoir des Ayatollahs, disparu en 2003.

En janvier dernier, hébergé par Mediapart, un opposant iranien dissimulé sous le pseudo « Irani », lui avait consacré un article dont la conclusion accusait la « désastreuse politique d’apaisement des Occidentaux à l’égard de Téhéran au cours des 4 dernières décennies, alors que le Régime détient le record mondial des exécutions capitales ».

Pour Maryam Radjavi, « l’élimination de Qassem Soleimani et d’Abu Mehdi Muhandes, chef de la force répressive de la milice du Bassidj en Irak, est un coup irréparable pour le régime des mollahs. »

Mme Radjavi ajoute « que le moment était venu d’expulser les mollahs de la région, en particulier d’Irak, de Syrie et du Liban, et d’expulser le Corps des gardiens de la révolution (CGRI/pasdarans) de ces pays. »

La déclaration est directement en phase avec Washington et celle de l’Ecossais Struan Stevenson, ancien membre du parlement européen président de l’Association européenne pour la liberté en Irak, qui dénonce « l’inaction de la communauté internationale face à la répression meurtrière des Mollahs ».

Sous sa plume on lit que lors des récentes manifestations en Irak [2], le régime des Mollahs a fait tirer sur la foule à partir des toits. Il ajoute « Les pasdaran de Ghassem Soleimani ont parcouru les hôpitaux du pays pour arrêter les blessés et les tirer de leurs lits. Alors que le sort des personnes emprisonnées reste largement inconnu, il y a de nombreuses informations selon lesquelles des manifestants ont été torturés à mort ».

Notes :

[1Le 29 décembre, 2 jours avant la frappe contre Suleimani , le Pentagone a riposté par 5 attaques aériennes en Irak et en Syrie. Elles avaient pour cibles des emprises contrôlée par le Hezbollah. Au moins 25 personnes ont été tuées et 51 autres blessées.

[2Lire l’article du Point sous la plume d’Armin Arefi, ancien correspondant en Iran pour la presse française.


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